Ayant su tirer parti des aides européennes pour se refaire une santé économique spectaculaire, l'Irlande veut miser sur une société de la connaissance pour consolider sa croissance et ses acquis.
Cet article a été préparé par Françoise Strasser à partir du rapport "Panorama de la recherche en Irlande" réalisé par Christophe Lerouge et Anne Welcker, du service pour la Science et la Technologie de l'ambassade de France en Irlande, que nous remercions pour leur collaboration.
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L'Irlande rattrape son retard dans le domaine de la R&D du fait d'un soutien appuyé et renouvelé de la part des pouvoirs publics. Le Gouvernement investit massivement dans une économie de la connaissance afin d'ancrer les entreprises étrangères et multinationales qui se sont implantées sur son territoire et de consolider les investissements étrangers qu'il a accueillis au cours des dix dernières années. Ceux-ci concernent en particulier deux grands secteurs d'activité : les technologies de l'information et l'industrie du logiciel d'une part, et l'industrie pharmaceutique et les biotechnologies.
Le plan national de développement établi pour la période 2000-2006 a alloué 2,48 milliards d'euros aux efforts de R&D. Une fondation de recherche créée en juillet 2000, la Science Fondation Ireland (SFI), a bénéficié sur cette période d'une enveloppe de 650 millions d'euros destinée au financement de projets dans le domaine des technologies de l'information et de la communication et des biotechnologies. Un programme spécifique destiné aux établissements d'enseignement supérieur, le Program for Research in Third Level Institution a été doté de la somme de 690 millions d'euros pour financer la mise en oeuvre d'infrastructures et de plans de recherche de long terme. La gestion de ce programme était confiée à la Higher Education Authorithy (HEA), l'administration rattachée au ministère de l'Education et de la Science qui régit le financement des infrastructures universitaires de recherche. Enfin, la somme de 1,16 milliard a servi à financer divers organismes et instituts ainsi que des entreprises qui mènent des travaux de R&D.
En 2000 et 2001, deux conseils de recherche ont vu le jour : l'Irish Research Council for Humanities and Social Sciences (IRCHSS) et l'Irish Research Council for Science, Engineering and Technology (IRCSET). Ils contribuent au soutien de la recherche fondamentale et de l'enseignement supérieur par un système d'attribution de bourses qui financent des travaux de recherche doctoraux et postdoctoraux. Dans le domaine de la recherche médicale, des financements conséquents proviennent du comité dédié à la santé, le Health Research Board.
Une enveloppe à la hauteur des ambitions
Le nouveau plan stratégique pour la science, la technologie et l'innovation (Strategy for Science, Technology and Innovation), élaboré pour la période 2006-2013, prévoit une enveloppe plus importante que le plan précédent : elle s'élève à 3,8 milliards d'euros pour les sept années à venir, dont 2,7 milliards (soit 71%) seront disponibles avant 2008.
Le Gouvernement souhaite relancer la politique d'investissement, notamment en incitant le secteur privé à accroître ses propres investissements dans la recherche technologique. L'objectif affiché est que la part des investissements privés et publics consacrée à la R&D atteigne tout de même 2,5% du PNB en 2013.
Le nouveau plan stratégique correspond à une volonté forte du Gouvernement de développer en l'Irlande une économie de la connaissance. Les actions prioritaires du plan visent à déployer une recherche irlandaise capable d'acquérir une réputation d'excellence et une renommée mondiale. Elles consistent à poursuivre et à intensifier le financement des instituts d'enseignement supérieur afin qu'ils puissent développer de façon significative les capacités de recherche et que l'Irlande parvienne à doubler le nombre de doctorants ; ceci suppose de susciter l'intérêt des jeunes pour les sciences dès l'école primaire et jusqu'au lycée, et de veiller à ce que l'évolution des carrières scientifiques soit améliorée et leur reconnaissance accrue. Il s'agit également d'inciter les entreprises installées en Irlande à mener des activités de recherche sur le territoire. Enfin, la priorité est donnée à la promotion des actions en faveur du transfert de technologie et à la valorisation des résultats des travaux de recherche.
