Les chercheurs du Centro de Investigacion Biomedica EuroEspes (CIBE), dirigé par le docteur Ramon Cacabelos près de La Corogne viennent de tester avec succès sur des souris un vaccin contre la maladie d'Alzheimer [1]. Breveté aux Etats-Unis, le protocole est maintenant en attente d'une autorisation pour le lancement d'essais cliniques sur l'être humain, qui pourraient aboutir d'ici 6 à 10 ans.
La maladie d'Alzheimer est une affection clinico-pathologique de nature dégénérative et à évolution progressive, qui se caractérise cliniquement par deux types de lésions cérébrales : les plaques amyloïdes, agrégats de protéines qui ont pour effet de couper la communication synaptique, et la dégénérescence neurofibrillaire qui résulte de l'accumulation dans les neurones de la protéine tau, censée intervenir dans le maintien du "squelette" des cellules nerveuses mais dont le dysfonctionnement conduit à leur désagrégation. La maladie d'Alzheimer provoque donc l'atrophie et la mort prématurée des neurones et est aujourd'hui incurable. Le symptôme fondamental est la perte de la mémoire mais cette maladie affecte également de nombreuses fonctions exécutives. Elle touche plus de 25 millions de personnes dans le monde - près de 6 millions de cas sont comptabilisés en Europe - et constitue à ce titre un enjeu de santé majeur, après les problèmes cardiovasculaires, les cancers et l'accident vasculaire cérébral.
S'appuyant sur des travaux précédents, le vaccin expérimental intitulé EB-101 mis au point par l'équipe du CIBE a été présenté dans la revue "International Journal of Alzheimer's disease" [2]. Il repose sur l'activation du système immunitaire contre les protéines beta-amyloïde, responsables de la formation des plaques amyloïdes. Cette technique avait été déjà été testée en 2001 avec des conséquences désastreuses lors d'essais cliniques où certains patients sont morts. La nouveauté de l'essai espagnol, est que cette fois les protéines en question ne sont pas utilisées directement mais encapsulées dans des liposomes, molécules qui contribuent à la réaction neuronale. Les chercheurs estiment qu'un tel vaccin présentera des caractéristiques à la fois prophylactiques (de prévention) et thérapeutique (de guérison).
Le vaccin a été testé avec succès sur des populations de souries transgéniques porteurs des principales mutations génétiques responsables de la maladie chez l'être humain. Sur le modèle préventif du vaccin, il est apparu que les animaux immunisés ne développaient pas la maladie d'Alzheimer. Sur le modèle thérapeutique, il est apparu que sur les animaux présentant des signes de dégénérescence cérébrale, l'administration du vaccin réduisait de manière significative, voire spectaculaire, les traits pathologiques authentiques tel que les pelotes neurofibrillaires.
A ce stade, le docteur Cacabelos lui-même, prône une certaine prudence. Tout d'abord car plus de deux cent gènes seraient impliqués dans la maladie d'Alzheimer, ce qui ne permet pas d'assurer que le profil utilisé pour les souris sur lesquelles ont été testé le vaccin soit généralisable. Le chercheur estime qu'au mieux, il pourrait être adapté dans 40 à 50% des cas. Par ailleurs, si les tests ont montré de très bons résultats sur la formation des plaques amyloïdes et sur la motricité des souris, on ne sait pas quels sont les effets du vaccin sur la mémoire.