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BE Etats-Unis 197  >>  1/03/2010

>> Sommaire

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Innovation et transfert de technologie
Les métamorphoses de l'industrie du médicament ou le modèle 2.0 de la R&D pharmaceutique aux Etats-Unis (Partie 1/2)

http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/62401.htm

Première partie : sortir de la recherche pour créer de la valeur

Nous n'allons pas revenir sur le contexte de l'industrie pharmaceutique [1] qui a été largement décrit dans nos précédentes livraisons [2]. Certes les spectaculaires mouvements de concentration du début 2009 ont moins été guidés par des logiques financières ou capitalistes que par des considérations liées au portefeuille de produits et de savoir-faire acquis ou développés par ces sociétés. Mais la réalité des affaires (récession, réforme de la santé bloquée, FDA, etc.) et les échéances prochaines (pertes d'exclusivité de brevets [3]) remettent la priorité des grands groupes pharmaceutiques sur les enjeux financiers d'autant que la poussière des fusions puis des restructurations des grandes sociétés pharmaceutiques est en train de retomber et que les capitalisations boursières se situent à un bas niveau.

C'est le sens d'un remarquable papier d'analyse réalisé par "Morgan Stanley" sur quelques sociétés phares ayant de fortes activités de R&D aux Etats-Unis et dans le monde : AstraZeneca, Sanofi-Aventis, Bayer, GSK, Roche et Novartis. Non inclu dans l'étude, le nouveau groupe Pfizer issu de l'absorption de Wyeth n'est pas même mentionné. Mais, en lisant attentivement l'étude, on comprend que les conclusions s'appliquent à ce géant de la pharmacie, quatrième capitalisation américaine, puisque "Morgan Stanley" développe l'idée d'un modèle 2.0 de la recherche pharmaceutique.

Lorsque la finance s'intéresse à la R&D, c'est pour l'aborder sans se préoccuper de santé publique, des politiques de santé ou des pathologies les plus répandues. Bref, en mettant tout de côté pour se fixer sur ce qui est bon ou non pour les actionnaires ou les grands comptes. Les conclusions des analystes n'en sont que plus brutales : pour continuer de séduire les actionnaires, les dépenses internes de recherche sur les petites molécules sont appelées à diminuer d'environ 40% en 2010-2011.

Ce chiffre est l'un des plus élevé jamais évoqué par les experts du domaine. Pour mémoire, lors de l'acquisition de Wyeth par Pfizer, les prévisions de réduction des montants consacrés à la recherche du nouveau groupe se situaient autour de 20% sur un à deux ans, le chiffre cumulé des deux sociétés avant la fusion s'établissant autour de 10,36 milliards.

Mais, derrière ces chiffres qui ne s'appliquent pas aux mêmes réalités, se cachent un double phénomène qui contribue à introduire un nouveau modèle de fonctionnement de la recherche pharmaceutique. Le premier, banal, est celui d'une baisse des montants consacrés à la recherche. Tous les groupes pharmaceutiques américains et européens sont dans cette situation. Sans doute les reculs sont-ils plus importants dans les nouveaux groupes issus des fusions de 2009 que pour les sociétés qui font l'objet de l'étude. Mais dans tous les cas, la baisse serait supérieure ou égale à 10% en raison du besoin de réinvestissement. Si cette hypothèse devait se confirmer, les actions des groupes en question augmenteraient mécaniquement de 5%. Les auteurs de l'étude vont même plus loin en montrant que le scénario d'un dégagement de la recherche est aussi celui qui produira le plus de valeur pour les sociétés et les investisseurs.

L'autre tendance à l'oeuvre correspond à un mouvement de fond, plus protéiforme et dont on apprécie encore mal les conséquences. Il s'agit tout à la fois d'externalisations d'activités de R&D vers les CROs et d'une implication grandissante des sociétés dans le "in-licensing", c'est-à-dire l'acquisition de licences extérieures. Naturellement cela concerne les petites molécules ainsi que les composés et services antérieurs à la phase 3.

Pour les auteurs de l'étude, cette externalisation accroîtrait de façon significative le retour sur investissement de la R&D tout en permettant de tripler sur l'année le nombre de médicaments capables d'atteindre le marché. L'idée est bien évidemment d'abréger les travaux liés aux phases 2a et 2b et d'adopter un nouveau modèle de recherche, plus performant que celui fondé sur des mécanismes internes. En moyenne, un tiers des montants de la R&D des grands groupes pharmaceutiques est en effet dépensé en pré-phase 2 où la probabilité d'aboutissement d'un composé est inférieure à 10%.

Dans le cas d'AstraZeneca (4,6 milliards de dépenses de R&D), l'économie ainsi générée se situerait autour de 600 millions avec un découpage de la recherche où les phases 2b (2 milliards) et 2a (0,5 milliards) sont réduites tout en faisant appel à des licences extérieures (1,5 milliard).

