Tandis que des biologistes ont entrepris l'observation de baleines grises dans le site exceptionnel de la baie d'Olga (littoral oriental du Kamtchatka), d'autres chercheurs russes ont engagé depuis la mi-juin une expédition dans le cadre du programme "Bélougas-Baleines blanches" pour la saison 2010.
"En été, la plus importante population de baleines grises de la région vient accumuler de la graisse dans la baie d'Olga. Ces dernières années, on y dénombrait plus d'une cinquantaine d'individus. Les biologistes marins pensent que cette année, les baleines grises seront encore plus nombreuses à se retrouver dans la réserve Kronotski, explique un représentant de cette réserve."
De mai à octobre, les baleines grises "passent de longues vacances" dans la baie d'Olga. Des observations sont conduites régulièrement dans ce golfe depuis 1995. Avant cette date, seuls quelques animaux fréquentaient cette zone. Les scientifiques pensent que la conquête progressive de ce nouvel espace par ces mammifères marins s'explique par le fait qu'ils sont de plus en plus dérangés dans les autres eaux de l'Extrême-Orient. Les géants des mers pourront être observés sur un territoire de 55 km de long.
"Dans la baie d'Olga, souligne le porte-parole de cette zone protégée, les spécialistes ont la possibilité unique d'étudier des baleines vivantes pratiquement hors de l'eau. En effet, lors de la marée basse, les géants gris demeurent parfois sur les bancs de sable, immergés seulement à moitié, ou même seulement à un tiers, dans l'eau. Les mammifères sont attirés par une base nourricière plus riche à marée basse". Il est à noter qu'elles supportent assez bien de brefs séjours à l'air libre.
La baleine grise détient le record des déplacements : elle couvre, en moyenne, 16.000 km par an, bien qu'elle avance assez lentement - de 7 à 10 km/h. Etant facilement accessible, elle a été longtemps la proie privilégiée des chasseurs de baleines, qui ont presque anéanti l'espèce. Depuis 1947, il est totalement interdit de la pêcher (à la seule exception des peuples de la Tchoukotka, pour leurs besoins personnels).
L'expédition aura pour principaux objectifs de poursuivre les travaux concernant le recensement des individus et l'évaluation de la répartition, en été, des populations de bélougas, la capture et le "marquage" (au moyen d'émetteurs satellitaires) de certains animaux. Des innovations sont prévues : l'étude de la structure par âge et par sexe des populations, le comportement des groupes, l'identification photo des animaux, l'enregistrement de signaux hydroacoustiques. Les travaux prévus incluent le suivi vétérinaire des animaux, la prise d'échantillons de sang et la réalisation de biopsies afin de mener des études biochimiques et parasitologiques. Les zoologues pourront ainsi évaluer si l'état de santé des bélougas et la pureté du milieu marin dans lequel ils vivent sont conformes aux normes et standards internationaux retenus pour cette espèce. Enfin, les travaux porteront sur l'étude de l'incidence des bruits occasionnés par l'Homme (sonars des sous-marins et des navires ; installations de forage ; moteurs des navires ; prospection sismique en mer ; bruits des diverses installations énergétiques, comme, par exemple, les éoliennes) sur la santé des baleines blanches, sur le changement de leur comportement, la perturbation de leur sommeil et le fonctionnement de leur système auditif.