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BE Russie 62  >>  5/06/2014

>> Sommaire

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10 ans du BE Russie - Partie 1
Entretien avec Sergey Tunik - Vice-recteur pour la recherche, université d'Etat de Saint-Pétersbourg

http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/76068.htm

Sergey Tunik est vice-recteur pour la recherche de l'université d'Etat de Saint-Pétersbourg, une des meilleures universités du pays. Chimiste, Sergey Tunik a été professeur invité dans de nombreuses universités dans le monde entier, notamment au Japon, au Canada et en Europe, en Finlande, en Espagne, en Grèce et en Suède.


Sergey Tunik - Vice-recteur pour la recherche, université d'Etat de Saint-Pétersbourg
Crédits : Université d'Etat de Saint-Pétersbourg

BE Russie : Quels sont les évènements le plus significatifs survenus au cours des dix dernières années dans la science russe ?

Sergey Tunik :
Il faut souligner trois points importants pour ce qui concerne la science en Russie de façon générale.

1. Le gouvernement de la Fédération de Russie a élaboré et adopté le programme d'état "Développement de la science et de la technologie" pour la période 2013-2020, définissant les vecteurs de développement prioritaire pour l'état.

2. L'Académie des sciences (RAN) a été réformée en libérant cette organisation de fonctions non essentielles à ses missions et en concentrant les efforts des institutions de la RAN sur la poursuite de recherches scientifiques, qui doit rester sa fonction principale.

3. Simultanément a eu lieu la réforme des établissements d'enseignement supérieur de Russie, transformant substantiellement le paysage universitaire russe ; c'est précisément cette réforme qui, à mon avis, mérite la plus grande attention. L'analyse des activités de recherche et d'enseignement des universités a montré la nécessité de concentrer les ressources afin d'améliorer leurs capacités de recherche. Le gouvernement de la Fédération de Russie a défini trois groupes d'universités d'excellence en Russie, qui ont pour tâche de relever substantiellement le niveau de la science et de l'enseignement, en leur allouant des ressources financières importantes (je dirais que c'est la première fois dans l'histoire récente de la Russie). Les deux universités de Russie les plus importantes et les plus développées, l'université d'Etat de Moscou (MGU) et celle de Saint-Pétersbourg (SPbU), ont obtenu un statut spécial et ont été rattachées directement au gouvernement de la Fédération. Les deux autres groupes comprennent 9 universités fédérales (orientant leur activité vers la formation de cadres et la résolution des problèmes de certaines grandes régions de Russie) et 29 universités nationales de recherche ; ces dernières ont été retenues à l'issu d'un concours parmi la communauté de la recherche universitaire, sur la base des résultats de recherche et d'enseignement et sur les perspectives de développement à court terme. Ces trois groupes d'établissements d'enseignement supérieur ont obtenu un financement supplémentaire pour développer leurs infrastructures de recherche et leurs ressources humaines. Une délégation de l'ambassade de France a pu récemment mesurer les effets de ces apports financiers en visitant notre parc scientifique. Une modernisation quasi totale des équipements de l'université a donné presque immédiatement un résultat clair, qui se reflète dans une accélération substantielle des recherches, une élévation de leur niveau et, enfin, dans une dynamique de croissance du nombre et de la qualité des publications des chercheurs universitaires, dans des revue à haut impact scientifique.

Ce sont ces trois événements qui ont changé radicalement l'approche du développement de la science en Fédération de Russie, et qui définiront ses perspectives dans un proche avenir.

BE Russie : Si vous deviez donner une liste de dix grands résultats scientifiques ou technologiques en Russie lors de ces dix dernières années, quels seraient-ils ?

S. T. :
La science russe et soviétique était traditionnellement forte dans des domaines tels que la physique, les mathématiques et la chimie, qui ont fait sa gloire au XXème siècle. Les premières années du XXIème ont confirmé cet état de fait. Pour citer des résultats réellement brillants et internationalement reconnus de chercheurs russes, deux médailles Fields obtenues par des mathématiciens russes viennent immédiatement à l'esprit : Stanislav Smirnov et Grigory Perelman, qui ont tous deux effectué une percée dans leurs domaines. Stanislav Smirnov a obtenu cette récompense "pour la démonstration de l'invariance conforme de la percolation bidimensionnelle et du modèle d'Ising en physique statistique", et Grigory Perelman "pour sa contribution à la géométrie et ses idées révolutionnaires dans l'étude de la structure géométrique et analytique du flot de Ricci", plus connue dans la communauté scientifique comme la "démonstration de la conjecture de Poincaré", l'un des problèmes du millénaire ! D'ailleurs, tous deux sont des anciens étudiants de MGU/SPbU, et Stanislav Smirnov dirige actuellement un laboratoire de recherche à SPbU.

