En 2006 chercheurs et producteurs ont formé un partenariat avec le Fonds pour la recherche québécoise nature et technologie (FRQNT) autour d'une maladie respiratoire infectieuse hautement contagieuse chez le porc. Ils ont regroupé toutes les forces vives de recherche en infectiologie animale du Québec pour répondre aux besoins de la production porcine. La raison d'être du Centre : maximiser la valeur ajoutée des efforts de recherche de la quarantaine de membres d'une douzaine d'universités et d'organismes qui mènent la vie dure aux infections porcines.
Dans le cas de la pleuropneumonie, les chercheurs du CRIP ont rapidement élaboré des stratégies thérapeutiques. Ils ont notamment démontré que le traitement le plus efficace consistait à injecter les antibiotiques deux fois par jour aux animaux malades, plutôt que de les leur administrer dans l'eau ou dans la nourriture comme on le fait pour d'autres maladies. Plus encore, ils ont élaboré des mesures préventives pour mettre en quarantaine les animaux infectés.
En 2005, le circovirus, un virus porcin causant une destruction massive du système immunitaire, décime des populations entières de porcs. Le gouvernement fédéral investit alors beaucoup d'argent pour aider l'industrie porcine à sortir de cette crise. Alors que personne ne comprenait comment ce virus, pourtant peu pathogène, pouvait causer un tel ravage, le Dr Carl Gagnon de l'Université de Montréal et d'autres chercheurs du CRIP ont démontré qu'ils étaient aux prises avec une nouvelle forme du virus. C'est ce qui leur a permis de développer de nouvelles approches préventives.
Autre retombée importante des travaux du CRIP : le vaccin Coliprotec contre la diarrhée porcine développé par les Drs John Fairbrother et Eric Nadeau, de l'Université de Montréal. Ce vaccin a la particularité d'être administré avec l'eau d'abreuvement, ce qui facilite grandement le travail des producteurs. Par l'intermédiaire de leur entreprise Prevtec microbia, créée dans le cadre de leurs travaux de laboratoire, les chercheurs ont écoulé au Canada quelques millions d'exemplaires de leur vaccin, vendu moins d'un dollar la dose ! Récemment, cette PME de 15 employés a célébré l'homologation de son vaccin au Brésil, où la production annuelle porcine progresse constamment. Le produit vedette de l'entreprise québécoise est également distribué par le géant français Virbac, l'un des 10 plus importants groupes pharmaceutiques vétérinaires au monde. En 2013, Prevtec microbia espère percer les marchés de la Russie (50 millions de porcs) et des Etats-Unis (100 millions de porcs), et des démarches d'homologation du produit sont en cours en Europe et en Chine. La contribution exceptionnelle du Dr Fairbrother sur le plan international a d'ailleurs été récompensée par le prix Science Alumni Awards 2012 - Outstanding International Achievement de l'Université de Sydney, en Australie.
Au-delà des bêtes, le CRIP s'intéresse aussi aux producteurs et aux consommateurs. Ainsi, Ann Letellier, de l'Université de Montréal, est titulaire d'une Chaire de recherche en salubrité des viandes. Son approche intégrée "de la ferme à la table" favorise un meilleur contrôle du niveau de contamination des viandes lors de l'abattage, pour améliorer la qualité des produits vendus.
D'autres chercheurs, tel Marcelo Gottschalk, de l'Université de Montréal, étudient la transmission de pathogènes entre l'animal et l'homme. Par exemple, le Streptococcus suis est une bactérie causant des maladies comme la septicémie et la méningite chez le porcelet. Elle peut s'attaquer aux fermiers qui sont en contact avec les porcs et aussi à la population, en raison des habitudes de consommation de viande crue dans certains pays. Ainsi, en 2005, la Chine, puis le Vietnam, ont connu une flambée épidémique de S. suis chez les animaux et les humains. Le Dr Gottschalk fait partie de plusieurs tables rondes d'experts qui cherchent à comprendre comment cette bactérie se transmet à l'homme, signale la directrice du CRIP. Il s'agit là d'un bel exemple de concertation avec la santé publique.
Tout récemment, le CRIP a ajouté une nouvelle corde à son arc et une nouvelle lettre à son nom. Ils se nomment dorénavant le CRIPA, le "A" étant pour aviaire. Leurs compétences sont applicables au monde des oiseaux, puisque beaucoup de pathogènes sont communs aux troupeaux porcins et aviaires, comme l'E. coli ou le virus de la grippe Influenza. Un nouveau partenariat à suivre...