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Technologies Internationales 130  >>  1/12/2006

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Israël

Eilat, ville-frontière, entre tourisme et écologie marine

http://www.bulletins-electroniques.com/ti/130_04.htm

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A l'extrémité sud d'Israël, la ville Eilat n'est pas qu'une destination touristique : elle est aussi un lieu privilégié de recherche sur les systèmes marins et l'écologie.

Cet article a été préparé par Willy Marante, à partir du rapport "Eilat, environnement et économie" réalisé par Nathaële Rahmani, du service pour la Science et la Technologie de l'ambassade de France en Israël, que nous remercions pour sa collaboration.
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A l'extrême sud de l'Etat hébreu, après plusieurs centaines de kilomètres de désert, en venant de Jérusalem ou de Tel Aviv, le visiteur découvre une ville frontière, eldorado touristique et lieu privilégié de R&D sur quelques domaines très pointus. Située entre le désert du Néguev, qui occupe 60% de la surface du sol d'Israël, et le golfe d'Aqaba, Eilat est une ville à part. Plus proche des villes voisines de Taba, l'égyptienne, et d'Aqaba, la jordanienne, que des autres cités israéliennes -la première, Mitzpe Ramon, est à 160 kilomètres- Eilat constitue un environnement particulier, lieu privilégié de recherche sur les domaines marins et l'écologie. Regards sur une ville au coeur des secrets de la mer Rouge.



Une cinquantaine d'hôtels, près de 10.000 chambres permettant d'accueillir environ 1.335.000 touristes chaque année, Eilat est un haut lieu touristique. La population de 50.000 habitants peut littéralement doubler durant les mois d'été. Avec 30.000 vols par an, l'aéroport d'Eilat gère un flux de 1,5 million de touristes. Juste à côté, l'aéroport militaire d'Ovda reçoit environ 220.000 passagers chaque année. Le tourisme est en nette progression et les Français sont les plus nombreux à séjourner dans cette ville côtière. Chaque année, ils sont environ 30.000 et représentent les deux tiers des étrangers en visite à Eilat.

Cette ville est aussi particulièrement attractive pour les Israéliens (environ 500.000 visiteurs par an), car elle occupe une place spéciale dans l'imaginaire populaire israélien. Ville "du bout du monde", elle est perçue comme une alternative à la routine du quotidien : changement de paysages et de mode de vie. C'est aussi pour beaucoup d'adolescents une échappatoire à la structure sociale du pays : la traditionnelle descente à Eilat lors des vacances d'été, les plages, la richesse du récif corallien et les nuits d'Eilat continuent de faire rêver.

Partout la mer

De nombreuses activités touristiques se sont développées autour des sports nautiques. Quelque quatorze clubs de plongée sous-marine sont installés, offrant baptêmes, enseignements, plongées guidées ou encore location du matériel aux plongeurs. Les douze kilomètres de côtes israéliennes accueillent plus de 250.000 plongées par an, dont la majeure partie au sein de la réserve naturelle corallienne Coral Beach Nature Reserve. Ces statistiques placent Eilat en tête des pays avec le plus de plongées enregistrées, juste derrière l'Afrique du Sud et l'Egypte.

Les dégâts sur le récif corallien sont importants : branches de coraux cassées, abrasion de certains organismes marins par le toucher, ou encore soulèvement de sédiments. D'autres activités orientées vers la mer sont proposées aux touristes comme, par exemple, l'observatoire sous-marin. Organisé autour d'aquariums (un aquarium récifal, un de requins, un dédié aux animaux nocturnes, un autre pour les raretés du golfe d'Aqaba), cet endroit possède une tour immergée à partir de laquelle il est possible d'admirer poissons, coraux et autres organismes marins. Des excursions en bateau à fond de verre sont organisées. Autre attraction, le Dolphin Reef avec son bassin et sa population de dauphins, sa plage privée, ses spas, ses restaurants et bars. Un laboratoire d'étude du comportement des dauphins se développe sur ce site.

