Les recherches de deux équipes d'écologistes de l'Université de Toronto et de l'Ecole Polytechnique Fédérale de Zurich ont indiqué qu'après un temps suffisant et à l'état sauvage, les plantes exotiques invasives ont toutes les chances d'éliminer les plantes indigènes. Et ce, malgré des rapports récents suggérant le contraire.
Cette étude, publiée dans Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), rapporte que les affirmations récentes selon lesquelles les plantes invasives ne mettraient pas la biodiversité en péril sont souvent fondées sur des informations incomplètes, dues au temps trop court pour pouvoir observer l'effet complet des invasions sur la biodiversité indigène.
D'après l'auteur principal de l'étude, l'impact de l'invasion par les plantes exotiques met beaucoup plus de temps que prévu pour être détecté. Ce délai peut engendrer une "dette d'extinction" chez les plantes indigènes, ce qui signifie que ces espèces sont lentement en train de disparaître mais l'extinction n'est complète que des centaines d'années après l'invasion initiale. Une grande partie du débat autour du danger envers la biodiversité provoqué par l'invasion d'espèces non-natives provient de découvertes récentes indiquant que la compétition induite par ces plantes n'avait conduit à l'extinction que d'un très faible nombre d'espèces. Au contraire, les espèces végétales natives dans les écosystèmes envahis resteraient confinées à des habitats épars et marginaux, inadéquats aux compétiteurs non-natifs.
Cependant, les auteurs de cette étude considèrent qu'il n'y a aucune certitude quant au fait que les dynamiques de colonisation et d'extinction pourraient à long terme permettre aux espèces natives de persister : "Une question qui pose problème en particulier, est celle de la survie à court terme de la flore native qui masquerait son extinction à plus long terme". Les recherches ont été effectuées dans une réserve californienne où la majorité de la diversité des plantes indigènes est située dans des régions marginales entourées d'espèces ayant envahi leur habitat. Leurs expériences dans la réserve ont été couplées à des modèles quantitatifs afin de déterminer l'impact à long terme des plantes envahissantes sur les plantes indigènes.
L'auteur ajoute : "L'invasion a provoqué la formation d'îlots isolés d'espèces indigènes au milieu d'une mer d'espèces exotiques. Cela a diminué la taille de l'habitat natif, ce qui réduit la production de graines et augmente l'extinction locale, après laquelle la recolonisation par les plantes indigènes est rendue beaucoup plus difficile. Nos travaux nous ont également permis d'identifier comment de nouveaux habitats pour la flore indigène pourraient être créés, empêchant son extinction : ces habitats seraient trop marginaux pour les espèces non-natives mais seraient placés de telle sorte qu'ils formeraient des ponts entre les autres parcelles d'habitat"
Ces travaux ont été financés par le Natural Sciences and Engineering Research Council of Canada et la Packard Foundation.