Les entreprises énergétiques se retirent peu à peu du charbon en Allemagne. Début février 2010, l'entreprise française GDF Suez a annoncé que la centrale au charbon planifiée à Stade (Basse-Saxe) ne serait finalement pas construite. Il s'agit du septième projet de grande ampleur de centrales au charbon refusé depuis un an, après ceux proposés par Vattenfall, E.ON, EnBW, Dong Energy (entreprise danoise) ainsi que par des entreprises régionales. Outre les installations actuellement en construction, seuls 5 projets de centrales (au charbon) demeurent d'actualité. Selon Stephan Kohler, Directeur de l'Agence allemande de l'énergie (Dena), cette tendance apparait comme "fondamentalement erronée". En effet, l'Allemagne a besoin de façon urgente de nouvelles centrales à haute efficacité. Il estime les refus successifs de projets comme "très préoccupants", et met en garde contre une pénurie d'électricité. Selon les dernières estimations de la Dena, il manquera à l'Allemagne d'ici 2020 entre 12.000 et 13.000 MW de capacité en termes de production d'électricité, ce qui correspond à la production de 15 centrales thermiques au charbon.
Les raisons de ces refus proviennent d'une part des protestations des habitants des sites concernés, et d'autre part de la rentabilité économique en forte régression de la construction de nouvelles centrales au charbon. En effet, il devient de plus en plus difficile d'exploiter une centrale au charbon en pleine charge sur de longues durées, à cause de la part croissante que les énergies renouvelables doivent assurer dans le mix énergétique, ce qui menace la viabilité économique de l'exploitation. Interviennent également les prix croissants en termes de construction de centrales et en matière première. A moyen terme, les exploitants doivent aussi s'aquitter de coûts élevés pour les certificats d'émissions de gaz à effet de serre, qui augmentent sensiblement les coûts des centrales au charbon.
Par ailleurs, de nombreux investisseurs potentiels revoient leurs plans d'investissement, car l'incertitude pèse encore sur la décision du Gouvernement fédéral (coalition CDU/CSU-FDP) de rallonger la durée de fonctionnement des centrales nucléaires allemandes [1], ce qui pourrait influencer considérablement le besoin en nouvelles centrales au charbon dans le mix énergétique allemand.
Les associations écologistes et les initiatives de citoyens saluent l'échec d'un bon nombre de projets. Ils souhaitent éviter que de nouvelles centrales au charbon, susceptibles d'émettre dans l'atmosphère des millions de tonnes de CO2 pendant plusieurs décennies, soient reliées au réseau. En effet, en raison des longues durées d'exploitation des centrales au charbon, les décisions d'investissement actuelles peuvent influencer le mix énergétique allemand pendant plus de 40 ans. Parmi les centrales fossiles, les protecteurs de l'environnement préconisent l'emploi de centrales au gaz, plus petites, à meilleure efficacité et plus faciles à combiner avec la production d'électricité très fluctuante en provenance du vent ou du soleil. Ils n'accepteraient les centrales au charbon qu'accompagnées de la technique de capture et stockage du CO2 (CCS), encore en phase de test [2].
Hans-Josef Fell, porte-parole du groupe parlementaire des Verts au Bundestag sur les questions énergétiques, plaide pour un renoncement total au charbon. L'Allemagne devrait, selon lui, se concentrer sur les énergies renouvelables, non seulement à cause des prix croissants du charbon dans le monde, mais aussi à cause de la demande en forte augmentation de pays émergents comme la Chine, dont le mix énergétique ne se passera vraisemblablement pas du charbon dans un futur proche. Les partis du gouvernement voient la question autrement : le coordinateur en politique énergétique de la CDU/CSU, Thomas Bareiss, affirme que l'Allemagne ne pourra pas se passer du charbon dans les 20 prochaines années, ce qui implique d'"améliorer l'acceptation de la population vis-à-vis des centrales au charbon" de façon urgente. Et d'ajouter : "Si nous souhaitons un approvisionnement électrique sûr et abordable financièrement, nous devons accepter le fait qu'il est impossible pour le moment de renoncer aux centrales à charbon, aux éoliennes et aux lignes à haute tension".