Dans le domaine de la physique, il faut reconnaitre un succès incontestable de la science russe : la synthèse de cinq éléments transuraniens à l'Institut Unifié de Recherches Nucléaires de Dubna, dont deux ont été validés en 2012 et nommés flerovium et livermorium (la validation des trois autres est en cours). Le premier a été nommé en l'honneur du physicien soviétique Gueorgui Fliorov, qui découvrit en 1940 la "fission spontanée du noyau d'uranium" et dirigea jusqu'à la fin de sa vie un laboratoire à Dubna, apportant une contribution inestimable à la synthèse de la plupart des éléments transuraniens.

Cela étant, il faut souligner que la science s'est tellement internationalisée au cours des dernières décennies qu'il serait difficile, par exemple, de présenter la découverte du boson de Higgs comme une découverte suisse en arguant que le LHC se trouve en Suisse. En fait la contribution des technologies russes et des méthodes développées par les scientifiques russes à la réalisation et à l'interprétation de cette expérience, et d'autres, est très significative, et nous pouvons en être fiers comme toute la communauté scientifique internationale.

Un résultat tout aussi international est l'élaboration par les chercheurs de l'Institut Ishlinsky des Problèmes de la Mécanique (IPMekh RAN) et de l'Institut de Recherches Spatiales (IKI RAN) d'un modèle théorique d'interaction du vent solaire avec le milieu interstellaire, sur la base duquel ont été prédits de nombreux effets, découverts par la suite à l'aide des sondes spatiales Voyager 1, Voyager 2, Ulysses et du télescope spatial Hubble. Incontestablement, il faut compter comme un résultat de niveau mondial la réalisation en 2006, à l'Institut de Physique Appliquée de Nijni Novgorod (IPPh RAN), de l'installation laser PEARL (PEtawatt pARametric Laser), qui peut délivrer une impulsion laser d'une puissance de l'ordre du pétawatt, ouvrant ainsi la voie à des recherches tout à fait nouvelles sur la matière.

Citons le sommet de la recherche russe en Antarctique : en 2012 les spécialistes russes de recherche polaire sont parvenus à atteindre les eaux du lac Vostok, qui était isolé du monde extérieur depuis près d'un million d'années. Les technologies utilisées pour le forage de ce puits dans des conditions naturelles véritablement extrêmes me sont une réalisation brillante des scientifiques et ingénieurs russes. La science devra maintenant analyser les résultats des recherches sur la constitution et les caractéristiques de la croûte de glace sur toute la profondeur du puits et celles des eaux primitives de ce gigantesque lac situé sous les glaces de l'Antarctique.

On pourrait continuer cette liste, mais il me semble que l'énumération des résultats scientifiques les plus brillants témoigne du haut niveau de la science russe contemporaine, et du fort potentiel de son développement en collaboration avec la communauté scientifique internationale.

BE Russie : Quelles sont les points forts et les caractéristiques de la science russe aujourd'hui ?

S. T. :
Comme je l'ai signalé précédemment, la science est internationale, et il serait plus juste de parler des points forts et des caractéristiques des contributions russes à la science, plutôt que d'une science russe qui existerait indépendamment. La force de cette contribution est certainement due au niveau de l'enseignement général, à la largeur de vue des chercheurs, à la haute qualité traditionnelle des principales écoles scientifiques et de leurs collectifs. Cela étant, les caractéristiques du paysage scientifique actuel sont encore marquées par les conséquences de la difficile période de transition de l'état russe : rupture des liens entre les divers centres scientifiques, pénurie de cadres surtout dans la catégorie des très bons chercheurs d'âge moyen, dont beaucoup sont partis travailler dans d'autres pays, enfin les équipements et infrastructures qui ne sont renouvelés que ces dernières années.

