L'accroissement de la population et les besoins qui en découlent en matière d'alimentation, les effets du changement climatique sur les écosystèmes aquatiques, la pollution industrielle dans un monde de plus en plus urbanisé : nombreux sont les facteurs qui font de l'accès et de la bonne gestion des ressources en eau l'un des enjeux majeurs du prochain siècle. Alors que l'ONU a déclaré l'année 2013 "année internationale de la coopération dans le domaine de l'eau", l'Europe rassemble ses forces de recherche dans ce domaine au sein d'une initiative de programmation conjointe pilotée par l'Espagne. Le 5 février dernier, le projet WatEUR financé par la Commission européenne pour soutenir la coordination des activités de recherche de dix-huit Etats membres (ainsi que cinq pays observateurs) impliqués dans cette initiative était lancé à Madrid.
L'initiative de programmation conjointe "water challenges for a changing world" vise à rassembler les efforts de recherche des Etats membres impliqués pour contribuer à la mise de systèmes durables de gestion de l'eau en Europe et au-delà [1]. Elle fait partie des dix initiatives de programmation conjointe définies à l'échelle de l'Union européenne pour répondre aux grands défis de société, dont la résolution dépasse les capacités individuelles de chaque Etat membre. Son existence a été validée par le Conseil de l'Union européenne en décembre 2011.
L'initiative "Water for a changing world" est organisée autour de quatre grands axes, économique, écologique, technologique et social. Elle doit procéder, comme les autres initiatives du même type, à un recensement et une cartographie des activités de recherche conduites nationalement et à l'échelle de l'UE et à la définition d'un agenda stratégique de recherche partagé entre les Etat membres pour mettre en commun les ressources des Etats membres participant, au travers de programmes et projets de recherche conjoints. L'Union européenne devrait apporter également des financements à la mise en oeuvre de cette initiative, au-delà de la simple coordination prévue dans WatEUR, alors que ce sujet a été identifié comme l'un des défis prioritaire pour le futur programme "Horizon 2020". Dans un premier temps, le projet WarEUR servira à établir une structure de gouvernance et à préparer de l'agenda stratégique entre les partenaires.
Que l'Espagne se soit particulièrement investie dans cette initiative, en prenant sa coordination, n'est pas une surprise compte-tenu de l'enjeu que représente la gestion de l'eau pour ce pays. Une étude récente du Consejo Superior de Investigaciones Cientificas (CSIC) publiée dans Hydrology and Earth System Sciences montre par exemple que la fréquence des épisodes de sécheresse augmente de manière régulière depuis 1945 ainsi que leur intensité. En outre, l'Espagne est un acteur important de la recherche comme de l'industrie dans ce domaine. Comme le rappelait la Secrétaire d'Etat à la recherche, au développement et à l'innovation dans son discours prononcé à l'occasion du lancement du projet WatEUR, l'Espagne occupe le second rang européen tant en matière de recherche qu'en volume d'activité de ses entreprises, avec chiffre d'affaires de 23 milliards d'euros et un taux de croissance annuel de 5%.