Le Dr Harold E. Varmus, ancien prix Nobel, a été nommé directeur du "National Cancer Institute" (NCI) le 12 juillet 2010. Il a prêté serment en présence de Kathleen Sebelius, secrétaire du "Department of Health and Human Services" (HHS). Il avait été proposé à ce poste par le Président Barack Obama le 17 mai 2010. Harold Varmus est ainsi le 14ème directeur du NCI, et remplace John E. Niederhuber, qui occupait ce poste depuis septembre 2006.
Le Dr Varmus, âgé de 70 ans, est actuellement co-président du "Council of Advisors on Science and Technology" (PCAST). C'est un proche du Président Obama, qu'il a soutenu durant la campagne présidentielle de 2008.
Son action au Memorial Sloan-Kettering Cancer Center
Avant sa nomination, il était président du "Memorial Sloan-Kettering Cancer Center" (MSKCC), situé à New York, depuis janvier 2000. Le MSKCC est un centre de recherche sur le cancer supporté par le NCI. Les centres supportés par le NCI (NCI-designated cancer center) sont financés par des subventions concurrentielles et se caractérisent par l'excellence scientifique et la capacité d'intégrer une diversité d'approches scientifique pour lutter contre le cancer.
Au MSKCC, le Dr Varmus a accentué les efforts pour faire progresser les sciences biologiques, afin d'améliorer la prise en charge des patients atteints de cancer. Sous sa direction, les programmes scientifiques ont été réorganisés et élargis, un nouveau centre de recherche a été construit, le "Mortimer B. Zuckerman Research Center", et de nouveaux programmes de formation de troisième cycle ont été créés en biologie chimique et biologie computationnelle (dans le cadre d'un nouveau Programme Tri-institutionnel avec l'Université Rockefeller et le Weill-Cornell Medical College) et en biologie du cancer (par l'intermédiaire du programme diplômant MSKCC à la "Louis V. Gerstner Jr. Graduate School of Biomedical Sciences").
Le Dr Varmus a supervisé la construction de nouvelles installations cliniques (en pédiatrie, pathologie, urologie et chirurgie), un nouveau centre en imagerie, le "MSKCC Imaging Center" et un centre pour le traitement du cancer du sein, l' "Evelyn H. Lauder Breast Center". Il a permis la création d'un programme en milieu hospitalier en recherche translationnelle le "Human Oncology and Pathogenesis Program" et le développement d'initiatives telles que la "Tri-Institutional Stem Cell Initiative" et le "Starr Cancer Consortium", impliquant cinq institutions de recherche.
Il a aidé à financer et superviser une nouvelle clinique du cancer dans le quartier de Harlem à New York (le Ralph Lauren Center for Cancer Care and Prevention) et de nouveaux programmes pour la diversité et l'égalité entre les sexes (l'"Office of Diversity Programs in Clinical Care" et le "Training and the Women Faculty Affairs Program"), pour s'assurer que le MSKCC développait des soins de haute qualité pour tous les citoyens de New York et préservait l'égalité des chances pour ses employés.
Son passage à la tête des NIH
Il fut directeur des NIH sous la présidence Clinton (1993-1999). Il a initié de nombreux changements dans la conduite des programmes de recherche "intramural" et "extramural", a lancé la construction de trois importants bâtiments sur le campus des NIH, dont le Centre de Recherche Clinique Mark O. Hatfield (ouvert en 2004). Ce bâtiment de sept étages, comporte un hôpital de 242 lits, et réunit sur un même lieu, les laboratoires, les équipements, la nouvelle section de développement pharmaceutique (Voir BE Etats-Unis 202 [1]) et les soins pour les patients. Le Dr Varmus a également aidé à initier l'augmentation significative du budget des NIH (+50% en 7 ans, entre 1993 et 1999).
Ses recherches scientifiques et son Prix Nobel en 1989
Pendant 23 ans, le Dr Varmus a mené des travaux de recherche à l'Université de Californie, San Francisco, en compagnie du Dr Michael Bishop avec qui il a démontré l'origine cellulaire des oncogènes rétroviraux de poulet. Cette découverte a permis d'isoler de nombreux gènes cellulaires contrôlant la croissance et le développement. Elle a valu à Harold Varmus et Michel Bishop le Prix Nobel de physiologie et médecine en 1989. Harold Varmus est également largement reconnu pour ses études sur les cycles de réplication des rétrovirus et des virus de l'hépatite B, les fonctions des gènes impliqués dans le cancer, et le développement de modèles murins de cancers humains.
Harold Varmus est l'auteur de plus de 300 articles scientifiques, cinq livres, dont une introduction aux bases génétiques du cancer pour le grand public et un mémoire, "The Art and Politics of Science", publié en 2009. Il a siégé à la Commission sur la Macroéconomie et la Santé à l'OMS de 2000 à 2002. Il est co-fondateur de la "Public Library of Science" (PLoS), un projet à but non-lucratif de publications scientifiques anglophones en libre accès. PLoS publie PLoS Biology, PLoS Medicine, PLoS Computational Biology, PLoS Genetics, PLoS Pathogens et PLoS Clinical Trials, ainsi qu'un nouveau journal uniquement électronique PLoS One, depuis 2006.