Cependant la politique de l'état dans le domaine de la science et de l'enseignement témoigne manifestement d'une compréhension de ces problèmes au plus haut niveau et autorise à aborder le futur avec optimisme. Le rôle de la science dans le développement du pays en général, et dans le progrès de la technologie et de l'économie en particulier ne devrait que croître. Il est naturel que le développement scientifique et technologique s'appuie prioritairement sur les domaines les plus forts des écoles scientifiques déjà constituées et sur les points forts des traditions et de la culture russes. Les domaines de recherches les plus forts et offrant le plus de perspectives en Russie sont les mathématiques, certaines branches de la physique, notamment la physique théorique, physique des hautes énergies, physique et technologies nucléaires, en particulier l'énergie nucléaire, la mécanique théorique et la mécanique des matériaux, la programmation et les technologies de l'information, la recherche spatiale dans diverses directions, l'exploration géologique de ressources naturelles utiles. Ces dernières années, une impulsion significative a été donnée au développement de domaines cruciaux pour l'amélioration de l'environnement, de la santé publique, pour l'allongement de la durée de vie, et aux disciplines fondamentales associées : il s'agit avant tout de la médecine, de la génétique, de la biologie.

Autres aspects importants pour le développement scientifique, et également points forts de la société russe : la bonne réputation de l'enseignement supérieur auprès de la population de Russie et le haut niveau de l'éducation reçue par les écoliers.

De plus, ces dernières années, on assiste à la croissance de l'attractivité de la recherche scientifique auprès des jeunes générations. Cela est particulièrement notable dans les universités, où après la perte d'une génération de jeunes chercheurs dans les années 90 et au début des années 2000, le nombre de diplômés préférant une carrière scientifique en Russie à une émigration dans des centres de recherche étrangers s'est remis à croître. Il y a plusieurs raisons essentielles à cela : l'augmentation du financement des universités d'excellence, incluant le développement des infrastructures, l'augmentation des salaires des enseignants-chercheurs, les objectifs ambitieux des programmes de développement des universités et la stabilisation de la situation économique du pays. De plus des programmes spéciaux du gouvernement stimulent spécifiquement le retour dans le milieu scientifique russe, qui devient de plus en plus compétitif, des chercheurs les plus talentueux ayant autrefois quitté la Russie.

BE Russie : Les récentes réformes ont mis les universités au premier plan. Comment leur rôle évoluera-t-il dans les dix prochaines années ?

S. T. :
La réforme du système universitaire, dont il a été question plus haut, a sans aucun doute déplacé le "centre de gravité" des recherches, surtout dans les domaines fondamentaux de la connaissance, vers les collectifs de chercheurs des universités, ce qui à mes yeux est tout à fait en accord avec les tendances actuelles de l'organisation de la recherche scientifique. Le rôle des universités dans la recherche ne fera que croître, et ce à plus d'un titre.

Premièrement la communauté universitaire est à même de conserver les meilleures traditions des écoles scientifiques, et aussi de manifester de la souplesse dans le renouvellement des thématiques scientifiques grâce au flux constant de cadres formés au sein de l'université. De plus la communauté universitaire a la possibilité de sélectionner les plus aptes au travail de recherche directement lors de la formation. Deuxièmement, le contact permanent entre la jeune génération de chercheurs, les étudiants et les doctorants, permet de conserver la fraîcheur nécessaire pour accepter les nouvelles idées, ce qui est primordial dans le milieu scientifique contemporain, où les directions de recherche changent très rapidement. Troisièmement, l'universalité de l'université (pardon pour la tautologie), c'est-à-dire la présence dans le bureau voisin de collègues travaillant dans un tout autre domaine de la science, facilite substantiellement le démarrage et la réalisation de recherches interdisciplinaires, qui sont devenues le modèle de base pour l'obtention de résultats de haut niveau. C'est précisément pour cette raison que les emplois de professeurs d'université deviennent de plus en plus attractifs pour les scientifiques des instituts académiques, et que les interactions les plus variées entre la science faite dans les instituts de la RAN et la science faite dans les universités sont de plus en plus fréquentes. On peut citer comme exemple la collaboration entre SPbU et l'Institut Kourtchatov : son directeur [1] est devenu doyen de la faculté de physique et y dirige la chaire "Neutronique et synchrotronique", les étudiants de la faculté de physique effectuent leurs travaux pratiques au centre de Gatchina de l'Institut Kourtchatov et le parc scientifique de SPbU forme des centres communs de ressources sur la base du synchrotron à Moscou et du réacteur à neutrons de Gatchina. Une telle collaboration est mutuellement avantageuse et donne la possibilité d'utiliser les ressources de SPbU et de l'Institut Kourtchatov conjointement et très efficacement. Il y a de l'avenir pour ce type de collaboration !

