C'est le 25 février prochain que le satellite Cryosat-2, développé par EADS Astrium, devrait être lancé depuis le cosmodrome de Baïkonour, au Kazakhstan, à bord du lanceur russo-ukrainien Dniepr. Troisième satellite d'exploration de la Terre de l'ESA a être placée en orbite, après GOCE et SMOS, respectivement lancés en mars et novembre de l'année passée, il sera placé en orbite à 700 km au-dessus de la Terre avec pour mission, durant ses cinq prochaines années, d'étudier les glaces terrestres et de cartographier l'épaisseur des glaces de mer flottantes, souvent hautes de plusieurs mètres, et des inlandsis polaires, dont l'épaisseur peut atteindre parfois jusqu'à 5 km dans l'Antarctique, l'objectif étant de collecter des informations, notamment sur la vitesse de réduction de l'épaisseur de la glace polaire. Pour réussir cette mission, il emporte à son bord plusieurs instruments, dont SIRAL, le premier altimètre radar hyperfréquences tous-temps fabriqué par Thales Alenia Space.
Savez-vous que les glaces du pôle Sud représentent environ 80% des réserves en eau douce de la Terre et que si les 2 à 3 km d'épaisseur de glace qui recouvrent cette région du globe, dont la superficie équivaut à 28 fois celle de la France, venaient à fondre, le niveau des océans augmenterait d'environ 70 mètres ? Plus généralement, les pôles, Nord et Sud, joue un rôle essentiel dans la circulation atmosphérique et la régulation du climat. Ils créent en effet un équilibre climatique, non seulement en absorbant la chaleur de l'équateur mais aussi en agissant sur les courants marins dont le plus célèbre est le Gulf Stream. Dans ce contexte, la fragilisation de la banquise et sa débâcle qui ne cesse de s'accroître chaque année s'avèrent très préoccupantes pour l'avenir. D'où la nécessité d'observer ces régions, notamment depuis l'espace, afin de surveiller leur évolution. C'est d'ailleurs ainsi que les scientifiques ont pu d'ores et déjà mesurer une régression de la calotte glaciaire d'environ 8% par décennie.
Le satellite de l'ESA CryoSat-2 qui doit être lancé le 25 février prochain s'inscrit donc dans cette vaste mission d'observation de ces régions polaires. Rappelons qu'après l'échec du lancement de Cryosat-1 en 2005, décision avait été prise de concevoir un nouveau satellite pour remplir une mission identique, CryoSat-2. Placé en orbite polaire, à une altitude de plus de 700 km, ce satellite va donc surveiller les fluctuations de l'épaisseur des glaces polaires et des blocs de glaces dérivants afin de mieux connaître la vitesse de réduction de l'épaisseur de la glace polaire. Pour y parvenir, il est doté d'une nouvelle génération d'altimètre-interféromètre de très haute résolution capable de balayer le sol sur une largeur de 250 mètres. Baptisé SIRAL (Synthetic aperture Interferometer Radar Altimeter), cet instrument, le principal à bord de CryoSat-2, utilise l'interférométrie pour mesurer la topographie de part de d'autre de la trace au sol du satellite. Il dispose par ailleurs d'un mode radar à synthèse d'ouverture (SAR) pour réaliser une topographie très précise le long de la trace. Autant d'informations cruciales pour le développement de modèles utilisés dans l'analyse et les prévisions du changement climatique.
Outre cet instrument SIRAL, CryoSat-2 embarque à son bord un rétroréflecteur laser grâce auquel il sera possible d'établir sa position exacte, et DORIS, l'instrument d'orbitographie du CNES qui équipe aujourd'hui 5 satellites en activité. Développé en partenariat avec l'Institut Géographique National (IGN) dès le début des années 80 et testé pour la première fois en orbite sur SPOT-2 en 1990 avant d'embarquer, deux ans plus tard, à bord du satellite Topex-Poséidon, DORIS fête donc ses 20 ans cette année. Basé sur la mesure du décalage Doppler, ce système qui n'a cessé d'évoluer pour devenir une référence internationale permet ainsi de positionner les satellites au cm près. Qui plus est, DORIS possède également la capacité de localiser, avec une extrême précision, des points au sol toujours en utilisant l'effet Doppler, mais cette fois-ci en sens inverse, ce qui intéresse tout particulièrement les chercheurs dont les travaux portent sur les formes et les mouvements de la Terre. Célébrer ses vingt ans à bord de CryoSat-2, dont il va mesurer en temps réel l'altitude et l'aider ainsi à maintenir sa position, est donc un très beau cadeau pour DORIS. Pour la première fois en effet, il sera le seul pilote à bord!!!!