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Technologies Internationales 133  >>  1/04/2007

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Climatologie

Accélération de l'évolution du climat : quelles solutions ?

http://www.bulletins-electroniques.com/ti/133_01.htm

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Dans son quatrième rapport, le GIEC confirme la réalité du changement climatique et la contribution des activités humaines. Des solutions sont envisageables pour enrayer l'accélération préoccupante de l'évolution du climat.

Article rédigé par Jean-François Desessard.

Focus :

Le GIEC

Le GIEC a été créé en 1988 par l'Organisation météorologique mondiale (OMM) et le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE). Cette organisation, ouverte aux membres de l'OMM ou du PNUE, compte des centaines d'experts mondiaux issus d'universités, de centres de recherche, d'entreprises, d'associations de défense de l'environnement, etc. Chaque membre, accrédité par son Gouvernement de tutelle, a pour mandat "d'expertiser l'information scientifique, technique et socioéconomique qui concerne le risque de changement climatique provoqué par l'homme".

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Le réchauffement du climat est une réalité. Par ses activités, l'humanité contribue largement à ce phénomène. Si rien n'est entrepris, ce dernier devrait s'aggraver fortement au cours du XXIe siècle. Telles sont globalement les principales conclusions de la première partie du rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) qui vient d'être rendu public le 2 février dernier. Face à cette situation préoccupante, quelles sont les solutions envisageables, ne serait-ce que pour éviter que les pires scénarios ne deviennent la réalité des prochaines décennies ? Dans ce contexte, le nucléaire revient évidemment en force. Parallèlement, des solutions de capture du CO2 et de son stockage géologique sont à l'étude. Plus inquiétantes, d'autres techniques dites de "géoingénierie", visant à agir sur le climat lui-même, préconisées par certains scientifiques, semblent séduire progressivement tous ceux qui, s'ils ne contestent pas la réalité du réchauffement climatique, du moins pour la grande majorité d'entre eux, ne sont pas prêts pour autant à modifier leur mode de vie et de consommation.

Depuis 1990, année de publication de son premier rapport, les conclusions du GIEC ont beaucoup évolué (voir "Le GIEC" ci-contre).

Rappelons que cet organisme, créé en 1988, a pour mission d'évaluer les données scientifiques disponibles sur l'évolution du climat mais aussi d'en apprécier les effets, tant au niveau écologique que socioéconomique. En effet, son objectif est de proposer des stratégies appropriées visant à prévenir d'éventuels risques et à s'adapter. Ainsi, s'il reconnaît une évolution non naturelle du climat dans son premier rapport, le GIEC conclut néanmoins qu'il est impossible de se prononcer. De là va naître une prise de conscience internationale qui débouche deux ans plus tard sur la tenue du sommet de Rio. Les états s'engagent alors à stabiliser leurs émissions de gaz à effet de serre, sans pour autant quantifier cet engagement.

Publiées en 1995, les conclusions du second rapport du GIEC permettent de confirmer le contenu du précédent et d'ouvrir une voie qui conduit au protocole de Kyoto le 16 mars 1998, protocole que 156 pays ont ratifié à ce jour, à l'exception notable des Etats-Unis et de l'Australie. Un calendrier de réduction chiffrée des émissions de six gaz à effet de serre, considérés comme la cause principale du réchauffement climatique, est proposé, avec des objectifs précis pour 2012. En 2001, le doute n'est plus permis. Dans son troisième rapport, le GIEC reconnaît alors la responsabilité de l'homme dans le réchauffement climatique de la planète. Les experts observent même une aggravation du phénomène et envisagent différents scénarios. Ainsi la hausse des températures pour la fin du XXIe siècle pourrait se situer entre 1,4° C et 5,8° C. Quant au niveau de la mer, il devrait connaître une hausse de 9 à 88 centimètres.

Le quatrième rapport d'évaluation du GIEC, dont les conclusions viennent d'être publiées le 2 février dernier sont sans équivoque. Les données qu'il renferme confirme en effet, tout en précisant, les résultats obtenus dès 2001. Autrement dit, le doute n'est plus permis : le réchauffement climatique est très probablement causé par l'activité humaine et devrait se poursuivre pendant plusieurs siècles. "Il ne fait aucun doute que l'augmentation des gaz à effet de serre est dominée par les activités humaines", a déclaré la coprésidente du GIEC, Susan Salomon. Ainsi ce quatrième rapport prévoit une élévation des températures d'ici 2100 comprise entre 1 et 6 degrés et une hausse du niveau des mers qui pourrait atteindre 59 centimètres. Aussi ce rapport résonne-t-il comme une sonnette d'alarme. En effet, les climatologues estiment que si la hausse des températures n'est pas contenue au-dessous de deux degrés, les conséquences à l'échelle de la planète pourraient être catastrophiques.

