Au cours des dernières années la qualité de l'eau s'est améliorée grâce notamment aux différentes réglementations en la matière. On constate en effet une réduction des concentrations de contaminants "conventionnels" dans l'eau (à savoir les métaux lourds, contaminants organiques, insecticides, etc.). En revanche, des chercheurs du département d'écologie de l'Université Rey Juan Carlos[1] auteurs constatent un phénomène nouveau: la présence dans l'eau de "contaminants émergents", parmi lesquels se trouvent les médicaments et les métabolites, actuellement ignorés des lois de régulations sur la qualité de l'eau et dont les conséquences à moyen ou long terme sur les écosystèmes aquatiques et la santé humaine sont méconnues.
Les médicaments ont commencé à être appréhendés en tant que contaminants à partir des années 90 lorsque des recherches ont commencé afin de prouver leur présence dans les eaux superficielles, souterraines, salées ou de consommation humaine. Il existe actuellement dans le monde environ 4500 médicaments dont 70% se trouvent en développement. L'Espagne est au 7ème rang en terme de consommation de médicaments. Et a réalisé une dépense équivalente à 14 fois 10 euros en médicaments durant l'année 2008, à savoir environ 300 euros par personne. Les groupes de médicaments les plus consommés en Espagne sont ceux utilisés pour les pathologies cardiovasculaires, le système nerveux central et les analgésiques.
Leur présence dans les eaux est la conséquence d'une élimination inappropriée de la part des consommateurs des médicaments et des emballages dans les poubelles et les eaux usées. Il s'agit de "nouveaux contaminants" dont le déverssement est quotidien et continu, cependant à très faibles concentrations. Les stations d'épuration des eaux ne disposent pas des technologies spécifiques qui pourraient éliminer dans leur totalité ce genre de composants très résistants qui finissent par être rejetés dans les fleuves et les ruisseaux.
L'étude se base sur des analyses de différents cours d'eau de la Communauté de Madrid et montre la présence de 55 médicaments et 3 métabolites. Les substances analysées se trouvaient en général en très faible concentration dans l'eau. Parmi ces dernières figurent les analgésiques anti-inflammatoires, anti-inflammatoires non stéroïdiens, l'antibiotique métronidazole, des antidépresseurs à base de paraxanthine, le bêta-bloquant aténolol, de la caféine, etc. L'une des zones étudiées au Nord de Madrid a présenté de fortes concentrations dans les eaux du fleuve Jarama de l'antiépileptique carbamazepina. De plus, l'analyse de l'eau potable dans cinq points d'approvisionnement différents de la Communauté de Madrid a seulement montré la présence de cinq médicaments et à très faibles concentrations. Enfin, la caféine et la cotinine sont les deux composants présents dans ces résultats en plus fortes concentrations.
Malgré tous les résultats obtenus, il est encore difficile de disposer d'une information précise sur les effets de la présence de ces composants dans l'eau à plus long terme. Certaines études déjà réalisées signalent des effets possibles sur la croissance, la fertilité, la sexualité et le comportement reproductif des organismes aquatiques exposés à ces composants médicamenteux actifs. Les recherches menées se sont souvent basées sur l'analyse des effets d'une seule substance sur un organisme et non de la combinaison de plusieurs. Par conséquent, des tests sont en cours notamment sur le poisson zèbre afin de connaître l'effet toxicologique de ces substances sur les organismes aquatiques.
- Université Rey Juan Carlos : http://www.escet.urjc.es/ - [1] Auteurs de la recherche : Yolanda Valcárcel et Myriam Catalá du Département Ecologie de l'ESCET de l'Université Rey Juan Carlos.