L'Allemagne est à la pointe en matière de recherche polaire. Son implication dans l'Année polaire internationale (API), qui a démarré le 1er mars 2007, va être particulièrement importante.
Cet article a été préparé par Gaëlle Degrez à partir du rapport "Organisation de la recherche polaire en Allemagne" réalisé par David Boucard, du service pour la Science et la Technologie de l'ambassade de France en Allemagne, que nous remercions pour sa collaboration.
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Focus :
L'attraction des pôles !
Au cours des deux derniers millions d'années, la Terre s'est retrouvée englacée neuf fois. La dernière glaciation s'est achevée il y a 10.000 ans. La plus grande partie de l'hémisphère nord ainsi qu'une partie de l'hémisphère sud ont alors été recouverts par des glaciers et des calottes glaciaires pour former ce que l'on appelle aujourd'hui l'Arctique (au Nord) et l'Antarctique (au Sud).
L'intérêt pour les régions polaires est notamment dû à leur rôle clef dans le système global "Terre". Elles sont aujourd'hui le lieu de changements significatifs (climatiques, écologiques, humains, etc.) et les évolutions qui s'y déroulent sont amplifiées et présentent un caractère plus rapide qu'ailleurs. En outre, ces régions renferment des archives (conservées dans la glace !) et des informations uniques sur l'évolution du changement global.
Quatre grands axes
On distingue ainsi :
- les régions polaires dans le contexte d'un changement climatique global (six projets de recherche) ;
- la dérive des continents et les processus d'évolution dans les régions polaires (cinq projets de recherche) ;
- l'exploration des régions inconnues (cinq projets de recherche) ;
- le développement et la mise en oeuvre de techniques innovantes pour des plates-formes de mesure autonomes (quatre projets de recherche).
Glossaire :
[1] Krill : population de petits crustacés des mers arctiques dont se nourrissent notamment les baleines bleues.
[2] Cryosphère : partie de la surface terrestre occupée par les glaces ; égale à 10,7% de la surface émergée, la cryosphère est située en majeure partie dans l'hémisphère austral (Antarctique).
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Les régions polaires font l'objet d'une intense activité scientifique. Ce sont des zones clés pour étudier des questions qui concernent l'ensemble de la planète. Mais les phénomènes géophysiques en jeu ne peuvent être appréhendés de manière unilatérale par les nations ; d'où l'importance des campagnes internationales de grandes envergures. Tel est l'objet de la quatrième Année polaire internationale (API) qui démarre le 1er mars 2007. L'Allemagne, qui occupe une position de pointe au niveau international en matière de recherche polaire, compte largement s'impliquer dans cet événement. Elle participera ainsi à 60% de tous les projets internationaux mis en oeuvre.
Du 1er mars 2007 au 1er mars 2008, la communauté scientifique internationale va se rassembler autour de programmes internationaux ambitieux dans le cadre de l'Année polaire internationale (API). Cet événement est initié par l'International Council for Science (ICSU) et par l'Organisation mondiale de la météorologie WMO (World Meteorological Organisation), afin de permettre une avancée importante des connaissances sur les régions polaires, où se trouve une partie des réponses aux questions que l'ensemble de la planète se pose sur l'évolution de son environnement (voir "L'attraction des pôles !" ci-contre).
Développement durable : l'effort allemand
Pour la quatrième fois, la recherche sur les pôles fait l'objet d'une initiative de la communauté scientifique internationale. C'est en 1882 qu'eut lieu la première manifestation sur ce thème ; douze pays rassemblèrent leurs forces pour organiser treize expéditions en Arctique et deux en Antarctique. La deuxième API fut initiée par la WMO en 1932 pour étudier spécifiquement les implications, au niveau mondial, du Jet Stream - récemment découvert. Et c'est dans le cadre de l'Année géophysique internationale, en 1937, que se déroula la troisième Année polaire. Elle fut le point de départ de toutes les recherches en Antarctique et déboucha notamment, en 1959, sur le traité de l'Antarctique, modèle d'entente entre les peuples en pleine guerre froide.
