L'unique centrale nucléaire de Lituanie, Ignalina, fermée en 2009 pour des raisons de sécurité devrait revoir le jour pour approvisionner en énergie les trois pays baltes ainsi que la Pologne. Cependant ce projet mène à des réflexions politiques, économiques et environnementales de fond.
La fermeture de cette centrale nucléaire était une condition pour que la Lituanie entre dans l'Union européenne. Le réacteur nucléaire de la centrale était de type "RBMK", de même technologie que celui de Tchernobyl. Ce type de réacteur de conception soviétique souffrait d'un défaut de sécurité important, dit à "coefficient de vide positif", qui se traduit par un risque d'emballement en cas de vaporisation de l'eau dans le circuit de la centrale. La centrale d'Ignalina fournissait à la Lituanie une énergie bon marché et une certaine indépendance énergétique vis-à-vis de leur voisin russe : 70% de l'énergie électrique de la Lituanie était issue de cette centrale. Sa puissance est encore aujourd'hui un record mondial : 1500 MW.
Des solutions alternatives existent à court terme, et des projets sont envisagés pour le long terme tels qu'une interconnexion sous-marine avec la Suède ou la réhabilitation de la centrale en partenariat avec la Lettonie, l'Estonie et la Pologne. Ce second projet est en cours de développement et la centrale de Visaginas devrait être équipée d'un réacteur à eau bouillante avancé (ABWR) de chez Hitachi-GE (convention de concession signée le 30 mars dernier). Cet équipement est décrit comme le seul réacteur de troisième génération éprouvé à l'échelle mondiale avec un niveau de sécurité renforcé et une capacité nette de 1340 MW.
Dans le cas d'une participation de la Lettonie, une contribution à hauteur de 20% du projet devrait être apportée, soit un coût de participation qui s'élèverait à environ 1 milliard d'euros. L'avantage majeur pour la Lettonie dans la participation à ce projet, serait l'accès à un flux d'électricité stable et compétitif. Le plus grand risque réside dans le fait que l'électricité d'Ignalina sera en concurrence avec les autres producteurs des pays nordiques et de Russie, avec un impact sur le prix du marché énergétique. La centrale de Visaginas devra ainsi rester viable sur le plan économique même lorsque d'autres centrales seront ouvertes dans la région (projets de centrales à Astraviec en Biélorussie et à Kaliningrad). De plus, la participation lettone au projet ne devrait pas être seulement financière mais basée sur un projet plus vaste impliquant des structures industrielles lettones, des ingénieurs, des scientifiques, etc.
La question de la participation lettone à la réhabilitation de la centrale nucléaire d'Ignalina, future centrale nucléaire de Visaginas, est actuellement entre les mains de la Saiema (parlement letton). Côté lituanien, rien n'est définitivement acquis : seulement 10% de la population lituanienne soutient le projet malgré le spectre d'un nouveau dynamisme économique du pays. Cette centrale qui devrait commencer à fonctionner en 2020, va-t-elle seulement voir le jour ?