Avec le double objectif de la lutte contre l'effet de serre et de sa sécurité énergétique, le Royaume-Uni déploie des politiques énergétiques mixtes. Elles vont des énergies marines au nucléaire, à nouveau plébiscité.
Cet article a été préparé par Arnaud Queyrel à partir du rapport "L'Energy Review : la révision de la politique énergétique britannique & Déchets radioactifs : le rapport du Committee on Radioactive Waste Management" réalisé par Mathieu Daoudi, du service pour la Science et la Technologie de l'ambassade de France au Royaume-Uni, que nous remercions pour sa collaboration.
Nous remercions aussi pour sa collaboration Xavier Thierry, chargé de mission scientifique Energie, Environnement et Transport, du service Science et Techno- logie de l'ambassade de France à Londres.
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Focus :
Un gazoduc pour le gaz russe
Second gazoduc transmanche, le gazoduc BBL est opérationnel depuis décembre 2006. Pour sa part, il relie à sens unique, au départ du continent, les Pays-Bas au Royaume-Uni. Long de 235 km, dont 200 km sous- marin, il possède une capacité de transit avoisinant 15 Gm3/ an. BBL Company, la société propriétaire, est détenue notamment par le germano-russe Wingas.
Ce gazoduc est l'une des clés de voûte de la nouvelle politique de sécurité énergétique du Royaume-Uni. Et il va notamment permettre à Gazprom, le géant gazier russe, d'aborder efficacement, à moyen terme, le marché britannique. Ce gazoduc s'inscrit dans le contexte de la libéralisation du marché de l'énergie en Europe. Cette libéralisation devrait intervenir en juillet prochain. Parmi les opérateurs étrangers qui prennent déjà position en Europe figure ainsi, en pole position, Gazprom, d'ailleurs déjà présent sur le marché français.
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Confronté au réchauffement climatique et à sa sécurité énergétique, le Royaume-Uni révise sa politique énergétique. Appuyant des solutions neutres en carbone, le pays s'attelle à valoriser des énergies renouvelables. Aussi pour regagner localement, par la décentralisation énergétique, un peu de son autonomie perdue.
En juillet 2006, le Gouvernement britannique publiait le rapport The Energy Challenge : Energy Review Report 2006 - Le défi énergétique : rapport 2006 de la révision de la politique énergétique. Ce rapport revisitait le livre blanc de 2003 intitulé Our Energy Future : Creating a Low Carbon Economy - Notre énergie future : créer une économie à faible taux de carbone. Les objectifs de la politique énergétique britannique fixés dans ces deux documents restent les mêmes. Le second insistant spécialement sur deux points : la lutte contre le changement climatique et la sécurité de l'approvisionnement énergétique à des prix raisonnables.
Cependant, deux éléments d'importance ont modifié la donne depuis 2003 : d'une part, venant contredire durement les objectifs du livre blanc, les émissions de gaz à effet de serre du Royaume-Uni ont augmenté en 2004 et 2005. D'autre part, et de façon aussi voire, même, plus déterminante pour l'avenir du pays - en tout cas à court terme - celui-ci n'est plus autosuffisant en énergie. En effet, dès 2004, le Royaume-Uni est devenu importateur net de gaz et il devrait le devenir pour le pétrole à fin de la décennie.
Dès lors, gouvernés, plus fermement que jamais, par la pression des marchés internationaux et par le souci de brider le réchauffement climatique planétaire, des changements énergétiques s'imposent au Royaume-Uni.
Economie et écologie, clés de voûte énergétiques
L'Energy Review souligne l'importance des économies d'énergie et le rapport préconise ainsi d'adopter une série de mesures qui devraient permettre de réduire les émissions de carbone de 6 à 9 millions de tonnes pour 2020. Et cela nonobstant du fait qu'entre-temps, le Royaume-Uni devrait avoir atteint, pour 2010, ses objectifs de Kyoto pour la baisse des émissions de gaz à effet de serre. A ce propos, le Royaume-Uni fait figure de bon élève dans le cadre des plans nationaux européens d'allocations des quotas de CO2 puisque la Commission européenne a approuvé sans révision - cas unique - les 246,2 millions de tonnes d'allocation de CO2 proposés par le Gouvernement.
