Pour la première fois au monde, ont été observées de façon certaine, des particules provenant de l'intérieur de la Terre, là où se forme la chaleur de notre planète. Cette étude, qui vient d'être publiée par le site scientifique arXiv.org, est le résultat d'expériences menées dans les laboratoires souterrains du Gran Sasso de l'INFN (Institut National de Physique Nucléaire) où a été installée une sphère de dix-huit mètres de diamètre appelée Borexino.
Les chercheurs de Borexino (provenant d'instituts italiens, américains, allemands, russes et polonais) coordonnés par le professeur Gianpaolo Bellini, de l'INFN de Milan, ont pu observer pour la première fois les "géo-neutrinos" à l'aide de l'expérience menée au sein des Laboratoires du Gran Sasso. Il s'agit des antineutrinos provenant des entrailles de notre planète. Ces particules élémentaires ultralégères nous renseignent sur la transmutation de l'uranium radioactif qui prend place à des milliers de kilomètres de profondeur sous la croûte terrestre, produisant ainsi d'énormes quantités de chaleur à l'origine du déplacement des continents et de la fonte des roches en magma et lave pour les volcans. A travers ces géo-neutrinos, les scientifiques de l'INFN ont la preuve que cette radioactivité est une des sources principales d'énergie de la planète, bien qu'elle n'en soit pas la seule et unique source. La théorie selon laquelle, le centre de la Terre serait le siège d'une énorme réaction nucléaire qui à elle seule produirait les dizaines de milliers de milliards de Watt qui réchauffent notre planète, est démentie.
Bien que des chercheurs japonais avaient déjà entrevu des signaux laissant penser à l'existence des géo-neutrinos, leurs appareils, trop proches des centrales nucléaires, étaient perturbés par les antineutrinos qui en provenaient. Seulement dans les profondeurs du Laboratoire du Gran Sasso, à plus de 500 km de la plus proche centrale nucléaire, il a été possible d'obtenir un signal authentique de la radioactivité naturelle de la Terre. Ce grand succès est dû en grande partie à la technologie mise en oeuvre par Borexino.
Vu de l'extérieur, cela ressemble à une coupole de seize mètres de diamètre à l'intérieur de laquelle se trouve une sorte de "matrioska", une de ces poupées russes qui s'imbriquent les unes dans les autres. Dans la coupole, en effet, se trouve un volume de 2400 tonnes d'eau qui sert de premier écran pour filtrer les particules à haute énergie provenant du cosmos et qui n'intéressent pas les chercheurs. A l'intérieur du volume d'eau se trouve une sphère d'acier qui contient sur sa face interne, 2200 photomultiplicateurs, c'est-à-dire des appareils en mesure d'enregistrer les éclairs de lumière provoqués par les neutrinos. Au centre de cette sphère, se trouve une autre sphère, de nylon cette fois, qui contient mille tonnes de pseudocumène, un hydrocarbure utliisé pour protéger la partie sensible de l'expérience : le coeur de Borexino qui contient 300 tonnes de liquide scintillant. Le fonctionnement est assimilable à celui des anciens flippers : quand des neutrinos entrent en collision avec les électrons du scintillateur, ils transfèrent leur part d'énergie incidente, provoquant ainsi un éclair dans le liquide. Ces éclairs sont captés par les photomultiplicateurs grâce à la transparence des sphères internes. Il est alors possible de mesurer l'énergie des neutrinos incidents.
Borexino ouvre la voie à une nouvelle ère dans l'étude des mécanismes qui gouvernent l'intérieur de la Terre. L'étude approfondie des géo-neutrinos à des points variés de la Terre permettra d'avoir des informations plus précises sur la chaleur produite dans le manteau terrestre, et donc sur les mouvements de convection qui sont à la base des phénomènes volcaniques et des mouvements tectoniques.