Trente projets de recherche archéologique menés par des équipes espagnoles en dehors du territoire national se retrouvent sans financement alors que celui-ci avait été approuvé par le Ministère de la Culture suite à un appel à projet en 2012. Le blocage vient en fait du Ministère des Finances qui refuse de débloquer les fonds suite à une disposition votée l'année dernière qui lui en donne le droit.
En matière budgétaire en Espagne, l'Etat central prélève les impôts et procède ensuite à une redistribution des financements vers les communautés autonomes. Cependant, les régions gèrent leurs budgets de manière autonome. Ces dernières années, certaines se sont fortement endettées sans que l'Etat ne puisse intervenir. Pour contraindre les régions à tenir leurs engagements et leurs objectifs en matière de déficit, l'Etat s'est donc doté le 27 avril 2012 d'un outil : la Loi de Stabilité Budgétaire et de Durabilité Financière. Cette loi autorise le Ministère des Finances à bloquer l'attribution de financements de l'Etat à des régions qui dépassent l'objectif de déficit qui leur a été imposé.
C'est en faisant appel à cette loi que le Ministère des Finances a refusé de débloquer les financements attribué par le Ministère de la Culture aux projets de fouilles archéologiques conduits à l'étranger par des équipes de recherche appartenant à des universités localisés dans des communautés autonomes n'ayant pas atteint leurs objectifs budgétaires de réduction des déficits. Sur les 45 projets sélectionnés, 30 n'ont pas reçu les financements attendus.
Le choc est rude pour ces équipes de recherche. Le travail sur les sites archéologiques intéressants est source d'une âpre lutte entre les équipes de différents pays. L'obtention des autorisations passe souvent par la démonstration du professionnalisme des chercheurs, de la qualité de leur projet, de l'incorporation des institutions du pays d'accueil et de la mise en place d'un programme de valorisation de l'action entreprise. Entre 1999 et 2011, les fonds attribués à ces équipes étaient passés de 204 400 euros à un million d'euros. Les projets s'étaient multipliés et le sérieux des équipes espagnoles avait été reconnu sur le terrain. Maria Eugenia Aubet de l'Université Pompeu Fabra de Barcelone venait d'obtenir les autorisations pour mener des fouilles de première importance au Liban après avoir bataillé face à des équipes françaises ou allemandes qui souhaitaient explorer le même site.
"Etant donné la complexité d'organisation d'une campagne de fouilles au Pérou, le plan de travail était déjà en marche et tout était prévu depuis novembre", explique Pedro Castro-Martinez, de l'Université Autonome de Barcelone qui travaille sur le site de Nasca. Les chercheurs déplorent l'absence de financement, de l'ordre de 15.000 euros par projet, mais surtout critiquent la méthode. Alors qu'ils s'étaient engagés, avait obtenu le feu vert des autorités sur place et pour certains complètement préparé le chantier de fouilles, ils se retrouvent dans une situation où leur crédibilité et leur sérieux se voit remis en cause par les autorités étrangères. "Actuellement, je ne sais pas comment affronter la réalité et présenter mes excuses aux autorités libanaises", explique Maria Eugenia Aubet.
C'est bien cette perte de réputation qui inquiète les chercheurs, plus que l'absence de fonds. Certains craignent de ne plus être associés à des projets ou de voir leurs demandes rejetées à l'avenir. Une certaine injustice sur le processus est par ailleurs mise en avant. Le Ministère des Finances s'est basé sur les données de l'année 2011, avant que la loi ne soit votée, puisque les données pour 2012 ne sont pas définitives. Or la plupart des communautés autonomes n'avait en effet pas respecté leurs engagements de déficit pour 2011 alors qu'elles les ont apparemment tenus en 2012.
Pour le moment, le Ministère de la Culture déplore la situation et travaille pour trouver une solution afin de débloquer les financements. Il s'agit de 430.000 euros sur un total de 494 500 euros, le programme ayant déjà été fortement réduit depuis 2011. Au-delà de la situation des chercheurs, cet épisode met en avant la situation financière de l'Espagne, où toute économie semble la bienvenue.