Parmi les mesures proposées par le rapport figurent les solutions permettant d'évoluer, sur le long terme, vers des bâtiments neutres en carbone. D'ailleurs, le ministre de l'Economie et des Finances a annoncé l'introduction, en 2007, d'une exonération de timbre fiscal pour les bâtiments "zero carbon". Figurent aussi, parmi d'autres préconisations, le remplacement d'équipements domestiques inefficaces par des modèles plus récents et efficaces (comme les ampoules) et la limitation de l'énergie perdue par des appareils électroniques en veille.
Toutefois, sans minimiser l'importance des économies d'énergie, le Gouvernement considère qu'il s'agit de produire de l'énergie propre. Une solution tend spécialement à y contribuer : la production d'énergie décentralisée qui consiste à produire l'énergie localement, au plus près du consommateur. Une telle solution, outre ses avantages techniques, présente aussi l'indéniable intérêt d'offrir une réponse pertinente aux enjeux de politique et d'indépendance énergétique du pays.
Actuellement, moins de 0,5% de l'électricité totale britannique provient de la microgénération et les centrales à cogénération (production combinée d'électricité et chaleur) représentent 7%. Et Gordon Brown, ministre de l'Economie et des Finances, a annoncé, dans le rapport du prébudget du Gouvernement 2007, l'amélioration de la fiscalité pour les aides à l'installation de systèmes de microgénération domestiques.
Energies renouvelables : une affaire d'obligations
Au coeur de la stratégie du Gouvernement britannique pour combattre le changement climatique : les énergies renouvelables. Avec un objectif gouvernemental de production de 20% de son électricité totale à partir de sources renouvelables en 2020. Pour parvenir à ces objectifs, le Gouvernement a mis en place, début 2002, les "Renewable Obligations" (RO). Ces dispositions obligent les fournisseurs d'électricité à montrer qu'une proportion donnée de leur électricité provient de sources d'énergies renouvelables.
Quels types d'énergies renouvelables sont concernées ? Les gaz de décharges, la combustion combinée de biomasse avec les combustibles fossiles, la biomasse, les gaz d'eaux résiduaires, l'éolien et certaines installations hydrauliques. Par ces dispositions particulières, ces énergies deviennent compétitives avec les hydrocarbures fossiles et l'énergie nucléaire. De surcroît, elles contribuent à la sécurité de l'approvisionnement énergétique du pays.
A travers l'Energy Review, le Royaume-Uni informe des deux moyens qu'il met en place pour renforcer la portée des RO : d'abord, augmenter leur part jusqu'à 15,4% en 2015-2016 puis plafonner à ce niveau jusqu'à la fin de ces dispositions vers 2025. Ensuite, les adapter au niveau d'avancement des technologies. Ainsi, les RO ne s'appliqueront plus aux technologies matures pour se voir transférées vers celles en développement comme l'éolien offshore. A noter que se tiendra, au début 2007, une consultation visant à réformer les RO. Trois mesures sont attendues : la mise en place des niveaux différenciés d'obligation selon le type d'énergie renouvelable, l'extension des obligations à la cogénération et la détermination de nouveaux objectifs, à plus long terme, pour les compagnies de gaz et d'électricité. Finalement, il s'agit de préciser que l'Ecosse possède le plus fort potentiel de développement des énergies renouvelables britanniques.
En France, grâce à l'association Amorce, la nouvelle TVA à 5,5% s'applique aussi, depuis 2006, sur la part de consommations lorsque le réseau est alimenté au moins à 60% par des énergies renouvelables ou de récupération (autrement perdues comme celles issues des déchets ménagers). Toutefois, bien que ce système ne comprenne pas encore la cogénération, il inaugure pour la France des pratiques de décentralisation énergétique, en tout cas pour ce qui concerne les réseaux de chaleur pour les collectivités.
