Que peuvent faire ensemble des sidérurgistes et des biologistes ? Entre autres choses recouvrir l'acier d'un revêtement antibactérien. Plusieurs publications [1] et des dépôts de brevets viennent couronner le programme Biocoat qui a débuté en 2006. Et qui cède la place à une plate forme d'innovation technologique : Symbiose. Le but ? Ne plus se limiter au secteur de l'acier mais étendre les acquis de Biocoat à d'autres supports et à de nouvelles applications.
C'est avec beaucoup d'interrogations en tête que, en 2004, le professeur Joseph Martial, alors directeur de l'Unité de recherche "biologie et génétique moléculaire" de l'Université de Liège, se rend à une réunion dont l'objet est le redéploiement du bassin sidérurgique liégeois. Jusqu'alors en effet biologistes et sidérurgistes ne se fréquentaient guère, ignorant tout l'un de l'autre. Mais le professeur Martial compte parmi ses chercheurs une équipe dirigée par Cécile Van De Weerdt, aujourd'hui chef de projet, ULg-GIGA-R, Biologie et génétique moléculaire. C'est à elle que Joseph Martial s'adresse au sortir de sa réunion : "Et si on mettait des protéines sur de l'acier ?". Commence alors pour Cécile Van De Weerdt un long travail de défrichage.
"Je me suis rendu compte, se souvient-elle, qu'il existait aux Etats-Unis beaucoup de publications dans le domaine de la biomimétique moléculaire. Ces études observaient comment la nature forme des matériaux, des structures adaptées à des environnements particuliers. Le but était bien sûr d'arriver à imiter cette façon de faire. Quand on regarde de plus près, on voit qu'il existe des protéines qui assemblent la matière inorganique pour élaborer des structures originales. Un bel exemple de ce savoir faire est la nacre qui est un composite doté de propriétés exceptionnelles pas encore égalées dans des composites de synthèse. L'association protéines-matériaux avait donc du sens. Elle en a d'autant plus que la nature construit des matériaux avec des briques de base qui ne sont pas toxiques, lors de procédés doux c'est-à-dire à température ambiante, le plus souvent en solution aqueuse, sans émission de polluant... Le rêve de tout industriel en quelque sorte."