Deux organisations du monde économique, la Algal Biomass Organization et la puissante Biotechnology Industry Organization (BIO), représentant près de 1300 entreprises à elles deux, ont envoyé le 4 mars dernier une lettre au Président et au Vice-Président de la Commission des Finances du Sénat. Le courrier était destiné à obtenir pour les carburants à base d'algues et micro-algues le même statut fiscal que celui dont bénéficient les autres biocarburants avancés. Pour mémoire, sont considérés comme biocarburants avancés, au sens de la législation américaine, des carburants dont l'empreinte carbone est au minimum 20% inférieure à celle des carburants fossiles.
Les industriels en appellent au congrès pour soutenir le texte HR 1250 qui vise à obtenir pour les algues le crédit d'impôt à l'investissement (Investment Tax Credit), s'appuyant sur l'excellente empreinte carbone (de 70% inférieure à celle des carburants d'origine fossiles) et sur le potentiel en emplois verts des carburants à base d'algues. Etonnamment, ce courrier a reçu le soutien d'industriels dans le domaine de l'éthanol cellulosique, avec qui pourtant les acteurs du domaine algal se positionnent en concurrents, arguant en particulier du fait que les produits issus des algues sont aisément transportables par pipeline, ce qui n'est pas le cas de l'éthanol.
Sapphire - un diamant vert
Une visite de la société Sapphire, en compagnie du Vice-Président en charge du Développement Alex Aravanis, permet de toucher du doigt le potentiel de cette source d'énergie. Bien qu'il y ait encore assez peu d'acteurs dans le domaine des biocarburants à base d'algues, notamment par rapport à l'éthanol cellulosique, le potentiel semble prometteur et bien perçu par les autorités américaines. A titre d'illustration, on rappellera que lors du premier appel de l'agence Arpa-e en novembre 2009, la société DuPont s'était vue allouer 9 millions de dollars pour son projet de recherche sur le bio-butanol à partir de macroalgues.
La société Sapphire, pour sa part, est déjà en pleine phase de déploiement : l'un de ses produits a déjà été testé en vol par une compagnie aérienne et la subvention de $100 millions qu'elle vient de recevoir (50% du Department of Energy et 50% de l'US Department of Agriculture) pour la construction de son site "industriel" doit lui permettre de passer à l'échelle industrielle d'ici fin 2011 ou début 2012.
On ne peut d'ailleurs manquer d'être surpris par le rythme de croissance effréné de cette (assez jeune) start-up: 130 salariés, un centre de recherche et une unité pilote au Nouveau Mexique, le tout en seulement 2 ans et demi d'existence. Bill Gates ne s'y est sans doute pas engagé par hasard... Le recrutement continue d'aller bon train: le nouveau directeur financier, qui possède également la casquette "développement international" n'est autre que James Lambright, ancien patron du programme TARP (Troubled Asset Relief Program) destiné aux institutions financières en difficulté. Certes, l'intéressé ne supervisera pas, dans ses nouvelles fonctions, les quelques 700 milliards de dollars qu'il gérait auparavant, mais son recrutement annoncé cette semaine indique que Sapphire nourrit de sérieuses ambitions...
Actuellement, Sapphire cherche à abaisser les coûts de fabrication, par exemple en simplifiant le cuvelage et en améliorant le rendement de la "récolte". La course à la compétitivité avec les autres formes de biocarburants est évidemment engagée. Mais les "algal biofuels" bénéficient de quelques avantages comparatifs. Avec les aquifères salins abondants au Nouveau-Mexique, un ensoleillement record et une absorption de CO2 atteignant les 90% (dixit Alex Aravanis), la société tient en effet un certain nombre de cartes en main. Les avantages comparatifs serait encore multipliés si le CO2 devait se voir affecter un prix à la tonne dans les prochaines années. Mieux encore, les terres au Nouveau Mexique étant peu fertiles, le développement des biocarburants à base d'algues envisagé par Sapphire échappe à l'actuel débat sociétal relatif à l'éviction foncière générée par d'autres formes d'énergie renouvelable. Pour l'heure, l'avenir de la jeune entreprise semble donc radieux... à l'instar du soleil qui inonde le désert du Nouveau Mexique...