Une étude dirigée par des chercheurs de l'Université de Bonn indique que les conditions de vie des plantes vont, en raison du changement climatique, être bouleversées dans les années à venir. Les résultats de l'étude, publiés dans la revue Proceedings of the Royal Society London [1], révèlent que la diversité biologique des végétaux présents dans les zones tropicales et subtropicales va diminuer au cours du XXIe siècle.
Pour cette étude, les scientifiques de l'Institut Nees de biodiversité des plantes de l'Université de Bonn ont travaillé en collaboration avec des chercheurs de l'Université de Tübingen et de Yale (Etats-Unis). Leurs travaux ont permis de quantifier et de modéliser, à l'échelle régionale, l'impact potentiel du changement climatique sur la biodiversité végétale. En se basant sur la quantité d'espèces végétales présentes dans les différentes régions du monde et sur les conditions climatiques actuelles régnant dans ces mêmes régions, les chercheurs ont pu, en appliquant 18 scénarii de changement climatique, simuler l'état de la biodiversité végétale jusqu'à l'horizon 2100.
Les conclusions de l'étude indiquent que les régions froides et humides de la planète pourraient servir de refuge à un nombre plus important d'espèces, mais aussi que les régions chaudes et sèches pourraient devenir des milieux hostiles à la diversité végétale. Le Dr. Jan Henning Sommer de l'Institut Nees nuance néanmoins les résultats de l'étude : "Nous ne sommes pas devins. La capacité d'adaptation des espèces et leurs interactions avec l'écosystème peuvent, tout comme l'utilisation des sols par l'homme, avoir une grande influence sur la distribution des espèces. C'est un domaine dans lequel nos connaissances sont encore trop limitées".
L'étude livre cependant, selon leurs auteurs, des informations intéressantes quant à l'ampleur avec laquelle certaines régions pourraient voir leurs espèces immigrer ou disparaître. Ainsi, d'après les conclusions des scientifiques, les forêts tropicales amazoniennes d'Amérique du Sud seraient celles qui verraient disparaître le plus grand nombre d'espèces végétales en raison des modifications climatiques à venir. A l'inverse, l'Allemagne et d'autres régions tempérées du globe pourraient accueillir des espèces supplémentaires. Pour ces régions, il ne s'agira toutefois pas d'un gain en terme de biodiversité puisque, comme le souligne le Dr. Sommer, "la redistribution massive des espèces végétales entraînera, dans le monde entier, une uniformisation de la végétation au niveau régional, au détriment d'espèces uniques qui se sont adaptées à des conditions d'habitat particulières".
S'il est clair que l'impact du changement climatique sur la biodiversité végétale variera selon les régions, l'étude montre que les zones abritant les pays dont la responsabilité dans le phénomène de réchauffement planétaire est grande (Etats-Unis, Europe, etc.), seront paradoxalement celles qui subiront le moins les conséquences de la redistribution de la biodiversité des végétaux.
- [1] Sommer, J.H., et al. (2010). Projected impacts of climate change on regional capacities for global plant species richness. Revue Proceedings of the Royal Society B: Biological Sciences, publié en ligne le 24 mars. DOI: 10.1098/rspb.2010.0120 - http://redirectix.bulletins-electroniques.com/WzsUL - Dr. Jan Henning Sommer - Nees-Institut für Biodiversität der Pflanzen, Universität Bonn - tél : +49 228 73 2125 - email : hsommer@uni-bonn.de