L'élargissement de l'Union européenne aux pays d'Europe centrale et orientale a permis l'intégration de nouveaux pôles d'activité scientifiques et techniques. L'Autriche entend fédérer les nouveaux venus et devenir une passerelle vers ces partenaires potentiels.
Cet article a été préparé par Michel Colrat à partir du rapport "L'Autriche, carrefour de la nouvelle Europe scientifique ?" réalisé par Guillaume Roussel, du service de Coopération universitaire et scientifique de l'ambassade de France en Autriche, que nous remercions pour sa collaboration.
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L'Autriche coopère depuis longtemps avec les pays d'Europe centrale et orientale, même à l'époque de la guerre froide. Les relations, d'abord cantonnées aux champs politiques, se sont étendues à la coopération scientifique et technologique sous l'effet de leur intégration progressive à l'Union européenne. De fait, ces pays de l'Europe centrale et orientale forment un débouché naturel pour les technologies autrichiennes, notamment environnementales. Mais l'Autriche constitue également une localisation intéressante pour les acteurs qui souhaiteraient renforcer leur présence dans cette région du monde. Les coopérations trilatérales ou européennes tirant parti des relations tissées entre l'Autriche et ses voisins de l'Est et du Sud-Est sont sans aucun doute à promouvoir.
Du fait de sa position géographique et de son histoire, l'Autriche se voit volontiers capitale de l'Europe centrale, orientale et sud-orientale. Une Europe qui pourrait constituer une zone d'échanges universitaires, scientifiques et technologiques comparable à celles formées par les pays du Bénélux, les pays scandinaves ou les pays germanophones (Allemagne, Suisse, Autriche). C'est pourquoi le ministère autrichien de l'Education, des Sciences et de la Culture a par exemple lancé un programme emblématique Wissenschaftsinitiative im Balkan, tandis que le ministère de l'Economie et du Travail poursuit son offensive technologique à l'international, en particulier en direction de l'Europe de l'Est. Ces initiatives et d'autres se déclinent en différents programmes, qui complètent les programmes européens et les programmes régionaux de coopération.
Une unité politique en perpétuelle consolidation
Historiquement cette coopération entre l'Autriche et ses voisins n'aurait pu voir le jour sans des initiatives politiques telles que l'Initiative pour l'Europe centrale (CEI) ou le Pacte de stabilité pour l'Europe du Sud-Est, qui entendent garantir la paix dans les Balkans sur le long terme. La recherche en sciences humaines participe largement à ces initiatives, avec le soutien des instituts universitaires et des organismes de réflexion autrichiens tels que l'Institut de l'espace danubien IDM (Institut für den Donauraum und Mitteleuropa), l'association Arbeitsgemeinschaft Alpen-Adria (pays des Alpes et de l'Adriatique) ou encore l'Institut d'Europe orientale et sud-orientale (OSI).
Les programmes et institutions européennes (Institut des Régions d'Europe, Interreg...) participent aussi au renforcement des liens entre l'Autriche et les pays d'Europe centrale en favorisant les coopérations au niveau des Régions. Des Régions de dix-huit pays participent ainsi au programme de voisinage CADSES (Central, Adriatic, Danubian and South-Eastern European Space), qui mènent des actions liées au développement urbain et rural, à l'immigration, aux systèmes de transport, à l'accès à la société de l'information, au patrimoine culturel, à la protection de l'environnement ou à la prévention des risques.
Priorité aux projets trilatéraux impliquant un pays des Balkans
Dans les domaines scientifiques et techniques, les échanges et coopérations universitaires tiennent une grande place dans la construction d'une Europe scientifique. Ces échanges sont le plus souvent le fruit de projets européens globaux (Erasmus, Socrates), mais aussi d'un programme ciblé sur les pays de l'Europe centrale et orientale - CEEPUS, Central European Exchange Program for University Studies, treize Etats impliqués aujourd'hui.
Durant l'année 2005-2006, l'Autriche a coordonné huit réseaux CEEPUS sur trente-cinq.
