Deux noms sont sortis dans l'actualité scientifique espagnole de ces dernières semaines : - Celui de la géologue Carlota Escutia (Instituto Andaluz de Ciencias de la Tierra, Grenade) qui dirige l'actuelle campagne de forage des fonds marins de l'Antarctique réalisée à bord du navire Joides Resolution, dans le cadre du programme international de forages océaniques (IODP) dont le but est l'étude des sédiments marins. - Celui du biologiste Jordi Bascompte (Estación Biológica de Doñana, Séville) qui vient de rejoindre le comité éditorial de la célèbre revue Science. Un point commun entre Carlota Escutia et Jordi Bascompte: ils sont tous les deux chercheurs au CSIC.
CSIC, un sigle qui revient souvent dans le BE Espagne, et pour cause : le CSIC, Consejo Superior de Investigaciones Cientificas, est l'équivalent espagnol du CNRS. Ces deux organismes de recherche se connaissent bien d'ailleurs puisque dès 1957, ils signèrent une première convention d'échange de chercheurs. Ils sont nés pratiquement en même temps: quand à la sortie de la guerre civile espagnole, le nouveau gouvernement de Franco créait le CSIC le 24 novembre 1939 très exactement, le CNRS n'avait... qu'un mois d'existence!
Le CSIC est le plus important des sept OPI (Organismos Públicos de Investigación) du ministère de la science et de l'innovation (MICINN): - Consejo Superior de Investigaciones Cientificas (CSIC) - Instituto de Salud Carlos III (ISCIII), l'équivalent de l'INSERM en quelques sortes, - Centro de Investigaciones Energéticas, Medioambientales y Tecnológicas (CIEMAT) - Instituto Geológico y Minero de España (IGME) - Instituto Español de Oceanografia (IEO) - Instituto Nacional de Investigación y Tecnologia Agraria y Alimentaria (INIA) - Instituto de Astrofisica de Canarias (IAC)
Le CSIC et ses 12.000 personnes dont 3.100 chercheurs, absorbe 55% du budget destiné aux 7 OPI (en second, l'ISCIII avec 25%). Il a des instituts de recherche propres (77) ou mixtes (51) principalement dans la communauté de Madrid (40), en Andalousie (21) et Catalogne (18), et des unités associées (152 dont 132 avec des universités) qui couvrent la plupart des champs de la recherche : - Sciences sociales et humaines - Biologie et biomédecine - Ressources naturelles - Sciences agronomiques - Science physique et technologies - Science chimique et technologies - Science des matériaux et technologies - Science de l'alimentation et technologies
A la différence du CNRS, il y a beaucoup moins d'interpénétration CSIC/universités: le personnel fixe ou contractuel rencontré dans un laboratoire du CSIC est très largement propre à l'organisme. Le changement au 1er janvier 2008 du statut juridique du CSIC en Agencia de estado doit rendre le CSIC plus autonome vis-à-vis du pouvoir politique et conférer à chacun de ses instituts une gestion plus directe de ses ressources financières et de personnel. La réalité est au dire de beaucoup, décevante, car la lourdeur administrative de la bureaucratie espagnole, très souvent décriée, affecte le CSIC et n'a manifestement pas diminué depuis le passage en agence. A titre d'illustration, un article paru très récemment dans El Pais, intitulé "Nous nous rendons", racontait les déconvenues de responsables du CSIC qui voulaient créer une entreprise de transfert des connaissances de l'organisme et qui au bout de quatre années de chausse-trapes administratives, ont renoncé au projet.
En 2008, le budget total du CSIC était de 879 millions d'euros dont 622 provenant de l'Etat et attribués depuis le passage en agence, selon un contrat de programme qui oblige chacune des structures du CSIC, à commencer par ses instituts, à définir des plans stratégiques sur quatre ans avec des commissions internationales d'experts etc... 244 millions d'euros proviennent quant à eux, des contrats obtenus (fonds compétitifs de l'Europe, du Plan National espagnol évoqué plus haut, des contrats avec les entreprises) et 13 millions des fonds FEDER. Chaque institut reçoit une dotation annuelle pour son fonctionnement mais sa recherche est financée à 100% par les fonds compétitifs (au titre des overheads, 19% de ces fonds partent au siège à Madrid et 16% reviennent aux instituts pour l'infrastructure).
2010 sera une année difficile pour le CSIC : il recevra 13,6% de moins qu'en 2009. Rafael Rodrigo, son président, fait remarquer qu'avec 40% de frais fixes de personnel, la réduction pour le fonctionnement sera en réalité de 25%. Suite à ces restrictions, Carlos Martinez, précédent président du CSIC qui avait accepté le poste de secrétaire d'état à la recherche au sein du ministère de la recherche et de l'innovation, a été démissionné en décembre dernier pour son désaccord avec Mme Garmendia, la ministre. Celle-ci dit comprendre les inquiétudes du CSIC mais répond qu'il s'agit de passer une mauvaise année dans un contexte de crise aigüe, que les choses iront mieux en 2011 et qu'en attendant, les fonds de réserve de l'institut permettront de passer le cap. Les chercheurs ne demandent qu'à y croire...