M. Jean-Jacques Dordain, directeur général de l'Agence Spatiale Européenne (European Space Agency ou ESA), a annoncé lundi 31 mai 2010 lors de la Conférence Mondiale Lunaire, organisée à Pékin par la Fédération Astronautique Internationale et la Société Chinoise d'Astronautique, que l'ESA soutient l'entrée de la Chine dans le partenariat de la Station Spatiale Internationale (International Space Station ou ISS). Selon lui, la coopération internationale pour l'exploration de l'espace doit être étendue afin d'accélérer sa progression. "Je souhaite vraiment soutenir l'extension du partenariat de la SSI à la Chine et à la Corée du Sud. Mais manifestement, cela devrait être une décision prise par tous les partenaires, et pas la décision d'un seul", a-t-il ajouté.
La Station Spatiale Internationale, dont la construction a débutée en 1998 et devrait s'achever en 2011, est construite et dirigée conjointement par les Etats-Unis, la Russie, les onze membres de l'ESA, le Canada, le Japon et le Brésil. Elle est en 2010 le plus grand des objets artificiels placés en orbite par l'Homme. Située en orbite basse, à une altitude d'environ 400 km, elle devrait être achevée en 2011 pour s'étendre sur 110 m de largeur, 74 m de longueur et 30 m de hauteur, et peser environ 400 tonnes. Elle est occupée en permanence par un équipage international qui se consacre à la recherche scientifique dans l'environnement spatial. Si la Chine est pour l'instant exclue du développement de l'ISS, ses récentes avancées dans le domaine spatial, et l'accroissement de ses potentialités basé sur un développement technologique indépendant, l'ont rapprochée des programmes internationaux d'exploration de l'espace.
Ainsi le 3 juin 2010, un groupe russe, chinois et européen participera à la mission Mars-500, programme expérimental russe qui propose de simuler sur Terre le voyage aller et retour d'un équipage vers la planète Mars. "C'est la première fois que nous aurons des quasi-astronautes de Russie, de Chine et l'ESA vivant ensemble pendant 520 jours. C'est une étape importante", a ajouté M. Dordain. M. Wang Yue, instructeur spatial chinois, représentera la Chine lors de cette mission, pendant laquelle trois expériences proposées par la Chine seront conduites.
M. Chen Qiufa, Vice-ministre chinois de l'Industrie et des Technologies de l'Information, en charge de la mission d'exploration lunaire chinoise, a déclaré lors de la conférence que la Chine souhaitait se joindre à des programmes de coopération internationaux, et partager des technologies et des résultats de recherche avec d'autres pays, tout en développant indépendamment ses propres technologies. "Je pense que le partenariat de la Chine avec l'Union Européenne est le plus aisé qui soit dans la coopération et la compétition internationales", a remarqué à la conférence M. Peng Jing, ingénieur à l'Académie Chinoise des Technologies de l'Espace.
La mission SMART-1 (Small Missions for Advanced Research in Technology), qui s'est déroulée du 27 septembre 2003 au 3 septembre 2006 par l'envoi d'une sonde spatiale de l'ESA vers la Lune, a permis un échange de données et de services entre l'Agence Spatiale Européenne et l'Agence spatiale chinoise. Si l'ESA a transmis à la Chine les données sur la position du vaisseau et les fréquences de transmission lors de SMART-1, la Chine s'est engagée en retour à emporter un échantillon biologique pour le compte de l'Union Européenne sur son vaisseau spatial Shenzhou-VIII, l'année prochaine. De plus, les coopérations entre les deux puissances spatiales se sont concrétisées autour de projets de missions d'observation de la Terre (programmes Double Star et Dragon).
La Chine a pour l'instant envoyé six astronautes dans l'espace, ainsi qu'une sonde lunaire, Chang'e-1. Elle développe actuellement ses propres technologies d'arrimage spatial et prévoit également l'envoi de nouvelles sondes prochainement.
M. Yu Dengyun, concepteur en chef adjoint du projet chinois d'exploration lunaire, a indiqué lors de la conférence à Pékin que la Chine mène des recherches afin d'envoyer des taïkonautes (nom chinois utilisé pour désigner les astronautes) sur la Lune. Il a de même révélé, au nom de la China Aerospace Science and Technology Corp, l'entreprise centrale chinoise de développement des technologies spatiales, une proposition de feuille de route pour l'exploration de l'espace lointain par la Chine, qui comprend le développement de sa propre sonde martienne, et la construction d'une base lunaire.