Le programme Foresight sur les maladies infectieuses vise à étudier les menaces liées à ces maladies et porte sur la définition de politiques appropriées en matière de prévention ou de gestion.
Cet article a été préparé par Pierre Leroy à partir du rapport "Publication du programme Foresight "maladies infectieuses : préparer l'avenir"" réalisé par Claire Mouchot, du service pour la Science et la Technologie de l'ambassade de France au Royaume-Uni, que nous remercions pour sa collaboration.
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Focus :
Les huit indésirables
On distingue ainsi :
- les espèces de pathogènes et variants entièrement nouveaux ;
- les pathogènes développant des résistances ;
- les zoonoses (ou maladies passant la barrière des espèces) ;
- le VIH/SIDA, la tuberculose et le paludisme ;
- les épidémies chez les végétaux ;
- les infections respiratoires aiguës ;
- les infections sexuellement transmissibles ;
- les maladies infectieuses animales sans frontières.
Plusieurs facteurs aggravants
Il convient de noter, entre autres :
- l'accroissement du nombre de déplacements (commerce et migration de populations) qui facilitent la propagation des maladies infectieuses existantes et l'émergence de nouvelles maladies par une mise en contact de populations habituellement hétérogènes ;
- le tourisme dans des zones reculées du monde, l'importation de plantes ou d'animaux exotiques et la consommation d'une alimentation exotique qui facilitent l'introduction de nouvelles maladies provenant d'espèces sauvages ;
- l'utilisation de médicaments contrefaits, l'arrêt des traitements avant la fin du temps prescrit ou une maladie mal diagnostiquée (et donc traitée avec un médicament non approprié), qui conduisent au développement de résistances aux médicaments utilisés.
La typologie des DIM
Quatre systèmes :
- les nouvelles technologies d'informations destinées à collecter, analyser et modéliser des données et permettant ainsi la détection précoce d'éclosions de maladies infectieuses ;
- utilisation des techniques de génomiques et de postgénomiques pour la détection précoce et la caractérisation de pathogènes nouveaux ou nouvellement résistants aux médicaments existant sur le marché ;
- offre directe à l'individu des technologies d'identification et de caractérisation des maladies infectieuses grâce à la conception d'outils de prélèvement intelligents et / ou d'appareils petits et faciles à manier ;
- utilisation de marqueurs succédanés (par exemple des rayonnements électromagnétiques ou des composés organiques volatiles) dans des aéroports ou sur les marchés d'animaux vivants permettant le dépistage par criblage à haut débit de maladies infectieuses chez l'être humain, l'animal ou les plantes.
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Le programme Foresight consacré à la préparation de l'avenir en ce qui concerne les maladies infectieuses a pour vocation d'évaluer et de signaler les tendances de l'évolution de la menace engendrée par ces maladies infectieuses et de considérer quelles pourraient être les politiques de prévention ou de gestion les plus appropriées.
Le ministère du Commerce et de l'Industrie britannique DTI (Department of Trade and Industry) a rendu public les résultats du programme Foresight consacré aux maladies infectieuses. Ce programme a pour objectifs d'identifier les opportunités scientifiques et technologiques pouvant bénéficier à l'économie et à la société de demain, et d'assurer une stratégie efficace. Foresight rassemble ainsi un noyau de compétences dans des domaines scientifiques distincts et permet une grande facilité d'accès à l'information et aux dirigeants politiques, industriels ou scientifiques. Dans la continuité de la politique actuelle, ce projet rassemble donc des acteurs des secteurs gouvernemental, industriel, universitaire, financier, éthique et de la santé.
Evaluer les menaces actuelles et futures des maladies infectieuses
Foresight est commissionné par l'Office of Science and Innovation (OSI, anciennement l'Office of Science and Technology, OST) ; les résultats publiés proviennent d'informations collectées auprès de plus de trois cents experts et de parties prenantes répartis dans plus de trente pays. Plusieurs organisations internationales ont aussi été sollicitées.
Dans le cadre précis de ce programme, les objectifs visaient à évaluer la menace des maladies infectieuses chez l'homme, l'animal et les plantes au cours des 10 à 25 prochaines années, en s'appuyant sur les meilleures connaissances scientifiques et technologiques d'aujourd'hui.
