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BE Etats-Unis 318  >>  1/02/2013

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Innovation et valorisation de la recherche
Le "crowdfunding" aux Etats-Unis : entre attente et espoir pour les entrepreneurs et les investisseurs

http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/72149.htm

Le financement de l'innovation aux Etats-Unis préoccupe de plus en plus les porteurs de projets. Dans le milieu des sciences de la vie par exemple, on dénombre 6.000 jeunes entreprises en attente de financement. Il est vrai que le contexte actuel ne porte pas à l'optimisme : les principales sources de financement que sont le capital-risque et les investisseurs providentiels ("business angels") n'investissent que dans les projets les plus prometteurs, souvent les moins risqués, et laissent de côté le plus grand nombre des projets. A titre d'exemple, "Launchpad Ventures Group", un groupe important d'investisseurs providentiels américains, n'étudient que 35 dossiers sur les 300 qu'ils réceptionnent annuellement [1].

Si l'on a pu observer en 2012 un changement de tendance favorable aux investissements dans le capital-risque, un phénomène inquiétant est aussi apparu. Il répond au doux nom de "crise des séries A" ("Series A crunch") [2]. Le phénomène découle d'un déséquilibre entre le nombre de financements d'amorçage (dits "Angels/Seed"), censés permettre la mise au point du concept et du produit, et le nombre de transactions en stade précoce (dits "Early Stage", ou "série A"), destinés à la mise sur le marché. Le ratio du nombre de financements d'amorçage sur le nombre des transactions en stade précoce est passé de 1,9 en 2008 à 3,3 en 2012. Cette crise illustre la difficulté grandissante des entrepreneurs à traverser la "vallée de la mort" [3] que nous relations il y a un an [4]. Ce problème concerne aussi les "business angels" qui observent, impuissants, les difficultés des jeunes entreprises qu'ils ont soutenues financièrement.


Illustration de la "crise des séries A"
Crédits : MS&T à partir de données Pitchbook [5]

Le schéma traditionnel de financement (ange, capital-risque puis sortie) peut paraître "bouché" pour un grand nombre de porteurs de projet. Il est donc intéressant d'étudier une alternative qui fait beaucoup parler d'elle actuellement : le "crowdfunding" ou financement par la foule. Si le sujet a déjà été abordé dans le BE, il n'a pas vraiment été analysé dans nos précédentes éditions. Regardons cela de plus près.

Un phénomène en pleine expansion

A l'origine, le "crowdfunding" était utilisé par les artistes (musiciens, réalisateurs, etc.) qui, après avoir vu leurs projets rejetés par les maisons d'édition, se sont tourné vers leurs réseaux d'admirateurs pour trouver du financement. Le principe consistait à poster une annonce sur internet et à récolter des dons en échange de contreparties de natures très variées (place de concert, envoi de t-shirt en exclusivité, etc.).

Avec l'essor des nouvelles technologies de communication, ce système d'entraide social a intéressé de plus en plus de personnes et notamment les entrepreneurs. Ces derniers y trouvent un moyen simple et rapide de lever un modeste capital qui leur sert de point de départ pour le développement de leur produit ou service. On a ainsi assisté à la création d'une multitude de plateformes d'intermédiation à partir des années 2006 : Sellaband (2006), IndieGoGo (2008, Kickstarter (2009) et Microventures (2010). On en dénombre actuellement plus de 500 dans le monde.

Toutes les plateformes de "crowdfunding" ne fonctionnent pas sur le même modèle de transactions. Certaines fonctionnent sur le don, sans aucun retour sur investissement, d'autres sur le prêt. Le modèle le plus populaire aux Etats-Unis est basé sur la contrepartie. Le concept est le suivant : le porteur de projet présente son idée, le plus souvent par vidéo, et fixe trois paramètres : un montant minimal à collecter, la durée de la collecte (généralement un mois), et les contreparties associées aux différents montants d'investissement. Dans le cas d'un film, par exemple, la contrepartie à un "investissement" de 10 euros peut prendre la forme d'un affichage du nom de l'investisseur dans le générique du film. Pour 50 euros, l'investisseur obtient un t-shirt, etc. Si l'objectif de collecte est rempli, la plateforme reverse l'argent au porteur de projet qui peut alors démarrer son projet. Sinon, les donateurs sont remboursés automatiquement.

