Un programme mis en place il y à plus de dix ans par le Nouveau Mexique pourrait bien servir d'exemple à d'autres états américains afin d'attirer les investissements à risques, pour l'heure majoritairement concentrés dans la Silicon Valley et les régions de Boston et de New York. Depuis la récente crise, nombre d'états américains sont à la recherche de solutions destinées à dynamiser leurs écosystèmes d'investissement dans les nouvelles technologies, notamment pour favoriser la création d'entreprises à forte croissance. Une grande partie de ces états possèdent en effet une ou plusieurs universités ou centres de recherche de premier rang, produisant des technologies de pointe et nourrissant les aspirations de dizaines voire de centaines d'entrepreneurs chaque année.
Mais cela ne suffit pas à constituer un écosystème innovant. Le problème est en effet que ces régions manquent d'investisseurs à risques, alors que dans d'autres régions, et en Silicon Valley particulièrement, il y a plus de capital que de start-ups de qualité pour le recevoir. Deux conséquences. La première est que les investisseurs californiens ou d'autres régions sont conduits à surestimer et donc financer de façon exagérée les bons projets, créant un excès de capital souvent considéré comme peu favorable au développement des jeunes pousses. La situation conduit également les entrepreneurs à se disperser dans des activités non cruciales pour le développement de l'entreprise. La seconde conséquence est que le regroupement des capitaux-risqueurs dans quelques régions majeures entraîne une pénurie de capital dans d'autres états, pourtant regorgeant de jeunes pousses à fort potentiel. Alors, quelles sont les solutions pour attirer les VC ?
Un bon exemple, et qui pourtant ne date pas d'hier, nous vient du Nouveau Mexique : en 1993, l'Etat a lancé un programme dans le but de redynamiser son écosystème d'investissements à risques. L'idée est simple : l'Etat finance une partie des investissements d'un fonds de capital risque si ce dernier s'engage à investir au Nouveau Mexique une somme au moins égale à l'aide de l'Etat. Le VC doit également ouvrir un bureau dans l'Etat en question.
Les résultats sont plutôt encourageants au vu de la taille " scientifique " du Nouveau Mexique : de 1994 à 2009, les aides versées représentent près de 370 millions de dollars à des jeunes pousses de la région, qui ont par ailleurs levé plus de 1,7 milliard de dollars auprès de capitaux-risqueurs ou d'investisseurs providentiels. Une des entreprises modèles de ce programme est Aspen Avionics, basée à Albuquerque, qui développe des cockpits d'avion de dernière génération. Depuis sa création en 2005, la société a levé 29 millions de dollars dont 34%, soit près de 10 millions, ont été apportés directement par l'Etat. Aujourd'hui, Aspen emploie 52 personnes et génère environ 16 millions de dollars de chiffre d'affaires.
Au cours de 5 dernières années, le programme du Nouveau Mexique a ainsi financé environ 40 jeunes pousses. Autre point important, sa gestion est en grande partie mise par l'Etat entre les mains de capitaux-risqueurs, d'investisseurs providentiels et de banquiers d'affaire. L'idée de ce programme est séduisante surtout lorsque l'on connaît la méfiance américaine pour les interventions des états ou du gouvernement fédéral dans les affaires. D'après les estimations de l'un de ses directeurs, si ce programme était reproduit à l'échelle nationale, il pourrait favoriser la création de 10.000 start-ups sur une période de 10 ans. Bien sûr le programme ne peut avoir le même impact dans chaque région : il faut en effet pouvoir s'appuyer sur une base solide de recherche scientifique et technologique. Les états doivent donc tout d'abord se baser sur leurs propres forces et leurs faiblesses afin de créer leur écosystème entrepreneurial et surtout ne pas essayer de re-créer la Silicon Valley.
Que retenir de cette initiative ? Qu'il y a des contre exemples au modèle de financement privé de l'innovation aux Etats-Unis et qu'ils ont une base locale et non pas fédérale. De toute évidence les mentalités changent : il est important d'en suivre l'évolution dans le contexte de la récession récente, les Etats-Unis étant à la recherche de nouveaux modèles afin de (re)dynamiser leur sacro-saint environnement entrepreneurial fondé sur des logiques privées. La France et l'Europe avec leurs modes d'intervention publics-privés variés, peuvent constituer des exemples intéressants.