Par ailleurs, ce programme a conceptualisé la gestion de ces maladies, en particulier grâce à l'utilisation de systèmes de détection, d'identification et de contrôle DIM (Detection, Identification and Management). Selon les auteurs, les résultats présentés sont le fruit d'une analyse scientifique indépendante et n'ont pas vocation à se substituer aux stratégies politiques de Gouvernements ou d'organismes impliqués dans cette thématique des maladies infectieuses. Ainsi, au vu des connaissances scientifiques et des systèmes DIM actuels, la meilleure stratégie d'enraiement de la propagation des maladies infectieuses est de combattre les foyers émergents dès leur apparition.
Cela nécessite que la maladie ou l'agent pathogène responsable soit détectés, puis identifiés avec exactitude en amont de la mise en place rapide de mesures visant à neutraliser le foyer aussitôt que possible après son apparition. Cette détection et cette identification resteront des étapes cruciales dans tout programme de contrôle de maladies car elles apportent une information majeure sur l'attitude à adopter pour optimiser les ressources dans un effort de lutte efficace.
Les menaces actuelles des maladies infectieuses sont bien connues : touchant en particulier les populations les plus pauvres, elles sont responsables de plus de 20% des décès et de 25% de la morbidité à travers le monde. Le bilan est à peine moins lourd lorsque les maladies infectieuses affectent les élevages ou les cultures, eu égard à la réduction du développement économique et les sérieuses crises humanitaires qui s'ensuivent. Outre les maladies infectieuses connues viennent s'ajouter des maladies émergentes qui peuvent se révéler dangereuses - la dernière en date étant le syndrome respiratoire aigu sévère (Sras) -, ainsi que les problèmes croissants de résistances aux médicaments, notamment aux antibiotiques et antiparasitaires.
Les animaux malades de la peste
S'agissant de menaces futures, les auteurs du rapport rappellent que les dirigeants des grandes puissances mondiales se sont déjà penchés sur les risques apportés par les maladies infectieuses encore insoupçonnées. A partir de cette réflexion ont été énoncés, en 2000, huit objectifs de développement du millénaire (Millenium Development Goals) qui illustrent une vision du monde de nos leaders pour 2015. Quatre de ces objectifs, relatifs aux causes ou conséquences des maladies infectieuses, n'ont cependant pas tenu leurs promesses et n'ont démontré que de très faibles progrès. Dans certains cas, la situation s'est même détériorée, les objectifs risquant fort de ne pas être atteints.
Au cours des 10 à 25 prochaines années, les auteurs indiquent qu'il faut s'attendre à ce que les maladies infectieuses connues aujourd'hui fassent encore partie du paysage mondial. Les dangers qu'elles engendrent seront alors associés à ceux présentés par l'émergence ou la réémergence de maladies infectieuses aujourd'hui non existantes ou contenues.
Huit classes de maladies infectieuses pourraient se révéler particulièrement dangereuses (voir "Les huit indésirables" ci-contre). En raison de l'impossibilité de prévoir les maladies infectieuses qui apparaîtront dans l'avenir, les experts estiment qu'il est important de mettre en place des politiques souples et flexibles qui permettront de réagir à l'imprévu. En effet, qu'une maladie humaine soit extrêmement contagieuse ou qu'elle se propage lentement en montrant des symptômes latents - exemple du Sida -, les effets peuvent être dévastateurs.
Par comparaison, les épidémies touchant les élevages ou les cultures pourraient être tout aussi préjudiciables économiquement en conduisant au ralentissement du développement et du commerce, en raison des difficultés à éradiquer la maladie. Dans les pays industrialisés, une épidémie pourrait atteindre un point de non-retour et compromettre les services et le commerce essentiels au fonctionnement du pays. L'utilisation de systèmes de DIM efficaces pourrait éviter que ce point de non-retour soit atteint.
