Le nouvel apport de 3 millions du centre des sciences de la vie du Massachusetts (MLSC) à l'industrie locale peut certes paraître modeste, surtout si on le met dans la perspective des fonds fédéraux obtenus par les établissements d'enseignement supérieur et de recherche de ce petit état de moins de 6 millions de personnes. Les fonds obtenus par le NIH ont en effet augmenté de 25,8% en 2009 pour atteindre env. 72.000 dollars par chercheur, soit le chiffre le plus élevé des Etats-Unis. Mais, dans la pratique, il ne s'agit que d'un des volets d'intervention du MLSC, une organisation créée en 2008 pour mettre en oeuvre le plan de développement des sciences de la vie (SDV) lancé par le Gouverneur Patrick et doté d'un milliard de dollars sur 10 ans.
Le MLSC se fixe trois types de missions, toutes tournées vers le renforcement de son pôle en sciences de la vie et très complémentaires des soutiens fédéraux à la recherche en SDV dont le Massachusetts est l'un des plus grands récipiendaires après la Californie : garanties bancaires, soutien à des "projets structurants" (infrastructures) et financement de projets à risque conduits par des universités et des entreprises.
Mais la vie n'est pas un long fleuve tranquille. La crise économique a sérieusement mis à mal les vélléités des autorités du Massachusetts, notamment en raison des difficultés budgétaires qui ont retardé la mise en oeuvre du plan et diminué les enveloppes prévues pour chacun des volets d'intervention du MLSC. Pour les créateurs d'entreprises de biotechnologies, cette situation est aussi intervenue au pire moment car, à la remise en cause des soutiens de l'Etat, est venue s'ajouter la quasi-impossibilité de s'appuyer sur le marché américain du capital risque, lui-même en pleine déconfiture même si le Massachusetts apparaît sur la carte des Etats-Unis comme un état relativement préservé en 2009. Dans tous les cas, le ressac économique, loin d'être achevé, a un sérieux impact non seulement sur les finances publiques du Massachusetts (le fonds de soutien aux petites biotechs atteint 10 millions au lieu de 25) mais aussi sur le volume des affaires liées à des prises de participation par le capital risque dans des sociétés biotechs (60 en 2009 contre 80 en 2008).
Le premier homme de l'état en fait les frais. A la faveur de la dernière assemblée générale du regroupement des entreprises de biotechs (MBC), le Gouverneur Patrick a bien réitéré son soutien aux industriels mais dans un climat fait de scepticisme et de défiance au point que certains participants ont quitté la salle en évoquant un discours de "langue de bois"...
En dépit de ces difficultés, le MLSC tente de proursuivre sa route. C'est le sens de sa nouvelle initiative, appelée SBMG (pour "Small Business Matching Grant"), qui consiste à abonder les financements obtenus par de petites entreprises récipiendaires de fonds fédéraux SBIR (phase 2). L'idée est de donner un coup de pouce qui permettra à ces sociétés de mettre des technologies sur le marché, de développer leurs affaires depuis le Mass. et, au final, de créer des emplois hautement qualifiés. Mais ne pourra postuler qui veut à ce soutien qui peut atteindre 500.000 dollars. Les conditions d'éligibilité ne sont en effet pas à la portée de la biotech ordinaire : il convient à la fois de répondre aux critères fédéraux de la petite entreprise mais aussi à ceux liés au capital de la société qui ne doit pas être détenu par du capital risque. Naturellement, s'ajoute à ces conditions celle de ne pas avoir bénéficié d'un soutien antérieur du MLSC, notamment dans le cadre du programme "d'accélération" (garanties).
Quand on connaît le haut degré de sélectivité des fonds du SBIR (un dossier sur 5 les meilleures années) et l'obstacle que constitue la mise sur le marché de produits biotechnologiques, on peut comprendre les interrogations des industriels locaux d'autant que le programme n'est doté que de trois petits millions. Il reste que cette nouvelle initiative du MLSC est assez unique dans le paysage américain de soutien à l'innovation et que l'état du Massachusetts reste l'un des plus avancés en matière d'appui à l'écosystème local en SDV aux Etats-Unis. En cela, le Massachusetts tire les leçons de son histoire économique récente qui a vu progressivement s'éloigner vers d'autres états ou pays les industries informatiques et de défense. Sans parler de l'industrie manufacturière.
- Communiqué de presse du Mass. Life Sciences Center "Business Matching Grant (SBMG) Program", 28/01/10. Site du Massachusetts Life Sciences Center : http://www.masslifesciences.com/ - "Deval Patrick's $1B-biotech effort called 'lip service'" par Christine McConville, 29/01/10, http://redirectix.bulletins-electroniques.com/NH42a