Une équipe de chercheurs de l'université de Tokyo et du Centre de médecine génomique du RIKEN a identifié une vingtaine de variations génétiques conférant une susceptibilité au cancer de la prostate dans la population japonaise. C'est la première fois qu'une telle étude est menée dans une population non-européenne. Parmi les gènes identifiés, certains sont associés à la maladie pour la première fois.
Le cancer de la prostate est l'un des plus fréquents en Europe et aux Etats-Unis. En France on compte de l'ordre de 62 250 nouveaux cas par an, ce qui en fait le cancer le plus fréquent. Au Japon, l'incidence de ce cancer est plus faible, mais en augmentation rapide depuis plusieurs années. Les causes supposées en sont les changements dans le style de vie japonais et le vieillissement de la population.
L'étude a porté sur 13.385 hommes japonais, parmi lesquels se trouvaient 4.584 patients atteints d'un cancer de la prostate et 8.801 sujets sains. Les chercheurs ont effectué une étude d'association pangénomique, c'est à dire qu'ils ont recherché dans l'ADN des sujets certaines variations (appelées polymorphismes nucléotidiques simples, ou SNP, parce qu'elles ne touchent qu'une seule paire de bases du génome) dont la présence est corrélée avec la présence d'un cancer de la prostate.
Des travaux antérieurs de ce type, portant sur des populations d'origine européenne, avaient permis d'identifier 31 SNP conférant à leur porteur une plus grande susceptibilité au cancer de la prostate. L'étude japonaise a permis de mettre au jour des différences dans la population japonaise. En effet, parmi les mutations déjà identifiées, 19 étaient corrélées avec la présence d'un cancer de la prostate chez les sujets japonais, mais 12 ne l'étaient pas. De plus, l'étude a permis d'identifier 5 nouveaux SNP qui semblent associés au cancer de la prostate spécifiquement chez les sujets japonais.
Ces résultats apportent de nouveaux éléments sur les causes génétiques du cancer de la prostate. Ils ouvrent des possibilités d'application intéressantes à la lutte contre le cancer. Tout d'abord, ils permettent d'envisager une meilleure appréciation des risques de développer un cancer de la prostate pour un sujet donné ce qui permettrait un meilleur ciblage et une personnalisation de la prévention. De plus, ils peuvent aider au développement de méthodes de dépistage précoce. Enfin, à travers la compréhension des mécanismes par lesquels ces gènes sont impliqués dans le développement du cancer de la prostate, on peut imaginer la mise au point de nouveaux traitements.
- "Genome-wide association study identifies five new susceptibility loci for prostate cancer in the Japanese population" - TAKATA Ryo et al. - Nature Genetics 42 - en ligne le 01/08/2010 - http://dx.doi.org/10.1038/ng.635 - Annonce du RIKEN en anglais - 02/08/2010 - http://redirectix.bulletins-electroniques.com/enLmf - Mainichi Shimbun - 02/08/2010 - Reuters - 01/08/2010