Programmée du 1er mars 2007 au 1er mars 2008, pour pouvoir mettre en oeuvre des campagnes de mesure à différentes saisons dans l'hémisphère nord comme dans l'hémisphère sud, cette nouvelle année polaire devrait être l'occasion de confirmer le rôle moteur que jouent les régions polaires vis-à-vis du reste de la planète. Toutes les disciplines sont concernées, y compris les sciences humaines et sociales. La commission allemande pour l'API 2007-2008, présidée par le professeur Reinhard Dietrich, a identifié, après concertation interdisciplinaire et en accord avec les objectifs internationaux de l'API, quatre grands thèmes sur lesquels la participation de l'Allemagne va se focaliser (voir "Quatre grands axes" ci-contre). Pour chacun de ces thèmes, l'Allemagne entend faire participer activement ses chercheurs aux nombreuses actions de communication prévues à l'adresse des établissements scolaires et du grand public ainsi qu'aux actions de formation des jeunes chercheurs en recherche polaire.
L'Allemagne doit notamment sa position de pointe en matière de recherche polaire à une forte implication du ministère fédéral pour l'Education et la Recherche (BMBF), qui finance la recherche polaire à travers un large programme de recherche sur le développement durable System Erde - "système Terre". Ce programme subventionne des projets de recherche visant à étudier les différents processus possédant une influence sur le climat ainsi que l'implication de l'homme dans les changements climatiques. Trois domaines polaires sont privilégiés : la dynamique des populations et condition physiologique du krill [1] antarctique Euphasia superba (projet LAKRIS) ; les fluctuations à grande échelle dans les tourbillons subpolaires (projet NORDATLANTIK) ; les oscillations des courants d'eau douce dans les mers arctiques (projet NORDATLANTIK).
Un institut allemand pour la recherche polaire
Le BMBF soutient aussi la réalisation et la mise en oeuvre de grands équipements pour la recherche polaire, des équipements notamment exploités par les chercheurs de l'Institut Alfred Wegener (AWI). Etabli en tant que fondation publique en 1980, cet institut est chargé de mettre en oeuvre la recherche polaire allemande, de fournir les équipements nécessaires à son développement et d'assurer un suivi logistique. Cette institution de recherche marine et polaire est la plus importante d'Europe, avec un budget d'environ 105 millions d'euros en 2005. Pour mener ses travaux, l'AWI dispose d'une infrastructure particulièrement importante. L'institut possède ainsi plusieurs bateaux de recherche parmi lesquels le Polarstern, le plus grand bateau de recherche européen, ou le très récent Maria Sybilla Merian, dont la construction achevée 2006 a été financée par le BMBF à hauteur de 42,3 millions d'euros. Parmi les infrastructures allemandes, figurent également trois avions pour mener des campagnes d'observations et les stations de Neumayer, Dallman, Kohnen et Gondwana en Antarctique ainsi que celle du Spitzberg en Arctique.
Depuis 2004, le BMBF finance, à hauteur de 26 millions d'euros, une nouvelle station polaire dans l'Antarctique, Neumayer III, dont la construction s'achèvera en 2008 et qui constitue un des apports majeurs de l'AWI à l'Année polaire internationale 2007-2008. L'AWI souhaite par ailleurs développer un nouveau bateau de recherche : Aurora Borealis, long de 132 mètres, pesant 23.000 tonnes et contenant 200 couchettes. Son coût est estimé à 300 millions d'euros. Prévu pour fonctionner 300 jours par an et fournir près de 15.000 jours de travail scientifique, l'Aurora Borealis sera géré sur le principe du temps partagé, attribué aux différents pays en fonction de leurs contributions financières respectives. Ce projet a été validé au niveau national par le Wissenschaftsrat - structure allemande qui élabore des recommandations pour le Gouvernement fédéral et les gouvernements des Länder sur les questions scientifiques -, ainsi qu'au niveau européen par le forum stratégique européen pour les infrastructures de recherche (ESFRI) puisqu'il fait partie des 35 grands équipements recommandés par l'ESFRI.
La recherche universitaire, partie prenante
La DFG, agence de moyens pour la recherche en Allemagne, contribue grâce au soutien institutionnel qu'elle reçoit du Gouvernement fédéral (Bund) et des Etats-Régions (Länder) à structurer la recherche universitaire. La DFG redistribue ses moyens aux meilleurs projets de recherche qui lui sont soumis selon les "programmes outils" qu'elle a mis en place. Les dossiers de candidature sont évalués selon un dispositif reconnu par la communauté scientifique nationale et internationale : 90% des projets financés sont des projets de recherche universitaire et 10% des autres projets impliquent des organismes de recherche extrauniversitaire et des universités.