Les thématiques de ces réseaux ont porté sur une grande diversité de sujets : l'imagerie médicale, les géosciences sur la géologie de l'arc alpin élargi, la culture et les langues slaves, le réseau Education sans frontières, le réseau Amadeus sur l'économie et l'administration des entreprises, la physique des plasmas et leur application industrielle, les systèmes d'information géographiques. Plus largement, ces rapprochements ont aussi permis d'aboutir à une grande variété de cursus et diplômes communs internationaux entre ces différents pays dans les domaines de la littérature, l'histoire, les droits de l'homme, l'anthropologie, la psychologie, les langues, les sciences cognitives, la business informatics, le développement durable. Au niveau national, c'est le service autrichien des échanges universitaires et scientifiques OAD (Osterreichischer Austauschdienst) qui fait la promotion et coordonne ces échanges entre les universités autrichiennes et étrangères.
Par ailleurs, l'Autriche a participé à l'action de soutien spécifique CERA (Creating European Research Area in Central Europe) aux côtés de l'Allemagne, de la Pologne, de la Slovaquie et de la Hongrie. L'action visait à rapprocher les institutions de recherche des pays partenaires afin d'initier des coopérations et renforcer l'espace européen de la recherche (ERA). Les centres d'excellences des pays fraîchement intégrés à l'UE ont été identifiés puis intégrés aux réseaux d'excellence, projets de recherche et projets intégrés européens, déjà établis ou en cours de montage. Des réseaux d'excellence virtuels avaient également été créés, en guise de premier pas, quand les pays n'étaient encore que candidats à l'adhésion.
De nombreux réseaux européens centrés sur les Balkans
Avec l'élargissement de l'Europe et l'intégration progressive des pays des Balkans dans les instruments communautaires de financement de la recherche et de l'innovation, de nombreux réseaux ont pu voir le jour.
Le réseau SEE-ERA-Net (South Eastern Europe), coordonné par l'Autriche, regroupe les ministères de la Recherche ou des Affaires étrangères de quatorze pays européens : Albanie, Autriche, Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, Croatie, France, Allemagne, Grèce, Hongrie, Macédoine, Monténégro, Roumanie, Serbie et Slovénie. Le consortium doit développer les programmes de coopération entre les pays participants, d'abord en coordonnant les initiatives existantes, bilatérales, régionales ou européennes. Le réseau Westbalkan, également piloté par l'Autriche, visant plus particulièrement les pays des Balkans de l'Ouest, a mis en place une base de données permettant l'identification de partenaires potentiels d'Europe sud-orientale, pour des projets de recherche, de transfert de technologies ou de transfert de connaissances. La plate-forme SEE-Science, plate-forme de pilotage pour la recherche dans les pays des Balkans de l'Ouest, a pour mission de stimuler, coordonner et évaluer la coopération scientifique et technologique entre l'Union européenne et les pays des Balkans de l'Ouest.
Plus opérationnel et ciblé sur la santé, le CECOG (Central European Cooperative Oncology Group) vise à harmoniser les pratiques cliniques oncologiques à travers toute l'Europe, afin d'offrir aux patients d'Europe occidentale, d'Europe centrale et d'Europe sud-orientale des soins de qualité équivalente, tirant profit des dernières avancées médicales. Le CECOG unit des centres d'oncologie cliniques d'Europe centrale, d'Europe de l'Est, des Balkans, de Russie et d'Isräel en une organisation conduisant des essais cliniques, assurant la diffusion de l'information clinique, harmonisant les pratiques médicales et les règles de conduite d'essais cliniques et formant des postdoctorants.
Des coopérations technologiques et économiques en faveur des PME
L'action SSA (Specific Support Action) SEE-Innovation aide les PME-PMI des pays candidats et des pays tiers d'Europe sud-orientale à prendre part au programme-cadre européen ou à ses programmes concernant les TIC. SEE-Innovation favorise la création de réseaux interbalkaniques d'organisations de recherche ainsi que la mise en contact et l'échange de connaissances et de savoir-faire.