Nucléaire et gaz : deux énergies à la loupe
Avant de mettre en place un certain nombre de mesures en accord avec l'Energy Review, le Gouvernement a déjà lancé en 2006, et lancera encore cette année, une série de consultations publiques. Ainsi, fin 2006, il lançait en particulier une consultation avant d'instaurer un cadre politique pour la construction d'une nouvelle génération de centrales nucléaires. Cette consultation s'inscrit dans la volonté d'étudier les relations entre répercussions locales pour les populations (et leur environnement), les bénéfices qui en découlent et les différents projets. En 2005, la production d'énergie nucléaire s'établissait à 48,5% de la production totale d'électricité du Royaume-Uni (avec 83,3 TWh). La capacité de production électronucléaire du pays (en 2005) s'appuyait sur 23 unités de production (11 852 MWe). Or, bien qu'il s'agisse de la source d'énergie pauvre en carbone la plus importante, le parc nucléaire actuel va progressivement disparaître puisque la plupart des centrales vont fermer d'ici vingt ans.
Toutefois, dans le contexte de la situation énergétique du Royaume-Uni, le Gouvernement compte appuyer ses objectifs de politique énergétique sur un nouveau parc nucléaire. Car, en considérant le remplacement de la capacité nucléaire actuelle, étant donné aussi l'augmentation prévue du prix du pétrole et la compétitivité retrouvée de l'énergie nucléaire (au regard du coût du carbone produit), les émissions de carbone seraient réduites de 8 millions de tonnes en 2030. Ces émissions correspondent à celles de vingt-deux centrales à gaz de 500 MW. Une telle politique permettrait alors de réduire de 13% la consommation de gaz (voir "Un gazoduc pour le gaz russe" ci-contre).
Concernant ce dernier, deux consultations se tiendront début 2007 : l'une sur la thématique de la sécurité de son approvisionnement et l'autre visant à améliorer la législation existante concernant le stockage offshore du gaz naturel et les installations d'importations (réception des cargaisons) de gaz naturel liquéfié (GNL). Tandis qu'en décembre dernier, le Departement of Trade and Industry (DTI) publiait un guide promouvant le recours à la cogénération par les développeurs de centrales de production d'énergie, l'ensemble des informations découlant des différentes consultations (neuf au total) alimenteront le Livre blanc pour l'énergie que publiera le Gouvernement en mars prochain.
L'Ecosse, précurseur des thalassoénergies
Les énergies marines composent le cocktail des énergies renouvelables prônées par le Royaume-Uni. Ainsi, en mai 2006, l'Ecosse annonçait des investissements d'environ 29 millions d'euros, sur deux ans, dans les énergies renouvelables. Les énergies marines (énergie des vagues et des courants marins) bénéficieront à elles seules de 12 millions d'euros. Ainsi, pour l'Ecosse, à l'horizon 2020, la part des énergies renouvelables devrait s'établir à 40% contre moins de la moitié pour le reste du Royaume-Uni. Et pour cet été, le Gouvernement écossais vise au déploiement d'un parc hydroélectrique marin, fruit de technologies écossaises, relié au réseau électrique. A cet égard, le Centre européen d'énergie marine (EMEC), dans les îles Orkney, qui dispose de deux laboratoires marins d'étude de l'énergie marine, a testé et contribue au développement, sur l'un de ses sites d'essai, d'un système houlomoteur : le Pelamis.
Sorte de serpent de mer métallique articulé en tronçons de 3,5 m de diamètre, nez face aux vagues, le système houlomoteur assure la conversion en énergie électrique, par articulations hydrauliques interposées, de l'énergie des vagues. Conçu par la société d'Edinbourgh Ocean Power Delivery (OPD), le Pelamis, au rendement pratiquement constant grâce au maintien de son positionnement, convertit l'énergie des vagues même par mer peu agitée.
A côté du projet industriel qui doit alimenter en électricité 1 500 foyers cet été, au Portugal, une nouvelle ferme à vagues est en cours d'étude, aussi à Orkney, avec Scottish Power, la société d'électricité écossaise. De surcroît, Pelamis a également été sélectionné par l'agence de développement régionale du Sud-Est de l'Angleterre comme un des trois systèmes d'exploitation de la force de la houle à essayer en parallèle dans un projet sur la côte de Cornouaille.