Huw Price, professeur de philosophie à l'Université de Cambridge, Martin Rees, professeur émérite de cosmologie et d'astrophysique à l'Université de Cambridge et astronome royal, ainsi que Jaan Tallinn, ingénieur logiciels co-fondateur de Skype, ont conjointement proposé la création d'un nouveau centre, à Cambridge, destiné à l'étude des développements dans le domaine des technologies humaines (de la biotechnologie à l'intelligence artificielle en passant par les nanotechnologies) qui pourraient, à terme, poser un risque d'extinction de notre espèce. Rebaptisé "Terminator centre" par nombre de médias, il s'agit en fait du Centre for the Study of Existential Risk (CSER, Centre pour l'étude des risques existentiels).
C'est d'une rencontre inopinée entre Price et Tallinn qu'est née l'idée de ce centre. Ce dernier est devenu, au cours des dernières années, un véritable missionnaire sur le sujet de l'éthique et de la sécurité relatives à l'intelligence artificielle. Pour Huw Price, "à un moment donné, au cours de ce siècle ou du suivant [...] il se pourrait que l'intelligence sorte des contraintes de la biologie. [...] on doit considérer sérieusement la possibilité qu'il existe un moment "boîte de Pandore" dans le domaine de l'intelligence artificielle qui, si manqué, pourrait se révéler désastreux."
Selon Martin Rees, si au cours de la majeure partie de notre histoire, les menaces avaient comme cause première le monde qui nous entoure (maladies, tremblements de terre, inondations...), le pire vient dorénavant de l'espèce humaine. Nous vivons dans une société opposée au risque et nions l'existence d'événements ayant une faible probabilité d'occurrence mais avec, potentiellement, des conséquences catastrophiques. Nous faisons également face à de nouvelles menaces: la probabilité de cyber-attaques, par des criminels ou des nations hostiles, augmente fortement, et la biologie de synthèse, si elle offre des possibilités sans précédent dans les domaines de la médecine et de l'agriculture, pourrait également faciliter la bio-terreur. En prenant encore plus d'avance, Martin Rees évoque le scénario de science-fiction selon lequel un réseau d'ordinateurs pourrait développer un esprit propre et menacer l'espèce humaine... Selon l'astronome, "il n'est pas trop tôt pour y penser (à ces scénarios) - même s'ils sont imprévisibles et difficiles à quantifier."
Si le financement de ce centre n'est pour l'instant pas connu, le projet, encore à ses premiers balbutiements, prend néanmoins de plus en plus d'ampleur, notamment grâce à un certain nombre de sommités dans les domaines de la science, politique, législation et informatique ayant accepté le rôle de conseillers. Notons en particulier, et entre autres, dans ce rôle : David Cleevely, directeur et fondateur du Centre for Science and Policy de Cambridge, Hermann Hauser, entrepreneur et co-fondateur de Amadeus Capital Partners ou encore David Spiegelhalter, professeur de Public understanding of risk (compréhension par le public de la notion de risque). A ces conseillers de Cambridge s'ajoutent sept conseillers externes, universitaires d'Oxford, Harvard, Carnegie Mellon, Imperial College, MIT (Massachusetts Institute of Technology), Duke University, NYU (New York University) et ANU (Australian National University).