L'équipe de Svante Pääbo, directeur du département de génétique évolutionnaire à l'Institut Max Planck d'anthropologie évolutionnaire de Leipzig [1], a publié le séquençage partiel du génome de l'Homme de Néandertal dans un article paru dans la revue Science le 7 mai 2010 [2].
Pour la première fois depuis le séquençage du génome humain, des chercheurs sont parvenus au bout de quatre années de travail à séquencer le génome d'un hominidé : l'Homme de Néandertal, qui plus est le plus proche parent éteint de l'Homme. Le séquençage du génome du Néandertal a été réalisé à partir de l'analyse de plus d'un milliard de fragments d'ADN extraits d'os de l'époque du Néandertal trouvés en Croatie, en Espagne, en Russie et en Allemagne. Le travail de séquençage est dans ce cas particulièrement difficile étant donné l'âge de l'ADN : le matériel génétique est très détérioré et contaminé. Selon Svante Pääbo, plus de 95% de l'ADN d'un échantillon analysé provient en fait de bactéries et de microorganismes qui se sont développés après la mort de l'individu. Les chercheurs de Leipzig sont tout de même parvenus à reconstituer plus de 60% du génome de l'Homme de Néandertal, grâce à de nouvelles techniques développées en partie par eux-mêmes. Ils espèrent séquencer le reste du génome prochainement.
"La comparaison des deux génomes nous donne la possibilité de découvrir ce qui, dans notre génome, nous distingue de notre plus proche parent", explique Svante Pääbo. La première découverte de taille qu'a permise cette comparaison est le lien de parenté entre l'Homme moderne et l'Homme de Néandertal. A l'inverse de l'avis répandu jusque-là dans la communauté des chercheurs, il semblerait qu'il y ait bien eu métissage entre notre ancêtre Homo sapiens et l'Homme de Néandertal. Selon les calculs des chercheurs, entre 1 et 4% de l'ADN des populations vivant en dehors du continent africain proviendraient de l'Homme de Néandertal.
Pour arriver à ces résultats, les chercheurs ont séquencé cinq génomes humains d'origine européenne, asiatique et africaine, puis les ont comparés à celui de l'Homme de Néandertal. A leur surprise, ils ont découvert plus de similarités génétiques entre Homme de Néandertal et Homme d'origine européenne ou asiatique, qu'avec celui d'origine africaine. Ces similarités observées dans le génome asiatique oriental sont surprenantes puisque l'Homme de Néandertal n'aurait vécu qu'en Europe et Asie occidentale, aucune trace de lui n'ayant été trouvée en Asie orientale jusque-là. Selon les scientifiques, l'Homme de Néandertal se serait lié à l'Homo sapiens il y a entre 100.000 et 50.000 ans dans la région du Moyen-Orient, avant que Homo sapiens ne se disperse en différents groupes entre l'Europe et l'Asie.
L'équipe de Svante Pääbo s'est particulièrement intéressée à l'identification de séquences génétiques qui distinguent l'Homme moderne de l'Homme de Néandertal, et qui lui auraient conféré des avantages au cours de l'évolution. Des gènes impliqués dans les fonctions cognitives, le métabolisme et le développement du crâne, de la clavicule et du thorax ont d'ores et déjà été repérés et doivent faire l'objet d'analyses plus détaillées.
- Dépêche idw, communiqué de presse de la Société Max Planck - 06/05/2010 - http://idw-online.de/pages/de/news368094 - Articles de Die Welt, Süddeutsche Zeitung et Tagesspiegel - 07/05/2010