La Société autrichienne de soutien à la recherche (FFG) gère le programme CIR-CE (Cooperation in Innovation and Research with Central and Eastern Europe) visant à développer les coopérations technologiques dans les PECO. Le programme cible plus particulièrement les PME-PMI innovantes. Ainsi, les entreprises autrichiennes sont invitées à se mettre en rapport avec leurs homologues des autres pays, via les clusters, centres de compétences, incubateurs et autres institutions de recherche coopérative (Arsenal Research Centers, Joanneum Research, Salzburg Research, Profactor, etc.). Leur objectif est de former des réseaux et des consortiums pour mener sur fonds publics des projets de R&D transnationaux, des projets des transferts de technologie, des études technicoéconomiques ou des projets de formation.
L'association ACR (Austrian Cooperative Research), plate-forme autrichienne pour le développement technologique et l'innovation, réunit la plupart des organismes de recherche coopérative du pays afin de renforcer les coopérations technologiques entre l'Autriche et les Balkans sur des sujets très concrets ; avec la Slovénie par exemple entre l'Institut autrichien de fonderie et l'industrie automobile slovène sur la coulée du magnésium.
Le Bade-Wurtemberg, la Bavière, l'Autriche, la Slovaquie, la Hongrie et la Roumanie créeront enfin un pôle d'excellence scientifique et technologique couvrant tout l'espace danubien. Une bourse des projets liés aux technologies de l'information et de la communication servira à initier et développer des projets de recherche européens portés par des partenaires voisins du Danube. Ainsi, les régions danubiennes exploiteront les financements européens pour tisser des liens et peu à peu créer un cluster scientifique danubien.
Une coopération centrée sur l'énergie et l'environnement
Comme le permettent les mécanismes de flexibilité du protocole de Kyoto, il est possible de limiter ses émissions de CO2 soit directement sur son propre territoire, soit indirectement en aidant d'autres pays à réduire leurs émissions. Ainsi, l'Autriche va dans le cadre d'un partenariat énergétique aider l'Ukraine à réduire ses émissions, en échange de quoi l'Autriche pourra racheter des droits d'émission à l'Ukraine. Le premier projet de ce type entre l'Autriche et l'Ukraine consistera à capter et valoriser le grisou sur un site minier. Ce projet réduira les émissions ukrainiennes de 11,5 millions de tonnes d'équivalent CO2, sur la période 2008-2012. Parallèlement, les entreprises autrichiennes qui ont déjà installé massivement leurs technologies en Ukraine dans le domaine de la production d'énergie électrique - la moitié des 245 MW de puissance installée en Ukraine entre 2000 et 2004 - l'ont été par des compagnies autrichiennes, vont encore renforcer leur présence en introduisant des technologies et des méthodes d'optimisation de l'utilisation de l'énergie : cogénération, pompe à chaleur, techniques d'isolation.... Des projets similaires sont déjà mis en place dans les pays d'Europe orientale et sud-orientale.
Plus globalement, le programme de développement durable autrichien veut concilier développement durable et intérêts économiques, en transformant des contraintes environnementales en technologies commercialisables et exportables : la vente de technologies environnementales qui représentent déjà 10% du montant des exportations de l'Autriche. Or le pays entend exploiter son positionnement stratégique au coeur de l'Europe pour placer ses technologies dans les nouveaux pays entrants et dans les pays des Balkans, car selon la Société autrichienne des technologies environnementales, la mise en place de l'acquis communautaire en matière d'environnement y créera un marché de 185 milliards d'euros sur dix ans.
Pour en savoir plus :
- Cartographie du paysage autrichien de la recherche et de l'innovation, http://www.innovationszentren-austria.at - Les centres d'excellence scientifiques de Hongrie, de Slovaquie et de Pologne (brochure CERA), http://www.kpk.gov.pl/cera - La base de l'ERA Westbalkan répertoriant les universités, les institutions de recherche et les firmes de Serbie, du Monténégro, de Bosnie-Herzégovine et de Macédoine, http://www.westbalkanresearch.net - OAD (bourses de voyages, d'études et de recherche ouvertes aux candidats étrangers en Autriche), http://www.grants.at