C'est une grande découverte pour le milieu de l'art qu'a faite un scanner multi spectral à infrarouge en révélant les dessins préliminaires du Caravage sur une de ses oeuvres les plus célèbres : "Cena in Emmaus". Ce scanner, mis au point par l'Istituto Nazionale di Ottica (INO) du CNR de Florence, baptisé Multi-Nir, a été utilisé par l'Opificio delle Pietre Dure (OPD) pour analyser le tableau du Maître.
Ce n'est pas la première fois que cette oeuvre est étudiée en profondeur, mais les techniques utilisées auparavant n'avaient pas révélé de dessins préparatoires. Il était alors considéré que le Caravage n'en n'avait pas utilisé pour cette oeuvre, mais il s'avère qu'aucune esquisse n'avait été révélée pour cause d'une instrumentation insuffisante. Le nouveau scanner, réalisé grâce aux financements du projet européen EU-Artech, est en mesure d'acquérir une image infrarouge sous 14 longueurs d'onde différentes, atteignant ainsi les 2300nm, contre les 1050nm des instruments traditionnels. Le résultat est une succession d'images monochromes, parfaitement superposables, révélatrices de nombreuses caractéristiques des parties cachées de l'oeuvre. La puissance de cet instrument rend possible la visualisation d'un dessin noir sur une préparation sombre. L'analyse a ainsi révélé les contours du visage du Christ, des apôtres, des mains, ainsi que la présence d'inscriptions typiques de la période juvénile du peintre.
Le scanner du CNR a aussi révélé la présence d'un repentir significatif du Caravage. Sur le côté gauche du tableau, est sortie de l'ombre une fenêtre, à travers laquelle on peut apercevoir un paysage dominé par un arbre au feuillage abondant. Cette ouverture constituait une source de lumière qui éclairait les personnages de la scène. Dans la version définitive de l'oeuvre, le Caravage a occulté cet élément au profit d'un fond obscur, qui ajoute une touche de spiritualité et de recueillement à l'atmosphère. Le seul éclairage de la scène provient alors d'une source moins naturelle, révélatrice de la présence divine.
En plus de cette analyse à l'aide du scanner à infrarouge, une technique non invasive basée sur la fluorescence à rayons X a permis à une équipe de l'Università di Perugia et de l'Institut de sciences et technologies moléculaires du CNR, d'obtenir des informations supplémentaires sur la composition des matériaux picturaux. Ces informations confirment la présence d'un paysage verdoyant outre l'ouverture sur le fond.