De la relance du nucléaire...

Le doute n'étant plus permis, même s'il existe toujours quelques irréductibles contestataires, il est donc urgent d'agir. Dans ce contexte, le nucléaire semble connaître un redémarrage, en particulier aux Etats-Unis où plusieurs initiatives fortes ont été prises, en particulier depuis le début du second mandat du président George Bush. Rappelons notamment l'Energy Policy Act 2005, signé le 8 août 2005 par le président des Etats-Unis.

Favorable à la relance du nucléaire à court terme, cette loi renferme en particulier l'initiative Nuclear Power 2010. Par ailleurs, un programme de R&D d'un montant de 1,6 milliards de dollars sur trois ans y est associé. En outre, deux initiatives internationales accompagnent cette relance interne. Si le forum dit "Génération IV" vise à préparer le développement des systèmes nucléaires futurs à l'horizon 2040, de son côté le Global Nuclear Energy Partnership (GNEP), qui s'inscrit dans l'Advanced Energy Initiative, c'est-à-dire l'initiative globale sur l'énergie lancée par George Bush en janvier 2006, apparaît comme un véritable outil de relance de l'énergie nucléaire dans le monde.

Autre région du monde où le nucléaire semble promis à un bel avenir, l'Asie, et plus particulièrement la Chine et l'Inde. Dans ces deux pays, des programmes ambitieux sont actuellement en développement. Ainsi l'objectif officiel de la Chine est de construire d'ici 2020 une trentaine de tranches nucléaires. Pour sa part, l'Inde est engagée dans un programme de développement de nouvelles tranches de grande ampleur avec neuf centrales en cours de construction. Quant aux deux autres grands acteurs de la politique nucléaire mondiale que sont l'Europe et la Russie, ils ne sont pas en reste. Ainsi les frémissements de plus en plus significatifs observés chez l'un font échos au mouvement de fond perçu chez l'autre.

Les gaz à effet de serre sont les principaux responsables du réchauffement climatique que confirme le quatrième rapport du GIEC. Parmi eux, le gaz carbonique ou dioxyde de carbone (CO2) engendre environ 55% de l'effet de serre anthropique. Pour diminuer notablement les émissions de ces gaz, plusieurs solutions sont envisageables, à commencer par les économies d'énergie mais également l'utilisation d'énergies faiblement émettrices de dioxyde de carbone. Dans ce domaine, les constructeurs automobiles du monde entier, confrontés à des réglementations de plus en plus sévères, ne cessent d'optimiser les motorisations classiques afin de réduire la consommation en carburant. Cela dit, le développement de filières alternatives, comme la filière hybride, mais plus encore de la pile à combustible, véritable alternative énergétique, représentent des voies très prometteuses sur lesquelles travaillent les principaux constructeurs mondiaux. Seul bémol : il faudra attendre encore longtemps pour que cette pile soit économiquement viable afin qu'elle puisse monter à bord de nos automobiles. Et pendant ce temps, le problème des émissions de CO2 restera d'actualité. Quant aux véhicules hybrides, on estime qu'ils pourraient représenter jusqu'à 10% du parc mondial à l'horizon 2020.

... Au stockage géologique du CO2

Autrement dit, économies d'énergie et utilisation d'énergies faiblement émettrices de dioxyde de carbone ne suffiront pas pour limiter de manière significative et durable le réchauffement de la planète. D'où l'idée de mettre en oeuvre une troisième solution : la capture et le stockage (ou séquestration) du CO2. Certes, les technologies nécessaires existent et font l'objet de nombreux programmes, tant en matière de capture, où trois technologies sont à l'étude (postcombustion, oxycombustion, précombustion), que dans le domaine du stockage où des projets d'injection de CO2 en aquifères profonds ou dans des veines de charbon font l'objet de développements tant en Europe qu'aux Etats-Unis. Mais que ces technologies soient disponibles dès aujourd'hui ne signifient nullement que des solutions vont pouvoir être déployées largement au cours des prochaines décennies. Là encore, il va falloir baisser leur coût de manière significative, et assurer la sécurité du transport et du confinement du gaz carbonique dans le sol.

