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BE France 239  >>  23/03/2010

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Focus
Micropolluants en stations d'épuration : le programme AMPERES livre ses résultats

http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/62687.htm

Innombrables, présents à l'état de trace ou dans des proportions infimes dans les eaux usées, ils proviennent essentiellement d'activités humaines telles que l'industrie, le trafic motorisé et l'agriculture. Longtemps méconnus, les micropolluants méritent d'autant plus que les chercheurs s'intéressent à eux que certaines de ces substances peuvent avoir un impact avéré sur les organismes aquatiques, y compris à des doses très faibles, comme les poissons, les algues et les mollusques. Aussi depuis 2004 de vastes programmes de mesure sur les sites industriels de l'ensemble du territoire ont-ils été lancés sous l'égide du Ministère de l'Ecologie et du Développement Durable, programmes qui ont abouti à la publication d'un rapport de l'INERIS et à un certain nombre de recommandations. Cela dit, la recherche de ces micropolluants à l'échelle de quelques nanomètres reste complexe et délicate. D'où de nécessaires protocoles analytiques spécifiques qui ont été développés dans le cadre d'AMPERES. Lancé en 2006, pour une durée de trois ans, par le Cemagref, Suez Environnement et l'Université de Bordeaux 1, avec l'appui de l'Agence de l'eau Rhône-Méditerranée et Corse, AMPERES, co-financé par l'Agence Nationale de la Recherche (ANR) avait pour objectif de mesurer les concentrations des micropolluants dans les eaux usées traitées en entrée et en sortie de stations d'épuration et d'évaluer les capacités d'élimination des différentes technologies de traitement.


21 stations, 2.000 échantillons, 5.000 analyses

AMPERES s'inscrit pleinement dans la Directive Cadre européenne sur l'Eau (DCE) adoptée en 2000. Rappelons que celle-ci est destinée à garantir la bonne santé des milieux aquatiques et maintenir durablement et à moindre coût l'ensemble des activités et des usages de l'eau. Ainsi elle définit pour tout les milieux aquatiques naturels un "bon état écologique et chimique" qu'il faudra atteindre à l'horizon 2015. Particulièrement novatrice, cette directive impose notamment la réduction des émissions de 33 substances dites "prioritaires" dans le milieu naturel à l'horizon 2015, ce qui la positionne en leader vis-à-vis de ses homologues dans le monde. Parmi ces 33 substances, 13 doivent être supprimées des milieux aquatiques à l'horizon 2015, les émissions de 20 d'entre elles devant être réduites selon la Directive européenne 2008/105 du 16 décembre 2008. C'est donc pour anticiper les enjeux de protection des milieux aquatiques et de la biodiversité fixés par la DCE que le Cemagref et Suez Environnement ont lancé, dès 2006, le programme AMPERES. "Nos objectifs était de développer des méthodologies de prélèvement et d'analyse qui soient adaptées à l'étude des micropolluants dans les eaux usées et dans les boues, de mesurer les concentrations et les flux des micropolluants générés par les rejets de stations d'épuration domestique, d'évaluer les performances des procédés de traitements classiques dans les stations d'épuration domestiques mais également d'identifier et d'évaluer des traitements avancés tertiaires parmi les plus prometteurs", résume Marina Coquery, directrice de recherche au Cemagref et coordinatrice du programme AMPERES.

21 stations d'épuration ont fait l'objet d'études durant ce programme, 17 d'entre elles utilisant des traitements conventionnels, les 4 stations restantes faisant appel à des traitements avancés. Rappelons qu'une station d'épuration peu se résumer à une eau usée qui entre, une eau traitée qui sort, et la production de boues. "Aussi avons-nous cherché avant tout à dresser un bilan global du traitement d'une station d'épuration englobant les eaux et les boues. Nous avons également pris en compte la variabilité sur 24 heures, puisque les productions de jour et de nuit sont différentes", indique-t-elle. En tout, ce sont plus de 2.000 échantillons qui ont été prélevés en entrée et en sortie de station d'épuration, ainsi que sur de nombreux points intermédiaires le long de la ligne de traitement, à partir desquels ont été faites 5.000 analyses sur 3 ans. Ces prélèvements ont été effectués lors de différentes campagnes, chacune d'entre elles durant environ deux semaines. "Chaque point de prélèvement a donné lieu à plus de 300 analyses sur une période de 3 jours", précise Marina Coquery qui rappelle que 8 laboratoires en France et en Europe ont travailler ensemble pour relever ce défi.