Le port d'Eilat existe depuis 1951. D'abord de taille restreinte, il s'est agrandi en 1956 après la campagne de conquête du Sinaï par Israël et après le blocage du détroit de Tiran par les Egyptiens. De 1967 à 1975, pendant la fermeture de canal de Suez, Eilat et son port se sont particulièrement développés et constituaient un pont continental entre la mer Rouge et la Méditerranée. Eilat exportait notamment du cuivre issu des mines de Timna situées à une trentaine de kilomètres au nord d'Eilat, jusqu'à leur fermeture en 1984. En 2004, ce sont environ 150.000 tonnes de marchandises qui ont transité par le port d'Eilat. L'activité du port d'Eilat est moins importante que les ports d'Ashdod et de Haïfa, mais Eilat à l'avantage d'offrir une ouverture vers les pays du Sud (Afrique du Sud, Australie) et de l'Asie. Une jetée a été spécialement construite pour acheminer le pétrole venu en bateau d'Iran jusqu'à un aqueduc vers la ville de Haïfa.

Les coraux en souffrance

Deux entreprises d'élevage de poissons sont présentes à Eilat : Ardag et Dag souf. Cinq kibbutzim du sud de la vallée de l'Arava sont les propriétaires et les gestionnaires d'Ardag, entreprise de 55 employés spécialisés dans l'élevage de poissons dans des cages en mer et la chaîne de conditionnement. Trois espèces de poissons y sont cultivées : la dorade royale, l'ombrine et le loup de mer. La production annuelle de ces espèces au sein d'Ardag est de 1.400 tonnes de poissons par an. Les produits sont consommés localement mais aussi exportés, principalement vers les Etats-Unis et l'Europe (France, Italie, Espagne et Grèce). En 2001, le solde des ventes d'Ardag s'est élevé à 8 millions d'euros. La nourriture distribuée en grande quantité et l'excrétion de ces milliers de poissons sont à l'origine d'une pollution considérable des eaux du golfe par des nutriments (ammonium, etc.). Ces polluants se déposent pour la plupart au fond du golfe, sous les cages, mais une partie est entraînée par les courants et se répartit sur une plus grande zone.
Plusieurs scientifiques pensent que l'élevage en mer de poissons en grande quantité est nocif pour l'environnement du golfe et le récif corallien. Une demande d'élevage dans des bassins sur la terre ferme a été déposée et devrait voir le jour dans quelques années.

Le golfe d'Aqaba et ses coraux, depuis quelques années, souffrent des activités économiques de la ville d'Eilat. En effet, le tourisme a un impact important sur l'environnement marin de la région : la construction des infrastructures touristiques (hôtels) a soulevé une grande quantité de terre et modifié la côte. Certaines plages ont été approvisionnées en sable dont une partie s'est répartie dans l'eau. Les baigneurs peu scrupuleux et certains plongeurs qui ne contrôlent pas bien leur équilibre dans l'eau endommagent la faune sous-marine. Les bateaux de plaisance cassent et raclent des colonies coralliennes en jetant leur ancre - un phénomène atténué par la mise à disposition de bouées auxquelles les bateaux peuvent s'amarrer.

En outre, l'exportation de potasse et de phosphate s'accompagne d'une dissémination de ces minéraux sous forme de poussière dans l'air et dans l'eau. Les fermes aquacoles et leurs rejets de nutriments entraînent souvent des explosions de populations d'algues, nocives pour les coraux car venant les concurrencer en termes d'espace et provoquant leur asphyxie. A tous ces facteurs anthropiques s'ajoutent des facteurs naturels comme les tempêtes du sud, les marées basses d'extrême amplitude ou les apports d'eau douce ponctuels (torrents de boue provoqués par de fortes pluies).

Des projets de sauvetage

Différents instituts de recherche et de protection de l'environnement sont présents dans la partie nord du golfe d'Aqaba. En Israël, l'Institut interuniversitaire pour les sciences marines (IUI) accueille chercheurs et étudiants de toutes les universités israéliennes et étrangères, travaillant sur différentes thématiques connectées à l'environnement marin du golfe. Il propose différents cours d'océanographie et de biologie marine. Le Centre national de mariculture effectue des recherches sur le thème de l'aquaculture. Présente également, la National Park Authorithy (NPA) chargée notamment de la gestion de la réserve marine naturelle. Du côté jordanien, la station des sciences marines (MSS) poursuit des recherches scientifiques sur l'environnement du golfe, au côté de l'autorité de la zone spéciale économique d'Aqaba en Jordanie, l'ASEZA (Aqaba Special Economic Zone Authorithy).