BE Russie : Quels sont les thèmes de recherche stratégiques pour la Russie?

S. T. :
Les directions stratégiques de développement de la science et de la technologie en Russie ont été fixées par un décret présidentiel du 7 juillet 2011.
1. Sécurité et action anti-terroriste.
2. Industrie des nano-systèmes.
3. Systèmes d'information et de communication.
4. Sciences de la vie.
5. Formes nouvelles d'armement, techniques militaires et spéciales.
6. Utilisation rationnelle de la nature.
7. Systèmes de transport et espace.
8. Efficacité énergétique, économies d'énergie, énergie nucléaire.

Elles résultaient d'une analyse détaillée de l'état de la science et de l'industrie en Russie et, il faut le remarquer, sont toujours d'actualité. Pour la résolution de ces problèmes les recherches fondamentales sont indissolublement liées à leur application aux nouvelles technologies devant nourrir le développement innovant de l'industrie russe. Des moyens budgétaires significatifs sont maintenant investis pour le développement de la science dans ces directions et ce sont précisément ces domaines qui se développent de la façon la plus intense actuellement. Il faut remarquer, en lien avec les sanctions récemment introduites contre la Fédération de Russie par les pays occidentaux, notamment quant à l'importation de produits industriels de haute technologie, que les problèmes de développement de nos propres technologies, fondées sur les plus récentes découvertes de la science fondamentale, acquièrent une signification particulière. D'ailleurs de nombreux observateurs, russes ou occidentaux, ont signalé que ce type de pression sur la Russie n'est pas de nature à porter substantiellement atteinte à l'économie, mais va plutôt pousser la science et l'industrie russe à développer des technologies modernes remplaçant celles qui ne seraient pas importées, et cela à un rythme accéléré. Comme on dit, à quelque chose malheur est bon.

BE Russie : Quels sont les domaines d'excellence de Saint-Pétersbourg ?

S. T. :
Saint-Pétersbourg est l'un des principaux centres scientifiques du pays. Y tiennent une place particulière les recherches fondamentales et appliquées dans les domaines suivants : physique, mathématiques, technologies de l'information, chimie, science des matériaux, biologie, psychologie, sociologie, histoire, économie, administration. Ce sont dans ces domaines de la connaissance que des découvertes reconnues dans le monde entier et récompensées par des prix Nobel et des médailles Fields ont été faites par des anciens étudiants des universités de la ville ou par des chercheurs venus travailler dans ses établissements d'enseignement supérieur et centres de recherche. Dans le passé proche, ces prix prestigieux ont été décernés aux anciens étudiants de SPbU Stanislav Smirnov et Grigory Perelman, qui ont résolu des problèmes mathématiques très difficiles, et à l'académicien Jaurès Alfiorov, qui dirige la section pétersbourgeoise de l'Académie des sciences.

Notre ville est le siège d'une des écoles scientifiques les plus fortes du pays en physique théorique et expérimentale, animée par des chercheurs de SPbU et de l'Institut Physico-Technique Ioffe (RAN), et également d'une école de mécanique théorique et appliquée où travaillent côte à côte des scientifiques de SPbU, de l'Université Technique d'Etat de Saint-Petersbourg (SPbGTU) et de nombreux instituts de la RAN ou des ministères. Le travail des chercheurs russes, en particulier pétersbourgeois, sur le LHC en Suisse, leur participation à la conception de cet équipement de type "MégaScience" [2] témoigne brillamment du niveau de la science russe dans ce domaine de la physique. Certains établissements de Saint-Pétersbourg forment au plus haut niveau des spécialistes dans le domaine des technologies de l'information. L'un des premiers dans ce domaine est SPbU dont les étudiants ont, en particulier, plusieurs fois remporté des compétitions internationales de programmation. La demande pour les étudiants issus de ces filières ne fait que croître dans les compagnies russes et internationales. C'est précisément pourquoi les compagnies technologiques du pays occupent une niche significative dans l'externalisation des technologies de l'information, traitant d'égal à égal avec leurs concurrentes chinoises ou indiennes.