Au vu des facteurs capables de modifier les risques d'épidémie, les auteurs du rapport concluent que la virulence d'une maladie et sa facilité de transmission ne représentent pas les seuls éléments d'importance. Au contraire, il convient de tenir compte de la manière avec laquelle la maladie interagit avec des schémas de comportements et de mouvements de population et, aussi, avec la manière selon laquelle sont gérés les élevages ou les cultures. Plusieurs facteurs de risques considérés comme majeurs ont été identifiés pour l'Afrique et le Royaume-Uni (voir "Plusieurs facteurs aggravants" ci-contre).
Des facteurs de risques
D'autres facteurs spécifiques des régions étudiées viennent s'ajouter. Ainsi, en Afrique, il s'agit souvent de la pauvreté, des conflits, des systèmes de gouvernance, de l'urbanisation, des modifications des pratiques agricoles vers l'intensification et du manque de capacités nationales. Au Royaume-Uni en revanche, on notera notamment le manque de nouveaux pesticides pour l'agriculture ou de médicaments et de vaccins pour les élevages, ou encore les importations illégales. A ces facteurs de risque, le Royaume-Uni répond par l'implémentation des systèmes internationaux de surveillance et de contrôle des maladies.
Le dernier point étudié par les auteurs du rapport concerne l'impact du changement climatique sur la menace apportée par les maladies infectieuses. Ils concluent que le changement climatique aura certainement, au cours des 75 prochaines années, un impact très important sur les maladies portées et transmises par des vecteurs tels que les insectes. Ils estiment qu'il ne s'agit pas d'une menace immédiate pour la population du Royaume-Uni mais le réchauffement climatique fera du territoire britannique un terrain plus propice à la propagation de certaines maladies (par exemple le paludisme).
Au plan mondial, les auteurs jugent que le résultat net sera relativement équilibré : les risques d'apparition de certaines maladies seront accrus mais d'autres verront leurs risques diminués. Les différentes régions du monde seront touchées de manière inégale et la réflexion approfondie a amené les auteurs à penser que l'Afrique risque d'être particulièrement affectée en raison de la présence endémique actuelle de certaines maladies. Là encore, ils prédisent que la répartition des risques sera modifiée en raison des changements d'humidité ambiante qui auront lieu.
Les DIM, pour répondre aux défis de demain
Les systèmes de détection, d'identification et de contrôle (DIM) des maladies représentent des outils majeurs dans la gestion des maladies infectieuses, de par leur capacité à faire gagner du temps, à cibler de manière plus efficace les ressources existantes et à ouvrir de nouvelles alternatives en ce qui concerne la gestion des maladies (le développement de petits appareils individuels faciles d'utilisation permettrait, par exemple, de diagnostiquer un nombre croissant de personnes souvent asymptomatiques pour des maladies sexuellement transmissibles, conférant ainsi un bénéfice important de santé publique).
Les auteurs reconnaissent qu'il est impossible de quantifier avec exactitude les bénéfices qui pourront être apportés par les systèmes DIM de demain car, par définition, leur utilisation et leur efficacité dépendront de facteurs encore incertains tels que l'attitude du public ou les structures de gouvernance. Malgré ces incertitudes, leurs rôles seront d'autant plus essentiels qu'ils feront partie intégrante d'un cadre de mesures de gestion efficaces, lui-même lié à une infrastructure opérationnelle permettant des réponses politiques locales de grande envergure. Un manque de cohérence, de flexibilité et de rapidité d'action entraverait les capacités de réponses appropriées à l'information obtenue grâce à ces systèmes DIM et ne ferait qu'accroître les attentes du public et potentiellement renforcer ses inquiétudes. Les experts distinguent quatre classes de systèmes DIM (voir "La typologie des DIM" ci-contre).
Les choix stratégiques qui influenceront la gestion des maladies infectieuses sont fondés sur trois facteurs majeurs : l'importance d'être réactif, la disparité des méthodes d'approche entre les différentes régions du monde et le manque de cohérence entre les programmes mis en place dans ces régions. Les choix à opérer sont de natures différentes (choix de gouvernance et de réglementation, choix de standards et d'interopérabilité, choix d'exploitation des développements exogènes, choix essentiels pour l'Afrique) et peuvent entraîner des effets à différents niveaux (implications pour la science et les compétences, implications pour la technologie et les systèmes, implications pour l'engagement public).