La plateforme la plus connue et la plus influente est "Kickstarter". En 2012, elle a permis le financement de 18.000 projets par 2,2 millions d'investisseurs pour un montant total de 320 millions de dollars [6].Si la majorité des projets concerne l'univers des jeux-vidéos et des arts, le domaine technologique commence à prendre de l'importance, à l'instar de FORM1, un projet d'imprimante 3D qui est parvenu à collecter près de 3 millions de dollars en octobre 2012 [7].

Le marché mondial [8] du "crowdfunding" est passé de 1,5 millard de dollars en 2011 (dont 837 millions en Amérique du Nord) à 3 milliards et 2012 . Une récente étude de Deloitte prévoit un montant de 6 milliards pour 2013. Le phénomène est donc en pleine expansion.


Evolution du marché total du "crowdfunding" dans le monde
Crédits : MS&T à partir de données Forbes [4]

Un changement de modèle par la loi JOBS

Conséquence de ce succès, un regroupement d'acteurs engagés dans le milieu, connu sous le nom de "Crowfund Capital Advisors", a proposé en septembre 2011 au Congrès américain d'encadrer juridiquement le "crowdfunding".

La proposition a été intégrée dans la loi bipartisane JOBS ("Jumpstart Our Business Startups"), signée par le président Obama le 5 avril 2012. L'objectif général de cette loi est de faciliter l'accès au capital pour les jeunes entreprises. Le "crowdfunding" est au centre de cette loi qui est censée permettre aux entrepreneurs, start-ups et petites entreprises de lever des fonds en échange d'un titre de propriété de l'entreprise, autrement dit une action. On parle alors d' "equity crowdfunding", ou d'investissement participatif en capital.

Pour mettre en place la législation et protéger les investisseurs, la "Securities and Exchange Commission" (SEC) [9] a été chargée de spécifier les principes directeurs et les règles de l' "equity crowdfunding". La SEC avait 270 jours pour remplir cette mission, ce qui correspond à une date limite fixée au 31 décembre 2012. Malheureusement, la récente démission de Mary Schapiro à la présidence du SEC a repoussé l'élaboration de la législation à la fin de l'année 2013 [10].

Cependant, certaines règles ont déjà été annoncées :
- Les plateformes de "crowdfunding" doivent être enregistrées auprès de la SEC et d'une autre autorité réglementaire, sans doute la FINRA ("Financial Industry Regulatory Administration"). Elles ont l'obligation de se conformer à une série de règles afin d'éviter les fraudes et protéger les investisseurs. Ce point va sans doute freiner la diversification des modes de fonctionnement des plateformes. Le but recherché est ici d'éviter d'induire en erreur les contributeurs.
- Les investisseurs peuvent investir jusqu'à un million de dollars sur une période de douze mois. Cependant, cette limitation ne concerne pas les investisseurs "accrédités". Ces derniers doivent posséder au moins un million de dollars en liquidités ou un revenu annuel de 200.000 dollars lors des deux précédentes années.

L'avenir du secteur

On observe une réelle mutation des plateformes de "crowdfunding" qui cherchent désormais à rassurer mais aussi à sensibiliser les investisseurs sur les risques qu'ils encourrent. A titre d'exemple, la plateforme "Kickstarter" a récemment introduit l'obligation pour les contributeurs de prendre connaissance des "risques et défis" liés au projet que les investisseurs veulent financer. On voit donc que le "crowdfunding" tend à se rapprocher des autres voies de financement de l'innovation (capital-risque et "business angels") pour lesquels le risque et l'investissement sont intimement liés. Le modèle a donc beaucoup évolué depuis son utilisation par les artistes et leur réseau d'admirateurs.