BE Russie : La Russie est une puissance scientifique qui n'innove pas. Le gouvernement russe a mis l'innovation au centre de sa politique de transformation économique ; quel est le rôle de l'université ? Comment votre université prend-elle en compte cette transformation dans ces propres projets ?

S. T. :
Une capacité relativement faible de transfert de technologie était effectivement caractéristique de la sphère scientifique russe. Je pense que c'était dû à la division administrative traditionnelle entre science fondamentale et science appliquée. Heureusement, il y a maintenant une dynamique positive dans ce domaine ; la logique interne du développement de l'économie moderne et certains facteurs externes stimulent le développement de la recherche en incluant l'objectif de diffuser ses résultats dans la production et l'économie. Dans ce processus, les universités jouent un rôle clé grâce à une série de facteurs objectifs. D'une part, les universités constituent maintenant le principal vecteur de développement de la science contemporaine, tant en termes de financements qu'en termes de ressources humaines. D'autre part la jeune génération de chercheurs n'a pas l'inertie due à des expériences précédentes et il lui est plus facile de trouver sa place dans le milieu de l'innovation et d'avancer vers l'application de ses idées et découvertes à des développements technologiques concrets.

Les succès dans cette direction sont déjà notables, particulièrement dans le cas des établissements d'enseignement supérieur mono-disciplinaires, spécialisés dans la technique et l'ingénierie. Les grandes universités classiques sont pour l'instant en retard, mais cette tendance est déjà visible par la quantité de projets purement appliqués et l'accroissement de l'activité entrepreneuriale des scientifiques. Nous travaillons aussi dans cette direction à SPbU. Nous avons créé un centre de transfert de technologies, des programmes et des centres communs avec de grandes entreprises innovantes (russes ou internationales), nous organisons des concours pour la réalisation de projets appliqués, qui doit aller jusqu'à la conception d'objets protégés par des droits de propriété intellectuelle et ouvrir la voie à la création de petites entreprises innovantes (PEI). Sur la base des objets développés à l'université, nous avons créé cinq PEI qui réussissent parfaitement et réalisent les technologies innovantes conçues par des chercheurs universitaires.

BE Russie : La France vient de lancer des centres étudiants pour l'innovation, le transfert de technologie et l'entreprenariat. Comment abordez-vous ces questions dans votre université?

S. T. :
En Russie des approches analogues sont utilisées pour traiter ce problème. Des centres de ce type sont créés, soit à l'initiative des universités, soit avec l'aide de l'état ou des autorités régionales.

BE Russie : Quel type de relations votre université entretient-elle avec les entreprises ?

S. T. :
Ces relations peuvent être classées suivant plusieurs directions. Avant tout, il s'agit de réponses classiques à des commandes, de la part d'entreprises publiques ou privées, portant sur la recherche, le développement ou l'expertise. Maintenant, grâce à l'existence d'un parc scientifique moderne et bien équipé, les possibilités de l'université dans ce domaine, et par conséquent l'intérêt porté par l'industrie à l'université, ont substantiellement augmenté.

Une autre direction est la formation de cadres pour les entreprises et les employeurs, et ces derniers temps en collaboration avec eux. Notre tâche consiste à concevoir et mettre en place des programmes d'enseignement tels que les étudiants soient prêts, dès leur sortie de l'université, à entreprendre un travail pratique dans un secteur concret de l'économie. Résoudre ce problème est impossible sans une collaboration étroite et permanente avec les compagnies et les entreprises. Il est également significatif que diverses compagnies et entreprises s'adressent à l'université avec des commandes d'élaboration de programmes concrets de formation.