Des résultats globalement rassurants

Les résultats qui viennent d'être présentés montrent que les stations d'épuration, conçues principalement pour traiter l'azote, le phosphore et le carbone, conformément à la réglementation européenne, arrêtent déjà 85% des substances dites "prioritaires" et 35% des autres substances étudiées rejetées dans les eaux usées. Parmi celles-ci, les substances absorbables, retenues dans les boues de la station, comme le DEHP qui est un plastifiant, le PBDE qui sont des retardateurs de flamme, le fluoranthène, un hydrocarbure aromatique, et la plupart des métaux. Autres exemples de molécules également éliminées lors du passage des eaux usées en station, les substances biodégradables telles que l'aspirine, l'ibuprofène ou encore le paracétamol, mais aussi les substances volatiles comme le dichlorométhane, un solvant chimique. En revanche, AMPERES a montré que 25% des substances détectées sont réfractaires au traitement biologique, et que 50% de ces substances, parmi lesquelles des détergents, un plastifiant, un solvant chimique ou encore l'aspirine, restent présentes dans l'eau traitée du fait de leur concentration importante en entrée de station malgré leur bon rendement d'élimination. Enfin, une dizaine de substances préoccupantes ont été identifiées comme pouvant conduire à un dépassement des normes lorsque le débit du cours d'eau récepteur est très très faible. On y trouve notamment un anti-salissures, deux détergents, un solvant chimique, quatre pesticides et deux composés aromatiques ou HAP.

Dans le cadre d'AMPERES, l'efficacité de procédés tertiaires avancés comme l'ozonation, la filtration sur charbon actif ou encore l'osmose inverse, pour éliminer les micropolluants, a également été évaluée. Les résultats obtenus montrent que ces procédés permettent de compléter l'élimination de la majorité, à savoir plus de 90%, des micropolluants encore présents dans l'eau en sortie d'une station d'épuration conventionnelle. "En poussant le traitement tertiaire jusqu'à l'osmose inverse ou l'ozonation, des procédés utilisés dans la production d'eau potable, les rejets n'auraient quasiment plus d'incidence sur le milieu aquatique", indique la coordinatrice du programme. AMPERES a donc montré que pour obtenir une élimination efficace de la quasi totalité des micropolluants, il est nécessaire de mettre en place une filière tertiaire avancée.

Relever le challenge du "bon état" écologique et chimique

Globalement, AMPERES apporte donc une réponse rassurante face aux inquiétudes nées des préoccupations environnementales liées à la présence de substances dites "prioritaires" et "émergentes" dans les eaux usées domestiques. Pour autant, la croissance des exigences environnementales et une meilleure préservation des milieux aquatiques pourrait nécessiter la mise en oeuvre de traitements plus sophistiqués au-delà de 2015. Quant au challenge du "bon état" écologique et chimique des masses d'eau en France défini par la DCE, le relever nécessitera un effort accru sur l'ensemble du bassin versant. Cela passera par une maîtrise des rejets non domestiques dans les réseaux d'assainissement (réduction des rejets de micropolluants à la source), une optimisation de la gestion des eaux pluviales, avec des réaménagements urbains et une généralisation des traitements en ligne, enfin une surveillance accrue des milieux aquatiques, en particulier au niveau des rejets dans le milieu naturel.

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Pour en savoir plus, contacts :

Cemagref - Marie Signoret : tél. +33 (0)1 40 96 61 21 - Email : marie.signoret@cemagref.fr

Code brève
ADIT :
62687

Rédacteur :

ADIT - Jean-François Desessard - Email : jfd@adit.fr

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Origine :

BE France numéro 239 (23/03/2010) - ADIT / ADIT - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/62687.htm
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