L'Agence spatiale américaine (NASA) et l'Administration nationale océanographique et atmosphérique (NOAA) travaillent conjointement au développement des futurs satellites JPSS (Joint Polar Satellites System) et GOES-R (Geostationnary Operational Environmental Satellites), deux programmes capitaux pour les prévisions météorologiques aux Etats-Unis.
De L'espace pour la Terre : l'espace au coeur du système d'observation
- Les satellites du programme JPSS seront de la prochaine génération de satellites environnementaux américains en orbite polaire et remplaceront les Polar Orbiting Environmental Satellites (POES). La transition est assurée par le satellite Suomi NPP, lancé le 28 Octobre 2011, permettant de tester les nouveaux instruments qui seront embarqués sur les satellites JPSS et donc de minimiser les risques. Ces instruments apportent des améliorations considérables pour la météorologie et l'océanographie (par exemple, détection de feux, panache volcanique, nappes de pétrole). Les données récoltées permettront de reconstituer des profils de température et d'humidité à haute résolution utiles à l'analyse des modèles numériques de prévision du temps. Le lancement et la mise en orbite opérationnelle du premier satellite JPSS-1 (clone de NPP) sont prévus pour 2017.
- La série de satellites GOES-R recueillera des données plus fines que les satellites utilisés actuellement pour les observations, les prévisions météorologiques, la gestion des écosystèmes et le suivi de l'évolution des conditions climatiques. Grâce à des instruments et des capteurs de très haute technologie, les satellites GOES-R fourniront environ 60 fois plus de données météorologiques et environnementales que la flotte actuelle de satellites géostationnaires de la NOAA pour des prévisions météorologiques plus précises et plus rapides. Le lancement et la mise en orbite opérationnelle du premier satellite GOES-R sont prévus pour 2015.
Lors de l'audience du 27 juin 2012 à la Chambre des Représentants, Kathryn Sullivan de la NOAA et Marcus Watkins de la NASA ont fait un point de situation plutôt optimiste sur le développement de ces programmes. Il a été généralement reconnu des progrès significatifs dans les étapes de préparation des satellites au lancement ainsi que des efforts de la part des deux agences pour rester dans l'enveloppe budgétaire allouée aux programmes. Toutefois, il semble que le comité ait été alarmé sur un déficit potentiel de données météorologiques satellitaires dès la fin de 2015. Ce qui risque de gêner l'action des scientifiques et le débat public sur la mise en place des politiques environnementales à conduire.
Le paradoxe est grand : si des décisions positives ne sont pas prises d'ici la fin 2012, les capacités d'observations satellitaires aux Etats-Unis pourraient diminuer et des paramètres environnementaux essentiels ne pourront plus être surveillés. Les membres du comité ont demandé à la NOAA de travailler sur le manque potentiel de données. Mais en attendant que la NOAA identifie ces options et établisse un plan de mitigation de risques, le gouvernement a mis en place en parallèle un groupe de travail, le National Earth Science task force.
Un plan stratégique national dans un contexte financier difficile
Le plan stratégique que tente de bâtir le gouvernement américain pour la période financière 2012-2016 doit relever plusieurs défis et prendre en considération les enjeux sociaux, économiques et technologiques à long terme.
Le Congrès est très soucieux de réduire le déficit du budget fédéral, une seule audience ne suffira donc pas pour que les membres du comité soient totalement en faveur des satellites JPSS et GOES-R. Ces satellites doivent non seulement répondre aux besoins du peuple américain mais doivent également être projetés dans un contexte global et prendre en compte les changements climatiques à l'échelle mondiale.
La crise financière constitue une menace pour les systèmes d'observation de la Terre américains. Si ces systèmes sont victimes de coupes budgétaires, quelles en seront les conséquences pour la science du climat et de la compréhension du changement climatique mondial? Et à plus long terme, comment cela peut-il avoir des effets sur la société?
Promouvoir un modèle privé pour l'accès aux données météorologiques ?
L'incertitude du futur financement crée un climat très frustrant au sein de la NOAA et la continuité de la performance des services demeure difficile. Les témoins n'ont pas été en mesure de répondre à des questions portant sur la proposition du Sénat de transférer les programmes et leur financement de la NOAA vers la NASA. En l'occurrence le président du comité Ralph Hall a demandé si ce transfert permettra de faire des économies sur l'achat des satellites ? Y aura t-il plus de transparence vis-à-vis de la gestion des programmes ?
Un des membres du comité a évoqué la mise en place d'un partenariat public-privé afin de diminuer les contraintes budgétaires. L'ouverture des données météorologiques au marché commercial peut être potentiellement intéressant, cependant ce type de marché est très segmenté avec des besoins bien spécifiques (Agriculture, Pêche, Planification urbaine, ... ). De plus, la situation des acteurs privés de l'imagerie de la terre reste fragile non seulement aux Etats-Unis mais partout dans le monde. Ce choix apparaît donc peu probable et surtout peut avoir un effet dévastateur sur des programmes déjà en situation précaire.
Ou privilégier le renforcement des accords de coopération internationale ?
Bien qu'il n'y ait aucune substitution directe des données JPSS, la NOAA est déjà entré dans un processus de renouvellement des engagements écrits avec ses partenaires internationaux. Toutefois, il faudra un certain temps d'adaptation des systèmes de la NOAA pour recevoir, traiter et diffuser les données des satellites internationaux vers les utilisateurs.
Une bonne coordination internationale associée à de modestes augmentations du budget entre les Etats-Unis, l'Union européenne, et les autres puissances émergentes (la Chine est maintenant très pointue au niveau des satellites d'observation de la terre; l'Inde et le Brésil sont également dans le jeu), pourrait éventuellement régler le problème.