La troisième direction est la création de centres et laboratoires de recherche communs pour la résolution de problèmes complexes qui se posent à l'industrie. Dans ce domaine, nous avons déjà parmi nos partenaires des géants comme RJD (Chemins de fer russes), Yandex [3] ou Intel. Je suis persuadé qu'avec le développement de l'économie, on créera de plus en plus de tels centres et laboratoires.

BE Russie : Saint-Pétersbourg est le lieu de naissance de l'Académie des sciences. Votre université est la plus ancienne du pays. La région de Leningrad est souvent citée comme l'une des plus innovantes en Russie. Comment voyez-vous l'évolution de l'innovation dans votre ville et votre région lors des prochaines années ?

S. T. :
Les années qui viennent doivent constituer un tournant décisif pour l'innovation dans les universités et les institutions de recherche du pays. La politique générale du Ministère de l'éducation et de la science, comme du gouvernement dans son ensemble, est axée sur la modernisation de l'économie, avec une place cruciale accordée au développement de l'innovation. Je suis persuadé que Saint-Pétersbourg va devenir une ville incontournable dans ce mouvement grâce à la combinaison unique du potentiel intellectuel de la région, formé avant tout par la communauté universitaire de la ville, et d'une industrie avancée dans le domaine des hautes technologies ; travaillant ensemble, ce seront les locomotives du progrès dans ce domaine clé pour le développement du pays. Notre université interagit activement avec l'administration de Saint-Pétersbourg, ce qui est facilité par l'existence d'un accord de partenariat stratégique. Et l'expérience que nous avons nous fonde à penser que les plans de développement de l'innovation dans la région seront réalisés.

BE Russie : Souhaitez-vous adresser un message particulier aux chercheurs français, en particulier les jeunes, pour les encourager à collaborer avec Saint-Pétersbourg en général et votre université en particulier ?

S. T. :
La collaboration franco-russe dans les domaines de la recherche et de l'enseignement a une longue tradition. Il y a de nombreux exemples de scientifiques ayant apporté une énorme contribution à la science dans les deux pays. Malheureusement, ces dernières décennies, la France n'est pas au premier plan de la collaboration avec les universités russes, et avec SPbU en particulier, mais la prise en compte de nos liens historiques montre que nous avons incontestablement un grand potentiel. Pour ces raisons, mon message à toutes les générations de scientifiques français, en particulier à la jeune génération, sera très simple : "Travaillons ensemble, et nous pourrons ensemble faire beaucoup plus que séparément."

L'internationalisation et l'ouverture de l'université au sens le plus large est l'un des slogans de l'évolution de SPbU. Nous soutenons et développons les échanges internationaux, avant tout pour les jeunes enseignants-chercheurs, nous proposons des emplois postdoctoraux tout à fait compétitifs dans nos principaux laboratoires, nous développons des programmes de master et de doctorat en langues étrangères. Nous nous réjouirons de voir d'éminents scientifiques français dans les murs de l'université, donnant des conférences sur les problèmes scientifiques les plus avancés et travaillant avec les meilleurs professeurs de notre université, ce que font déjà des mathématiciens français au laboratoire de S. Smirnov. Nous invitons également les jeunes chercheurs français à se joindre à leurs collègues de SPbU en tant que doctorants ou post-doctorants, et en utilisant les nouvelles possibilités du Parc Scientifique remarquablement équipé, ainsi que l'expérience et les connaissances des directeurs des équipes de recherche de SPbU, afin de percer les infinis secrets de l'univers.

--

[1] N.d.l.R. Michael Kovaltchuk qui a également contribué à ce numéro BE spécial 10 ans.

[2] N.d.l.R. Terme couramment utilisé en Russie pour désigner les (très) grandes infrastructures de recherche et qui se réfère parfois à un ensemble de 6 projets d'infrastructures précis et d'importance pour le pays.

[3] N.d.l.R. Géant russe des IT, concurrent de Google, connu pour son moteur de recherche web qui est le plus utilisé dans les pays russophones

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Code brève
ADIT :
76068

Sources :

Traduction réalisée par Michel Balazard - 14 mai 2014

Rédacteurs :

Sergey Tunik, vice-recteur pour la recherche de l'université d'Etat de Saint-Pétersbourg

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Origine :

BE Russie numéro 62 (5/06/2014) - Ambassade de France en Russie / ADIT - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/76068.htm
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