Après les périodes de fêtes, la coutume est de faire un bilan de l'année passée et de se projeter dans le futur. Qu'en est-il pour le secteur des technologies propres?
2010, une année lumineuse ?
Nicolas Parker, directeur du Cleantech Group, l'avait bien prédit l'année dernière: au niveau politique, la course pour dominer le secteur des énergies renouvelables prend de l'importance et s'apparente aux rivalités observées auparavant sur le domaine spatial [1].
Steven Chu, secrétaire du DoE (Department of Energy) aux Etats-Unis a dressé fin novembre un tableau peu réjouissant du déclin américain en matière de haute technologie, dans un discours référencé comme le "Sputnik moment". D'après lui, l'Amérique doit concentrer ses forces et toute son ingéniosité pour créer des énergies propres à un prix compétitif, afin de subvenir aux besoins du pays et dynamiser son économie pour le siècle qui vient [2].
En effet la Chine, qui peut produire des systèmes d'énergies renouvelables 30% moins cher que les pays développés [3], a détrôné les Etats-Unis du titre de leader du marché, d'après un rapport du cabinet de conseil Ernst & Young. Ce rapport observe également d'importants investissements dans les cleantechs en Corée du Sud et au Mexique et le développement rapide du secteur éolien en Roumanie et au Mexique [4].
La Californie semble avoir anticipé l'appel du secrétaire Chu et l'année a été riche en prises de décisions en faveur de l'environnement et pour le développement des cleantechs. Celles-ci ont notamment repris de plus belle en novembre, après l'échec électoral cuisant de la proposition 23 sponsorisée par des entreprises pétrolières texanes [5] qui visait à inverser la tendance instaurée depuis 2006 grâce à la loi AB32 du gouverneur Schwarzenegger [6].
D'après GigaOm cependant, on retiendra l'année 2010 au niveau technologique comme celle de l'avènement des LEDs [7]. Comme nous l'avions discuté dans un autre article, ces ampoules super efficaces sont en effet sorties de l'ombre et ne sont plus réservées à des applications spécifiques [8]. En témoigne l'émergence de start-ups partout dans le monde. Remarquons par exemple l'entrée en bourse de SemiLEDs, une compagnie taïwanaise qui fait peur aux américains [9].
Pour voir l'avenir un peu plus clairement, nous avons interrogé Michael Kanellos, éditeur en chef et analyste sénior dans le groupe Greentech Media, [10].
Technologie : les grandes tendances se poursuivront
D'après lui, on attend un fort développement du solaire photovoltaïque aux Etats-Unis et le marché pourrait doubler en 2011 après avoir déjà doublé en 2010 [11]. La technologie du silicium cristallin en particulier semble vouée au succès et pourrait contribuer aux premiers projets de grande ampleur du photovoltaïque à concentration, qu'on attend depuis plusieurs années. SunPower s'engage en effet dans cette voie avec des produits de basse concentration [12].
Pour le solaire thermodynamique (CST : Concentrated Solar Thermal), la conjoncture est moins favorable car les prix ne chutent pas aussi vite que prévu. Parmi tous les projets du pays, seulement deux ont obtenu des garanties de prêts de la part du DoE. A ce niveau, le point de vue de Michael Kanellos diverge de celui de Gigaom, qui voit 2011 comme l'achèvement d'un processus de trois ans de préparation pour le CST. En Californie en effet, les premiers chantiers devraient débuter [13].
Enfin, comme le journal de Kanellos le souligne, de nouvelles introductions en bourse ne seraient pas surprenantes dans le secteur solaire, comme par exemple celles d'Enphase, MiaSolé ou BrightSource [14].
Outre le solaire, l'intérêt porté à l'efficacité énergétique pourrait croître encore, particulièrement dans le secteur du bâtiment où tant d'actions restent à entreprendre au niveau de l'éclairage, du chauffage ou de l'air conditionné par exemple. La gestion de la consommation sera pilotée par des logiciels dédiés dont le marché pourrait se développer fortement et rapidement, conjointement aux smart grid. Malgré la controverse actuelle, ceux-ci vont se développer car c'est une nécessité et le service qu'ils procurent apparaît comme un besoin aux consommateurs. Enfin, le secteur du stockage énergétique continuera à drainer des investissements mais on ne peut pas réellement parier sur une découverte révolutionnaire.
Histoires d'argent
Le débat actuel sur les investissements [15] est fortement exagéré, la preuve en est que 300 millions ont été investis dans les cleantech le mois dernier. Entre 2004 et 2010, de nombreuses start-ups sont apparues et ont eu besoin de lever des fonds, comme par exemple Nuvosun [16] ou Soladigm [17]. Le secteur entre maintenant dans une période de maturation où il sera intéressant d'observer quelles sont celles qui se développeront avec succès [18].
Le gouvernement vient de renouveler la loi 1603 qui soutient les énergies renouvelables [19] et le programme de garanties de prêts consentis le sera probablement aussi. Il faut avoir en tête que ces investissements participent à la création d'emplois... et que personne ne vote contre la mise en place de nouvelles usines. Notons à ce propos que la région de la baie de San Francisco est le premier pôle de création d'emploi dans les cleantechs [20].
Néanmoins les Etat-Unis doivent dispenser leurs deniers avec parcimonie et l'efficacité énergétique sera fortement encouragée. Elle apparaît en effet comme une évidence économique, avec des actions qui présentent un temps de retour sur investissement généralement inférieur à deux ans, dans un contexte de forte variabilité du coût des matières premières.
En conclusion, madame Irma?
Le secteur des cleantechs est très dynamique et finalement chaque technologie semble avoir de l'espace pour croître, car la compétition "Sputnik" est mondiale et chacun fait ses propres paris. A Londres par exemple, c'est le véhicule électrique qui sera à l'honneur : le maire Boris Johson a annoncé que tous les taxis seraient électriques d'ici à 2020 [21].
Parce que l'efficacité énergétique reste la forme de technologie propre la moins onéreuse, nous suivrons pour notre part l'avis de Dallas Kachan* qui la qualifie de "rock star" des cleantechs. Il s'attend à d'important investissements dans ce secteur, notamment dans les smart grids [22]. Les LEDs, qui pourraient faire économiser à elles seules $120 milliards aux Etats-Unis d'ici à 2030, ne devraient pas être en reste [23]. Et pourquoi ne pas imaginer une percée des réseaux DC (courant continu) pour l'éclairage dans la maison, comme l'espère (entre autres) la compagnie Nextek Power Systems?
Enfin, d'après un rapport récent du National Home Performance Council, si les maisons américaines étaient modernisées avec les techniques d'efficacité énergétique connues aujourd'hui, les dépenses résidentielles d'énergie pourraient être amoindries de 40%, ce qui réduirait les factures de $21 milliards chaque année [24].