Depuis plusieurs années, certains scientifiques réfléchissent à l'utilisation d'autres solutions pour stocker le CO2. On pénètre alors dans un domaine connu sous l'appellation de "géoingénierie", une discipline dont l'origine remonte au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, alors qu'Américains et Soviétiques ont décidé de s'affronter dans un nouveau conflit, la guerre froide. C'est en effet à cette époque que germe l'idée de contrôler le climat afin d'utiliser ce dernier comme une véritable arme de guerre. Durant près de trois décennies, de nombreux travaux vont être ainsi menés, pour la plupart dans le plus grand secret. Aux Etats-Unis, certains de ces apprentis sorciers chercheront, mais en vain, à faire pleuvoir à la demande, en particulier lors de la guerre du Vietnam, en déversant dans l'atmosphère de grandes quantités d'iodure d'argent, l'objectif étant de ralentir la progression des troupes ennemies.

Les solutions préoccupantes de la géoingénierie

Mais le 10 décembre 1976, la signature par l'Assemblée générale des Nations unies d'une convention internationale interdisant l'usage des armes environnementales, sonne le glas, du moins officiellement, de l'ensemble de ces programmes soutenus en particulier par des scientifiques comme le mathématicien John Von Neumann, et le physicien, père de la bombe H, Edward Teller. Depuis, si la géoingénierie n'a pas fait la "une" des journaux et est quasi absente, pour ne pas dire totalement, des revues scientifiques, des chercheurs, notamment aux Etats-Unis, n'ont cessé de s'y intéresser, en particulier à des fins militaires. Divers travaux ont été menés dans le cadre de programmes comme HAARP (High Frequency Active Auroral Research Program), financé par le Pentagone, qui a conduit à l'édification d'une base d'expérimentation en Alaska.

Aussi, dans ce contexte où le changement climatique semble se confirmer, les idées de la géoingénierie reviennent discrètement sur le devant de la scène. Ainsi Peter Flynn, chercheur en génie mécanique de l'université d'Alberta, au Canada, a-t-il proposer de préserver le climat de l'Europe tout simplement en regelant la calotte glaciaire arctique à l'aide de plus de 8.000 barges équipées de pompes à eaux à la surface de l'océan. Coût estimé de l'opération : 50 milliards de dollars ! Pour sa part, le prix Nobel de chimie Paul Crutzen propose d'annuler l'effet des gaz à effet de serre en injectant dans l'atmosphère, à environ 20.000 m d'altitude, de gigantesques quantités de soufre ou de sulfure d'hydrogène transporté par des ballons. Dans la revue Climatic Change, ce scientifique a estimé le montant de cette "solution" à 25 milliards de dollars. Autre solution en vogue parmi les spécialistes de la géoingénierie, le largage de sulfate de fer dans l'océan afin de piéger le carbone.

Toutes ces idées ne sont-elles que des fantasmes qui nourrissent régulièrement l'imagination féconde de la communauté scientifique où pourraient-elles un jour prochain être véritablement appliquées en raison de l'accélération de l'évolution du climat ? Certains n'hésitent pas à affirmer que la géoingénirie pourrait être une solution transitoire en attendant le développement d'autres solutions à plus long terme. Mais avant de se lancer dans une manipulation forcenée du climat de la planète et de notre environnement, ne serait-il pas préférable, en particulier pour les pays industrialisés, de changer de mode de vie et de consommation, histoire d'éviter le pire ! forcenée du climat de la planète et de notre environnement, ne serait-il pas préférable, en particulier pour les pays industrialisés, de changer de mode de vie et de consommation, histoire d'éviter le pire !

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Pour en savoir plus :

- Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC), http://www.ipcc.ch
- Institut Pierre Simon Laplace (IPSL), http://www.ipsl.jussieu.fr
- Jean-Marc Jancovici, Manicore, tél : 01 69 07 30 16, jean-marc@manicore.com, http://www.manicore.com
- Laboratoire des sciences du climat et l'environnement (LSCE), http://www-lsce.cea.fr
- Mission interministérielle de l'effet de serre, http://www.effet-de-serre.gouv.fr/fr/etudes/SPM2007gr1.doc

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Origine : Technologies Internationales 133 (1/04/2007 ) - ADIT - http://www.bulletins-electroniques.com/ti/133_01.htm
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