En raison d'une possible colonisation des eaux des Grands Lacs par la carpe asiatique qui constituerait un risque pour l'écologie et l'industrie de la pêche locale, la fermeture de Chicago River a été envisagée. Cette décision pourrait entraîner des pertes financières importantes pour le secteur touristique de la ville de Chicago, notamment pour les organisateurs des circuits de visite architecturale de la ville par bateau et qui attendent chaque année plus d'un million de touristes.
De même, la colonisation des Grands Lacs par la carpe asiatique serait un scénario catastrophe pour les biologistes qui craignent que la carpe puisse endommager irrémédiablement le plus grand écosystème d'eau douce lacustre au monde. La carpe asiatique peut peser jusqu'à 100 pounds (plus de 45 kg) et consommer chaque jour jusqu'à 40% de son poids en plancton, base de la chaîne alimentaire des poissons des Grands Lacs. La carpe asiatique et plus particulièrement la carpe argentée et la carpe à grosse tête sont des espèces voraces et prolifiques qui ont détruit les populations de poissons natives et ont perturbé les écosystèmes durant les 15 ans de leur migration vers les lacs au nord depuis les rivières du Mississipi et de l'Illinois. Les recherches d'ADN environnemental ou ADNe, menées par des scientifiques de la Nature Conservancy et de l'Université de Notre Dame, indiqueraient que cette espèce serait déjà présente dans les Grands Lacs.
Dans le but de protéger l'industrie de la pêche commerciale et de loisir de la région, secteur qui pèse plusieurs milliards de dollars, l'Etat du Michigan, entre autres, demande la fermeture des écluses et de la rivière Chicago, mesure cruciale, selon les autorités pour empêcher la carpe asiatique d'entrer dans les Grands Lacs. L'enjeu est tel que six Etats des Grands Lacs, appuyés par de puissants groupes de soutien de l'environnement ont demandé aux législateurs fédéraux et à la Cour Suprême des Etats-Unis de faire pression afin que les autorités de l'Illinois ferment les écluses de la région de Chicago pour essayer de maintenir la carpe asiatique à l'écart du lac Michigan. Cette requête en injonction préliminaire a été rejetée pour la seconde fois par la Cour Suprême le lundi 21 mars de cette année.
Le Michigan entend poursuivre son combat en justice et envisage même de faire appel auprès du Président Obama pour qu'il ordonne la fermeture des écluses au moins de façon temporaire. Bien que l'administration Obama ait déclaré que le problème de la colonisation des Grands Lacs par la carpe asiatique est une question prioritaire à résoudre, celle-ci soutient pour l'heure les autorités de l'Illinois dans leur position en faveur du maintien de l'ouverture des écluses, dans le but de préserver l'économie touristique locale, centrée sur la rivière. Les autorités locales proposent l'alternative de la mise en place d'une nouvelle barrière électronique d'une valeur de 10,5 millions de dollars pour empêcher les carpes d'atteindre les lacs. L'EPA, dans le cadre de la Great Lake restoration initiative consacrera 78,5 millions de dollars qui serviront entre autres, aux activités de recherche pour combattre cette espèce, à l'extension des zones de surveillance et à l'accélération de l'optimisation des tests ADN mis en oeuvre par le US Fish and Wildlife Service.
Les autorités étatique et fédérale ont sollicité l'intervention d'ingénieurs de l'US Army afin d'évaluer les coûts financiers et environnementaux de la fermeture des écluses des voies navigables de Chicago et de l'impact de la fréquence de fermeture de Chicago River. L'expertise devrait être rendue prochainement et les recommandations devraient être mises en place dès le mois d'avril. Plusieurs options sont envisagées, incluant même l'interdiction de naviguer sur la rivière lorsque les écluses sont fermées permettant ainsi aux biologistes spécialistes de la faune de traquer la carpe asiatique à l'aide de filets, de l'utilisation du courant électrique et même de toxines pour poissons.
La ville de Chicago ainsi que les propriétaires des sociétés de tourisme proposant des activités liées à la rivière ont beaucoup à perdre. Une fermeture, si ce n'est qu'à temps partiel, serait catastrophique pour l'économie touristique centrée sur la rivière et le lac. La ville de Chicago a par ailleurs dépensé plusieurs millions durant la dernière décennie pour réaménager les bords de la rivière et en faire un point d'intérêt de la municipalité. Les professionnels du secteur estiment cette mesure trop drastique et remettent en cause la validité des recherches ADN ainsi que des mesures préventives visant à fermer les écluses. L'économie des transports fluviaux de la région connaitrait la plus grande crise économique de son histoire si la décision de fermer les écluses était prise.
L'équipe de chercheurs du programme "Great Lakes Project" de la Nature Conservancy propose plusieurs solutions pour faire face à l'invasion. Ils suggèrent l'utilisation de "Judas carp", qui sont des émetteurs permettant de localiser les poissons en vue de les extraire du milieu ou de les empoisonner.
En conclusion la ville de Chicago, avec le soutien du gouvernement fédéral et à la faveur des décisions de justice de la Cour Suprême est relativement confiante pour empêcher la fermeture de ses écluses et maintenir ainsi son économie touristique sur Chicago River. Cependant, la préservation de l'écosystème des Grands Lacs reste une priorité pour le gouvernement fédéral, les Etats bordant les lacs ainsi que pour les biologistes et associations de protection de l'environnement. Selon le National Wildlife Federation's Great Lakes Center à Ann Arbor, dans le Michigan, cette victoire de la ville suite à la décision de la Cour en date du 21 mars n'est qu'une étape d'un long processus. Il faudra nécessairement trouver des solutions à long terme pour une séparation permanente, qui selon eux, est le seul moyen d'assurer que la carpe asiatique ne colonise pas le Lac Michigan.