Les financements publics en hausse régulière
En 2005, le financement public de la R&D s'est élevé à 635 millions d'euros en Irlande, dont 617 millions étaient versés par les diverses agences gouvernementales et 18 millions provenaient des fonds européens. Ce financement public a connu une très forte croissance au cours de la dernière décennie, avec une hausse annuelle moyenne de 11,8%, parallèlement à une baisse progressive des fonds européens. Ainsi, le financement public de la R&D irlandaise correspondait en 2005 à 0,51% du PNB, alors qu'il n'atteignait que 0,29% en 1995.
En 2005, le montant total des financements pour la science et la technologie (incluant les subventions d'enseignement et de formation) s'élevait à 2 195 millions d'euros, dont 1 920 millions de fonds irlandais, près de 46 millions de fonds européens et environ 228 millions de revenus extérieurs, correspondant notamment à des financements que le secteur industriel a injectés dans des projets de recherche publique.
Une organisation particulière de la recherche
En Irlande, il n'existe pas de ministère de la Recherche, ni d'organisme comparable aux structures françaises telles que le CNRS par exemple. Ce sont les départements ou ministères qui financent la recherche dans leur domaine, par l'intermédiaire d'agences de moyens, chacun disposant d'une agence dédiée. Les agences de moyens travaillent ainsi dans un cadre défini par leur ministère de rattachement qui fixe qui les missions et les objectifs pour la recherche.
Par exemple, la Fondation pour la science, Science Foundation Ireland (SFI) est rattachée au ministère de l'Entreprise, du Commerce et de l'Emploi ; elle gère le financement des projets de recherche menés dans le domaine des technologies de l'information et des sciences de la vie et de la santé. L'administration de l'Enseignement supérieur, la Higher Education Authority, est rattachée au ministère de l'Education et des Sciences et, à ce titre, intervient dans le financement de la recherche menée dans l'ensemble des domaines et disciplines. Au total, ce sont 46 départements ou ministères et agences de moyens qui participent activement au financement de la R&D irlandaise.
L'Office of Science and Technology est une direction du ministère des Entreprises, du Commerce et de l'Emploi, responsable de la coordination de la politique scientifique irlandaise. Il gère en particulier les fonds européens et met en place des politiques incitatives pour développer la R&D dans le secteur privé. Le Department of Education and Science est l'équivalent du ministère de l'Education nationale en France. La HEA qui lui est rattachée assure le suivi pour le financement des établissements d'enseignement supérieur. Dans le domaine scientifique, la HEA est chargée essentiellement du financement des infrastructures pour la recherche universitaire. Le Forfás et l'Advisory Council for Science, Technology and Innovation (ACSTI) sont deux organismes indépendants mis en place pour assurer une mission de conseil auprès du Gouvernement ; ils donnent leur avis sur les grandes orientations politiques, qu'il s'agisse de questions de politique économique, de politique d'innovation ou de politique scientifique.
L'Interdepartemental Committee on S&T est un comité interministériel présidé par le ministre des Entreprises, du Commerce et de l'Emploi. Il est composé de hauts fonctionnaires des différents ministères. Il doit coordonner les actions au sein du Gouvernement et définir les priorités budgétaires. Le Premier ministre préside un comité interministériel élargi (Cabinet Subcommittee on S&T) sur les affaires scientifiques deux fois par an. Le Chief Scientific Adviser nommé par le Premier ministre est chargé de conseiller et d'orienter le Gouvernement sur sa politique scientifique.
Pour bénéficier pleinement des résultats positifs qui devraient découler de ces investissements conséquents, l'Irlande doit résoudre quelques problèmes inhérents au système éducatif. Ainsi, l'enseignement supérieur et les financements sont encore focalisés sur le premier cycle et le soutien à la recherche reste insuffisant. En outre, l'organisation de certains départements universitaires doit être remaniée en fonction des priorités fixées pour la recherche. Par ailleurs, l'encadrement des étudiants reste globalement insuffisant et la charge d'enseignement bien trop importante pour les jeunes chercheurs. Enfin, les procédures de recrutement de scientifiques sont inadaptées et, plus généralement, la culture scientifique est encore trop faible en Irlande.