Depuis quelques temps, la théorie précède l'observation dans les sciences de l'univers. Elle permet de formuler des prédictions, qui ne peuvent être vérifiées que lorsque les moyens techniques permettent d'atteindre une précision de mesure suffisante. A l'image des lentilles gravitationnelles prédites par Einstein en 1936 et observées seulement en 1979, il devient rare qu'un scientifique ait l'occasion de voir la preuve de son hypothèse de son vivant.
Ainsi, alors que l'équipe de Peter Goldreich avait prédit la présence d'oscillations an sein l'anneau B de Saturne en 1985, il a fallu attendre l'envoi d'une sonde pour en apporter la preuve. Celle-ci, nommée Cassini en référence à l'astronome franco-italien qui fut le premier à observer quatre des lunes de Saturne au dix-septième siècle, a commencé son voyage à travers le système solaire en 1997, et est actuellement en orbite autour de Saturne.
Alors que la configuration des anneaux de Saturne est généralement influencée par ses nombreuses lunes, à l'instar des sillons leur donnant l'aspect d'un disque vinyle, un autre phénomène serait la cause de ces oscillations dont l'amplitude peut aller jusqu'à des centaines de kilomètres. Il s'agirait d'une conséquence du mouvement aléatoire qui agite les particules composant les anneaux. Certaines oscillations seraient amplifiées, en raison de la très forte densité de matière. La matière composant les anneaux peut en effet être considérée comme un fluide visqueux. Les oscillations de différentes fréquences se propagent vers le bord extérieur, et ont ainsi pu être observées, au cours des quatre dernières années, par la sonde Cassini.
Ces résultats ont une portée beaucoup plus large que l'environnement d'une planète particulière. L'univers étant composé quasiment exclusivement de deux formes de base -sphères et disques- ces découvertes peuvent être appliquées à plus grande échelle, par exemple pour décrire la dynamique des galaxies spirales - telles que notre voie lactée.
La mission Cassini-Huygens, fruit de la coopération entre les agences spatiales américaine, européenne et italienne, a déjà rempli de nombreux objectifs : survol de Vénus et de Jupiter, vérification de la théorie de la relativité générale d'Einstein, orbite autour de Saturne et survol de ses lunes, atterrissage de Huygens sur Titan, etc. Elle pourrait être étendue jusqu'en 2017, avant que la sonde soit détruite dans l'atmosphère de Saturne, évitant ainsi les risques de contamination biologique d'une des lunes.