Les Schwerpunktprogramme (SPP) - "programmes prioritaires en réseau" - soutiennent la mise en réseau au niveau fédéral de plusieurs équipes de recherche, pour une durée maximale de six ans. Historiquement, la DFG finance un programme de recherche en Antarctique depuis 1981 : le SPP 1158 "Recherches en Antarctique avec travaux comparatifs dans les régions glaciaires de l'Arctique". Actuellement, les recherches au sein de ce programme visent à comparer les écosystèmes arctiques et antarctiques en considérant les aspects physicochimiques (dix-sept projets), géologiques (onze projets) et biologiques (quinze projets). Il regroupe dix-sept universités, deux instituts Leibniz (IFM-GEOMAR, le musée Alexander Koenig), deux instituts Helmotz (AWI, DLR - centre allemand de recherche aérospatiale), deux académies des sciences (Bavière et Heildeberg), un institut Fraunhofer (IBMT) et l'Organisme fédéral des géosciences et des matières premières (BGR - établissement fondé par le ministère fédéral de l'Economie pour conseiller le Gouvernement fédéral sur les questions de géosciences).
Les Sonderforschungsbereiche (SFB) - "centres de recherche coordonnés" - forment l'autre type de programmes financés par la DFG. Il s'agit de programmes de soutien localisés - un site, une thématique - d'une durée maximale de douze ans au sein d'un établissement d'enseignement supérieur, évalués tous les quatre ans. Le SBF 512 est consacré aux "Régions de basses pressions et système climatique de l'Atlantique nord". Ce SBF, actuellement dans sa troisième phase de financement (2004-2006), a été fondé en 1998 au sein de l'université de Hambourg pour étudier le système de l'Atlantique nord en prenant en compte à la fois l'atmosphère, l'océan, la cryosphère [2] et les surfaces émergées.
Coopérations franco-allemandes
Depuis la fin des années 1990, l'Institut polaire allemand Alfred Wegener (AWI) a noué des liens privilégiés avec l'Institut polaire français Paul-Emile Victor (IPEV). Ces liens sont matérialisés par un accord-cadre signé en décembre 2000. Depuis cette date, les deux institutions ont entamé un rapprochement pragmatique étape par étape. Cette démarche a été dictée par une vision stratégique commune dans les domaines scientifiques et politiques, à long terme. L'Allemagne et la France peuvent ainsi se targuer d'être les nations motrices du succès du forage glaciaire européen EPICA dont les deux centres opérationnels (Concordia et Drauning Maud Land) sont placés sous leur responsabilité.
L'AWI et l'IPEV ont aussi fusionné les stations Koldewey et Rabot au Spitzberg, créant ainsi une station binationale dont les structures de fonctionnement sont parfaitement intégrées entre les deux pays. Le choix des programmes scientifiques mis en oeuvre repose sur une structure paritaire. Les axes de recherche au sein de cette station concernent les sciences atmosphériques (observation de l'atmosphère), la biologie (comportements et évolution des espèces), la géophysique (étude de sismologie et d'hydrologie) et la chimie (mesure et influence des métaux lourds sur la région, notamment). L'AWI et l'IPEV entretiennent une concertation politique permanente qui permet d'accorder les positions des deux pays sur une option commune dans les grandes réunions internationales. A titre d'exemple, l'IPEV et l'AWI assurent la présidence de plusieurs organismes internationaux tels que le Conseil polaire européen EPB (European Polar Board), le Conseil des responsables de programmes nationaux antarctiques (COMNAP) et le Conseil scientifique de la recherche antarctique (SCAR). Les deux organismes AWI et IPEV ont créé le réseau européen "ERA-NET EUROPOLAR". Rejoints par l'Italie, ils souhaitent, à travers ce réseau, jeter les bases d'une agence polaire européenne. Enfin, l'Allemagne compte s'engager fortement dans le projet européen IPY-Care (International Polar Year - Climate of the Arctic and its Role for Europe) développé dans le cadre de l'Année polaire internationale 2007-2008.