L'Espagne a beau être le pays occidental leader en termes de nombre de donneurs d'organes par habitant (34 pour 1 million d'habitant, pratiquement le double de la moyenne européenne, 25 en France), des 456 personnes qui en 2009 attendaient une greffe des poumons, moins de la moitié (219) a pu finalement recevoir un organe. L'un des problèmes rencontrés: 75 poumons n'ont pas pu être greffés à cause de leur mauvais état.
La technique de perfusion ex vivo devrait permettre de récupérer au moins un quart d'entre eux selon le docteur Andrés Varela de l'hôpital Puerta de Hierro à Madrid. De quoi s'agit-il ? Une fois récupéré, le poumon du donneur, au lieu d'être simplement conservé au froid, est installé à 37° sous une cloche de plexiglas. Il est alors connecté à un respirateur artificiel et à une pompe faisant circuler en lieu et place du sang, une solution (Steen). Pendant quelques heures, le poumon peut être ainsi nettoyé, oxygéné, analysé et pourquoi pas aussi traité avec des antibiotiques ou des immunodépresseurs. Si le comportement est correct, la greffe peut alors être entreprise.
Cette technique n'est pas une nouveauté : le premier cas de greffe de poumon après perfusion ex vivo remonte à 2001 et depuis, 33 autres greffes ont été effectuées, toujours à partir de donneurs décédés de mort cérébrale. Les cinq hôpitaux qui la pratiquent sont au Canada, en Suède et au Royaume-Uni.
L'Espagne est maintenant à rajouter à la liste: à l'hôpital Puerta de Hierro à Madrid, les docteurs Andrés Varela et Javier Maradiellos et leur équipe, ont réalisé dernièrement deux greffes de poumons après perfusion ex vivo. La nouveauté qui fait de ces deux opérations des premières : les donneurs étaient décédés d'arrêt cardiaque, type de mort qui généralement détériore l'organe au point de le rendre inexploitable.
Selon Rafael Matesanz, coordinateur de la Organización Nacional de Trasplantes (ONT), cette technique qui peut aussi s'appliquer au coeur ou au rein, est très prometteuse: par thérapie génique ou cellulaire, de telles greffons pourront être à l'avenir traités afin de minimiser le risque de rejet à courts et moyen termes.