Harold Varmus a présidé le conseil scientifique de l'initiative "Grand Challenges in Global Health" de la Fondation Bill et Melinda Gates de 2003 à 2008 et préside actuellement le comité consultatif en santé mondiale de la Fondation, dans lequel il est impliqué dans plusieurs initiatives visant à promouvoir la science dans les pays en développement. Il est membre de l'Académie des Sciences américaine depuis 1984 et de l'Institut de Médecine depuis 1991, et a reçu la "National Medal of Science", le Prix Vannevar Bush, et plusieurs prix honorifiques et autres prix, en plus du Prix Nobel.
Sa nouvelle mission : le National Cancer Institute
Harold Varmus devient le 14ème directeur du National Cancer Institute (NCI). Fondé en 1937, l'Institut National du Cancer est la principale agence fédérale dédiée à la recherche sur le cancer et conduit, coordonne et finance la recherche sur le cancer, la diffusion d'informations de santé, et d'autres programmes portant sur les causes, le diagnostic, la prévention et le traitement du cancer.
Le NCI a publié son plan budgétaire annuel pour l'année fiscale 2011, intitulé "Connecting the Nation's Cancer Community" [2]. L'accent est mis sur : - le soutien des chercheurs - l'avancement de la science génomique - la traduction de la recherche génomique en thérapies - l'intensification des investigations scientifiques dans les domaines de la prévention du cancer et des agents infectieux, les cellules souches cancéreuses, la recherche sur l'efficacité comparative.
L'Institut possède le plus important budget des 27 Instituts et Centres composant les NIH. Son budget prévisionnel pourrait s'établir à 5,3 milliards de dollars en 2011. A son arrivée, le Dr Varmus souhaite revoir tous les programmes du NCI, rechercher les dysfonctionnements, et faire une liste des questions entourant le manque de progrès dans la lutte contre le cancer. Dans les détails, il commencera par restructurer le système coopératif d'essais cliniques, utiliser au mieux le Centre Clinique des NIH et travailler sur les moyens d'accélérer les autorisations de médicaments contre le cancer.
Il explique qu'il a une "profonde affection pour les NIH", dans lesquels il a commencé sa carrière en 1968, et un désir de satisfaire une des ses vieilles envies en tant que directeur d'institut à savoir contrôler le budget et "faire le show". Il a averti que le climat budgétaire avait changé depuis le "bon vieux temps", lorsqu'il était directeur des NIH. "Ne comptez pas sur moi pour faire de la magie avec le budget. Les choses vont sans doute être difficiles pendant un certain temps", ajoute-il. Ce chef de file de la recherche sur le cancer a ensuite posé certains principes. "Tout ce que nous faisons et tout ce que nous disons sera basé sur des preuves" explique t-il, une référence apparente à des accusations selon lesquelles la politique a dans le passé modelé de toute pièce la science au NCI.
Concernant les progrès réalisés en recherche sur le cancer, le Dr Varmus rapporte que malgré quelques succès spectaculaires, "nous n'avons pas réussi à contrôler le cancer comme une maladie humaine, et nous devons maintenant affronter ce paradoxe". Il affirme que certaines raisons sont évidentes, telles que la nécessité d'expliquer à la communauté des oncologues qu'il faut tester les tumeurs de leurs patients afin de détecter les mutations rendant vulnérables à un médicament particulier. Mais il veut aussi rechercher les causes inconnues telles que le lien entre l'obésité et le cancer.
Harold Varmus, grand défenseur du mouvement de libre accès aux informations scientifiques, souhaite intensifier l'accès aux données, aux matériels de recherche et aux publications. Son directeur adjoint sera Douglas Lowy, qui étudie les virus oncogènes dans le programme intra-muros des NIH.
Sa nomination saluée par le directeur des NIH
La nomination d'Harold Varmus, à la tête du NCI a été saluée par Francis Collins, directeur des NIH. "Aujourd'hui, c'est la meilleure personne sur la planète pour prendre les rênes de l'Institut National du Cancer". "C'est l'ouverture d'un nouveau chapitre du NCI" a déclaré Kathleen Sebelius au cours de la cérémonie d'assermentation.
En prenant la direction du NCI, la carrière scientifique d'"Harold Varmus" vient de boucler la boucle, démarrée comme agent du service de santé publique aux NIH, où il a étudiait l'expression des gènes bactériens avec le Dr Ira Pastan, MD, actuellement chef d'un laboratoire de biologie moléculaire au NCI. "Nous devons nous rappeler que les grandes réalisations de la science ont presque toujours commencé par un scientifique ayant une idée inattendue," a conclu le Dr Varmus.