Les spécialistes évaluent le secteur du "crowdfunding" dans le monde à mille milliards de dollars en 2020 [11]. La version définitive de la loi JOBS va jouer un rôle capital dans l'évolution du secteur aux Etats-Unis. Il est probable que les réseaux d'investisseurs providentiels américains ("business angels") s'accaparent les segments de marché constitués par l' "equity crowdfunding" lorsqu'il deviendra légal fin 2013. Comme le confirme Jeff Lynn, directeur général de Seedrs [12], "la séparation entre crowdfunding et "business angels" est artificielle et nous verrons de plus en plus d'investisseurs privés utiliser à la fois la méthode électronique (plateformes de "crowdfunding") et la méthode traditionnelle liée aux réseaux de "business angels"". Les plateformes de "crowdfunding" vont donc permettre au plus grand nombre de devenir des "business angels". Notons aussi que l'"equity crowdfunding" n'est pas une spécialité américaine. En effet, plusieurs pays européens ont déjà mis en place leur propre régulation à ce sujet.

Le crowdfunding ne va pas régler la "crise des séries A"

Avec une très forte croissance, certains considèrent déjà le "crowdfunding" comme la solution à la "crise des séries A". Ce scénario est cependant peu probable. Deux raisons majeures à cela : le capital-risque concentre ses investissements vers les jeunes entreprises du domaine technologique (à 72% en 2012 [1]) et ces entreprises ne sont pas pour le moment très représentées sur les plateformes de "crowdfunding". Les projets technologiques, généralement très complexes, continueront de relever d'investisseurs professionnels. Ces derniers sont en effet les plus qualifiés pour évaluer les projets qui méritent d'être soutenus et apportent un soutien non-financier important (réseau, expertise, etc.). La seconde raison est temporelle : ceux qui investissent actuellement dans des projets de "crowdfunding" s'attendent à un retour rapide et modérément risqué. On comprend bien que ce type de financement n'est donc pas encore compatible avec les besoins de financement d'un grand nombre d'entreprises innovantes, qu'elles soient dans les biotechnologies ou les sciences de l'ingénieur.

Il ne reste plus qu'à attendre, comme de nombreux entrepreneurs et investisseurs, la mise en place de la légalisation de l' "equity crowdfunding", qui a le potentiel de modifier la structure du financement de l'innovation aux Etat-Unis.

--

[3] : La "vallée de la mort" est une période pendant laquelle une jeune entreprise est en phase de développement de son offre et de sa clientèle, tout en étant à la recherche de financement pour assurer la mise au point de sa technologie.

[8] : Le marché total du "crowdfunding" englobe quatre systèmes de "crowdfunding" : le don ("donation"), le prêt ("loan"), la contrepartie ("reward") et l'action ("equity"). Les réglements des ces différents types de "crowdfunding" varient fortement en fonction des pays.

[9] : La Securities and Exchange Commission (SEC) est l'organisme fédéral américain de réglementation et de contrôle des marchés financiers, aussi appelé "gendarme de la Bourse".

[12] : Seedrs est une plateforme de "crowdfunding" anglaise, la première à avoir reçu une approbation de la part d'une institution financière en Angleterre.

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Code brève
ADIT :
72149

Sources :

- [1] BE 316 "Les défis du financement de la biotech' : vers de nouvelles voies ? L'innovation dans les SDV : un changement de modèle (Partie 1/3)" (18/01/2013) - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/72015.htm
- [2] BE280 "Entrepreneurs : de la difficulté de franchir la "vallée de la mort"" (02/03/2012) http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/69277.htm
- [4] Forbes "Crowdfunding Won't Solve The Venture Capital Series A Crunch" (23/01/2013) http://redirectix.bulletins-electroniques.com/pRenL
- [5] Pitchbook "2013 annual venture capital rundown" (15/01/2013) http://redirectix.bulletins-electroniques.com/zTOfx
- [6] Business2Community "Crowdfunding Pledges Expected to Double in 2013" (22/01/2013) http://redirectix.bulletins-electroniques.com/qgrYz
- [7] http://www.kickstarter.com/discover/most-funded
- [10] Forbes "5 Key Points To Know About Equity Crowdfunding" (15/01/2013) http://redirectix.bulletins-electroniques.com/JQnF4
- [11] Forbes "2013: What's in store for crowdfunding and angel investors" (31/12/2012) - http://redirectix.bulletins-electroniques.com/5uDLi

Rédacteurs :

- Adrien Destrez deputy2-inno@ambascience-usa.org ;
- Retrouvez toutes nos activités sur http://france-science.org.

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Origine :

BE Etats-Unis numéro 318 (1/02/2013) - Ambassade de France aux Etats-Unis / ADIT - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/72149.htm
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