Ces organismes effectuent un suivi méticuleux de la qualité de l'environnement marin, notamment dans le cadre d'un projet commun intitulé The Red Sea Marine Peace Park. En 1994, cette coopération comptait seulement les deux réserves naturelles marines en Israël (de 2 km de long) et en Jordanie (de 7 km de long) dans le cadre du traité de paix jordano-israélien. Elle s'est élargie en 1999 pour définir un projet entre la Jordanie, Israël et les Etats-Unis pour une durée de trois ans, pour la recherche, le suivi et la gestion de l'environnement récifal du golfe d'Aqaba et regroupant des instituts de recherches (IUI, MSS, l'US National Oceanic and Atmospheric Administration - NOAA) et les agences de gestion de l'environnement (ASEZA, NPA). Les objectifs de cette coopération sont de comprendre la circulation des masses d'eau du golfe, de cartographier les récifs coralliens et d'initier un suivi à long terme du recouvrement corallien.
Pour combattre la dégradation importante du récif corallien depuis une vingtaine d'année, des méthodes de restauration de cet écosystème sont mises en place et testées, comme la construction de récifs artificiels et le "Jardinage des récifs coralliens dégradés".

Les récifs artificiels correspondent à toute structure immergée par l'homme ; ils sont de différentes formes (demi-sphères, cubes, pyramides, structures complexes...). Les matières peuvent varier : béton, structure métallique, plastique, pierre... En Méditerranée, de nombreux récifs artificiels sont utilisés pour agréger les poissons et maintenir la pêche (comme au Japon). Aux Etats-Unis, les récifs artificiels sont également utilisés comme attraction pour les plongeurs.

C'est dans ce sens que les récifs artificiels déployés dans le golfe d'Aqaba constituent un outil de restauration du récif corallien. En attirant les plongeurs hors du récif naturel, les récifs artificiels diminuent la fréquentation des plongeurs vers les zones fragiles du récif. Par ailleurs, le récif artificiel peut constituer un nouvel habitat pour la faune et la flore et attirer des larves qui se fixent sur la structure (cas des coraux mous et branchus) ou qui se développent autour (poissons). Le laboratoire du Dr Nadav Shashar envisage de déployer un nouveau récif artificiel au nord de la réserve marine Coral Beach. Sur ce récif seront également transplantées des colonies coralliennes issues d'élevage, dans le but d'offrir un nouvel habitat aux espèces de poissons et invertébrés benthiques ainsi qu'un site attractif pour les plongeurs.

Jardinage des récifs coralliens dégradés

Une autre méthode de restauration du récif corallien qui se développe actuellement est le Gardening of denuded natural reef proposée par le Dr Baruch Rinkevich. Inspirée de la sylviculture et de la restauration des écosystèmes forestiers, elle consiste en deux étapes : d'abord, la création de boutures coralliennes et leur culture. Ensuite vient la transplantation des boutures devenues colonies sur le site dégradé. L'originalité de cette méthode est de créer les boutures coralliennes par fractionnement de branches de colonies donneuses. A partir d'une colonie donneuse, il est possible de créer plusieurs centaines de fragments de taille millimétrique qui pourront ensuite former de nouvelles colonies. Ces fragments sont cultivés dans des aquariums ou directement en mer sur des "pépinières" flottantes. Cette dernière option a été réalisée dans le golfe d'Aqaba : les fragments ont grandi pendant huit à douze mois et les colonies coralliennes obtenues ont ensuite été transplantées sur le site de Dekel Beach à Eilat. Près de 550 colonies de deux espèces de coraux ont ainsi été transplantées en l'espace d'un mois, en novembre 2005, par l'équipe du Dr Baruch Rinkevich et en collaboration avec le laboratoire du Dr Nadav Shashar. Les résultats de cette expérience montrent une faible mortalité des coraux transplantés (20%) et une augmentation au cours du temps du nombre d'invertébrés colonisant ces coraux.

Eilat est résolument tournée vers la mer, par son tourisme et la protection de son riche écosystème corallien ; son essor économique est toutefois intimement lié au développement de la région du sud du Néguev, avec son agriculture et ses centres de recherche. Nombreux sont, en effet, ceux qui voient dans cette région l'avenir du développement de l'Etat hébreu.

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Origine : Technologies Internationales 130 (1/12/2006 ) - ADIT - http://www.bulletins-electroniques.com/ti/130_04.htm
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