Pour les auteurs, les raisons de cette mutation inéluctable qui devrait d'abord concerner les groupes possédant un fort potentiel de leadership en matière de R&D (Sanofi-Aventis et AstraZeneca), sont liées à l'inefficacité de mesures récentes comme la réduction des aires thérapeutiques abordées, le recours aux CROs, le recentrage sur des domaines moins risqués ou le déplacement d'activités dans les médicaments biologiques. Ces mesures n'ont pas permis de réduire l'extraordinaire ascension du coût de la R&D, parti de 2 milliards en 1980 pour atteindre 43,3 milliards de USD en 2006. Ni d'éviter la complexité croissante des contraintes imposées par la FDA, dès les phases pré-exploratoires. Le tout dans un contexte où les génériques menacent les médicaments qui assurent aux sociétés l'essentiel de leur chiffre d'affaires.

En interne, les raisons de ces échecs ne sont pas moins nombreuses car les groupes ne sont pas parvenus à réduire les taux d'attrition et à mettre en oeuvre des modèles prédictifs plus efficaces de leur recherche. La probabilité d'aboutir à un médicament en phase "découverte" reste quasiment stable dans le temps en se situant à une chance sur 10.000. En phase 1, le taux s'établit à 1 sur 5. Cette situation, comme le démontre le modèle mis au point par les analystes, alimente un cercle vicieux où les budgets de R&D sont en fait étroitement corrélées par le temps de développement des composés et le risque associé à la recherche.

Pour le coup, les explications avancées par les financiers de "Morgan Stanley" sont convenues et incomplètes. Elles mettent en avant le fait que l'utilisation des screenings à haut débit et de la chimie combinatoire n'a pas contribué à industrialiser les processus de recherche. De même, l'étude parle d'un excès de concentration de la recherche dans des centres d'excellence, ce qui a eu un effet négatif sur la créativité et l'originalité de la R&D. Un autre argument concerne la distraction de ressources scientifiques et financières pour l'extension de lignes de médicaments existantes, aux dépens d'une R&D originale et innovante. Plus classique est la mise en cause des chercheurs qui manqueraient de flair.

Pas un mot en revanche sur la gestion de la recherche, l'absence de ré-ingénierie des processus de recherche ou l'amélioration des antagonismes disciplinaires [4] qui représente un formidable gisement de productivité de la R&D pharmaceutique.

(A suivre...)

--

[1] BE 143 du 17/11/2008 dans laquelle nous anticipions l'acquisition de Wyeth "les mutations de la recherche pharmaceutique sur fond de concentration du secteur"

[2] Voir la rubrique "en savoir plus"

[3] BE 190 du 08/01/2010 "Alerte rouge dans la pharmacie américaine : quelles stratégies pour faire face à la perte d'exclusivité des brevets phares ?"

[4] BE n°184 du 13/11/2009 "Les grandes sociétés pharmaceutiques misent sur la place de Boston"

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Pour en savoir plus, contacts :

- BE Etats-Unis 143 du 17/11/2008 "Les mutations de la recherche pharmaceutique sur fond de concentration du secteur"
- BE Etats-Unis 145 du 05/12/2008 "La recherche pharmaceutique et les universités filent le parfait amour"
- BE Etats-Unis 157 du 13/03/2009 "Acquisition de Wyeth par Pfizer : quels impacts en matière de R&D ? (suite)"
- BE Etats-Unis 158 du 20/03/2009 "Les grandes manoeuvres de l'industrie pharmaceutique américaine : l'acquisition de Shering-Plough par Merck et son impact sur la recherche"
- BE Etats-Unis 159 du 27/03/2009 "Recherche pharmaceutique et universités : objectif 25% d'externalisation"

Code brève
ADIT :
62401

Source :

- "Wyeth Deal May Slow Pfizer Biotech Acquisitions", Andrew Pollack, 26/01/2009
- "For Pfizer, a Big Deal and a Test", Duff Wilson, 26/01/2009
- "In Wyeth, Pfizer Sees a Drug Pipeline", Natasha Singer, 26/01/2009
- "Banks Put Up for Pfizer-Wyeth Deal", Lauren Tara LaCapra, 28/01/2009
- "Pfizer's Bid For Wyeth Sends Ripples Through Trubion Pharmaceuticals, Seattle Biotechs", Luke Timmerman, 27/01/2009
- "Pfizer-Wyeth Combo's Impact on San Diego Biotech: Bad for Dealmaking, Good for Shareholders", Luke Timmerman, 27/01/09
- "Pfizer Bid for Wyeth Will Stall Mass. Biotech Deals, CEO Says, State Official Still Sees Growth.", Ryan McBride, 27/01/09
- "En rachetant Wyeth, Pfizer conforte son rang de leader mondial de la pharmacie", Yves Mamou et Jérôme Porier, Le Monde, 28/01/2009
- "Le groupe pharmaceutique Pfizer réorganise sa R&D mondiale et ferme six centres de recherche", AEF.info, 12/11/09
- "Wyeth CEO to get $53 million under Pfizer deal", Linda A.Johnson 27/03/2009

Rédacteur :

Antoine Mynard, attache-inno.mst@consulfrance-boston.org

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Origine :

BE Etats-Unis numéro 197 (1/03/2010) - Ambassade de France aux Etats-Unis / ADIT - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/62401.htm
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