La nouvelle est tombée le lundi 23 août et a déjà provoqué de nombreuses réactions : Royce Lamberth, un juge de la cour fédérale de Washington, a donné raison à deux plaignants qui demandaient la suspension des financements fédéraux pour la recherche sur les cellules souches embryonnaires (CSE). Ces deux plaignants travaillent sur un autre type de cellules souches et invoquent l'augmentation des contraintes pour l'accès aux financements fédéraux depuis que l'administration Obama a rendu possible le financement des projets de recherche sur les CSE. Les deux plaignants, James Sherley du Boston Biomedical Research Institute et Theresa Deisher d'AVM Biotechnology, sont soutenus par la Christian Medical Association ainsi que par Nightlight Christian Adoptions, pour qui la recherche réduit le nombre d'embryons disponibles pour l'adoption. La décision du juge s'appuie sur l'amendement Dickey-Wicker, systématiquement inclus au budget fédéral depuis 1995, qui interdit l'utilisation de fonds fédéraux pour financer la création d'embryons destinés à la recherche ainsi que les recherches au cours desquelles un ou des embryons sont détruits ou exposés à des risques de blessure plus importants que ceux tolérés pour la manipulation d'un foetus.
La recherche sur les CSE est un sujet particulièrement houleux aux Etats-Unis. Lorsque les scientifiques découvrent les CSE en 1998, l'amendement Dickey-Wicker est déjà en place depuis plus de deux ans. Georges W. Bush va plus loin lors de son élection en 2001 en limitant l'accès aux fonds publics pour les projets de recherche sur les CSE : seuls les travaux sur les lignées de CSE déjà existantes peuvent recevoir des financements fédéraux. Barack Obama a fait du financement fédéral de la recherche sur les CSE son cheval de bataille lors des dernières élections et a annulé en 2009 l'interdiction de financer les projets de recherche visant à créer de nouvelles lignées de CSE. (voir BE Etats-Unis 157, "Levée des interdictions fédérales pour la recherche sur les cellules souches aux Etats-Unis" [1]). Cette fluctuation à l'échelle fédérale n'a pas empêché certains Etats de chercher à se doter de leur propre législation dans ce domaine. On peut par exemple citer la Géorgie [2] et l'Oklahoma [3]. A l'inverse, la Californie avait mis en place une structure pour financer ce type de recherche à l'échelle de l'Etat : le California Institute for Regenerative Medicine voir BE Etats-Unis 165, "Reprise des financements par le CIRM au profit des projets de recherche interdisciplinaire" [4].
L'affaire actuelle est la suite d'une action en justice intentée par les mêmes plaignants en 2009. Ils avaient alors porté plainte contre les National Institutes of Health (NIH), le principal organisme de financement publique de la recherche en biologie et médecine, pour violation de l'amendement Dickey-Wicker. En octobre dernier, ils avaient été déboutés au motif que la plainte était sans relation avec leur activité et n'était par conséquent pas recevable. Ils avaient alors fait appel en mettant en avant l'argument de la difficulté accrue d'obtenir des financements, ce qui leur a valu de pouvoir être entendus en Juillet dernier. La revue Nature avait alors tiré la sonnette d'alarme [5]. Le jugement passé par le juge Lamberth a provoqué une très vive émotion non seulement dans les milieux scientifiques [6] mais également dans l'opinion publique (voir les commentaires, parfois virulents, des articles cités ci-dessous). La nouvelle a été reprise dans de nombreux journaux dans le monde, pour exemple en France [7], [8] et a valu au NIH des manifestations de soutien [9].
La Maison Blanche a d'ores et déjà annoncé qu'elle ferait prochainement appel de ce jugement [10]. De leur côté, les laboratoires concernés par l'arrêt abrupt de financement ont recours à diverses solutions : abandonner les projets de recherche sur les CSE pour pouvoir renouveler leurs demandes de financement ou tirer le maximum du temps et des fonds dont ils disposent actuellement.