Le Manitoba et la Saskatchewan tirent parfaitement parti de leurs ressources naturelles pour créer des dynamiques économiques nouvelles ; et occuper des segments de marchés mondiaux à fort potentiel.
Cet article a été préparé par Arnaud Queyrel à partir du rapport "Universités, domaines d'excellence et grappes technologiques au Canada - Partie 3 : Saskatchewan et Manitoba" réalisé par Elodie Pinot et Jean-François Marini, du service pour la Science et la Technologie de l'ambassade de France au Canada, que nous remercions pour leur collaboration.
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Focus :
La jeunesse en camp d'entreprise
Pour insuffler précocement l'esprit d'entreprise, le Conseil de la coopération de la Saskatchewan (CCS) organise, chaque année dans cette province, un Camp Jeune Entrepreneur. Destiné aux jeunes de 14 à 17 ans, il vise à leur apprendre à penser et agir comme un entrepreneur à travers la rédaction de plans d'affaires, des exercices de créativité, la génération d'idées d'entreprises (lors de "remue-méninges"), le web marketing, etc. Les participants sous tutorats, mis en compétition par groupes, doivent mener à bien un projet d'entreprise jusqu'à la commercialisation, lors d'une foire annuelle régionale, d'un produit (balles anti-stress, porte-monnaies,...).
Lors d'un passage en France à l'automne, Robert Therrien, directeur général de CCS, recherchera à nouer des partenariats avec des organismes de développement économique comme de jeunes français prêts à tenter l'expérience. Une bonne pratique à suivre en France.
Centrées sur l'excellence en recherche et développement, les provinces canadiennes du Manitoba et de la Saskatchewan disposent de compétences mondiales, notamment dans le secteur de la santé et, pour la Saskatchewan seule, dans les technologies de récupération assistée du pétrole ; des technologies qui conduisent au stockage de gaz carbonique.
A elles deux, les provinces canadiennes du Manitoba et de la Saskatchewan ne comptent que 2,2 millions d'habitants essentiellement répartis entre Winnipeg, Saskatoon et Régina, seconde grande ville de la Saskatchewan. Winnipeg, capitale du Manitoba, héberge près de 707.000 habitants, soit plus de la moitié du nombre total d'habitants d'une province dont les lacs occupent un sixième du territoire et lui assurent une importante industrie de la pêche en eau douce. Avec l'Alberta, ces deux provinces constituent les Prairies, une région où l'agriculture constitue la base de l'économie.
Outre sa réputation de "grenier du monde", la Saskatchewan se positionne comme second plus grand producteur canadien de pétrole - et troisième pour le gaz. Les deux provinces développent par ailleurs de plus en plus les biotechnologies, spécialement appliquées aux plantes. Et les avantages fiscaux (plus bas taux d'imposition de l'Ouest canadien sur les revenus des sociétés des secteurs de la fabrication et transformation) offerts par la Saskatchewan contribuent évidemment à sa diversification et dynamique industrielles. Une dynamique qui passe notamment par la présence de grands instruments de très haute technologie.
Un grand instrument en effervescence
Situé sur le campus de l'université de la Saskatchewan à Saskatoon, le Centre canadien de rayonnement synchrotron (CCRS), ou Canadian Light Source (CLS), représente l'un des plus grands projets scientifiques canadiens (voir "Rayonnement synchrotron : mode d'emploi" en fin d'article). Opérationnel en 2005, son fonctionnement précède ainsi d'un an celui de son homologue français du plateau de Saclay, le synchrotron SOLEIL. Or, désormais, depuis l'accord d'octobre dernier, ces deux synchrotrons de dernière génération coopèrent en vue de mutualiser leurs expériences et savoir-faire technique respectifs. Ainsi, notamment, "des ingénieurs du CLS pourraient, grâce à des aides éventuelles, venir se former à SOLEIL" déclare Denis Raoux, directeur du synchrotron parisien. Le CLS, aux équipes formées dans les meilleurs synchrotrons mondiaux, est en effet très demandeur des fortes compétences de SOLEIL dans le domaine de l'optique des rayons X. Ainsi, pour l'heure, l'accord couvre le partage d'expertise, en faveur du CCRS, sur l'optique et les dispositifs d'insertion. Ces dispositifs consistent en réseaux serrés d'aimants induisant la production de rayons X superbrillants, permettant ainsi une descente plus fine dans la matière. La collaboration ouvre alors la voix à de nouvelles opportunités de découvertes.
Par ailleurs, dans le domaine médical où souhaitent progresser les deux partenaires, la complémentarité de leurs compétences pourrait s'illustrer par le "développement de l'imagerie cellulaire sur SOLEIL et le traitement thérapeutique au CLS". Et, alors que le CLS ne disposera d'installations opérationnelles dédiées au domaine médical que dans quelques années, des chercheurs s'y préparent en étudiant notamment, par rayons X, des modèles animaux de maladies neurologiques. Par ailleurs, le récent Institut d'innovation des aliments de l'université de la Saskatchewan collabore avec le CCRS pour comprendre, à la demande d'industriels, l'effet des process sur la qualité des nutriments.
Les plantes, piliers de la bioéconomie
Pour développer et étendre davantage ses activités en agrobiologie - qui font sa grande réputation internationale - Saskatoon dispose d'un organisme coupole, Ag-West Bio. Chef de file de la grappe technologique de Saskatoon, qui compte l'Institut de biologie des plantes (IBP) du Conseil national de recherche du Canada comme cheville ouvrière, comme de la dynamique bioéconomique de la Saskatchewan tout entière, Ag-West Bio soutient les efforts locaux dans le domaine, en pleine expansion, des aliments fonctionnels, de la nutraceutique comme des bioproduits (biotechnologies blanches). Saskatoon, avec son université de la Saskatchewan, représente en effet un pôle unique du développement et de la diversification agrobiologique canadienne avec une soixantaine d'entreprises locales engagées dans les biotechnologies agricoles (dont la génomique et, avec Targeted Growth, le contrôle du développement des plantes). Ag-West Bio intervient alors comme catalyseur de partenariats et de croissance industrielle par le truchement notamment d'investissements et d'assistance au montage d'alliances stratégiques. Objectif : valoriser les savoir-faire de la Saskatchewan dans les produits d'origine agricole pour les convertir en produits commercialisables à haute valeur ajoutée. D'ailleurs, concrétisant cette démarche, l'IBP a récemment inauguré le Centre de commercialisation BioAccess.
D'autre part, organisé par Ag-West Bio en février dernier, l'atelier Plant Bio-Industrial Oils tenu à Saskatoon comptait un intervenant français : Stéphane Guilbert, directeur de l'unité Inra - Ensam (Ecole nationale supérieure agronomique de Montpellier) spécialisée dans les technologies des céréales et des agropolymères, un laboratoire par ailleurs spécialisé dans le cracking des agroressources - détenteur du brevet du blé Ebly notamment. Lors de l'atelier, Stéphane Guilbert a présenté la valorisation des protéines des tourteaux de plantes oléagineuses en bioplastiques pour l'alimentaire. Ces bioplastiques présentent des qualités notamment d'emballages actifs (par libération de composés volatils antibactériens) ou maîtrisant les échanges gazeux avec l'aliment. "Des collaborations avec AG-West Bio pourraient s'instaurer sur ce sujet" observe Stéphane Guilbert. De son côté, l'IBP déclare qu'il serait "très heureux de discuter des opportunités potentielles de partenariats, pour le moment inexistant, avec la France".
Manitoba et Saskatoon, facilitateurs d'innovations alimentaires
Société subsidiaire de l'université du Manitoba, installée sur son campus, Smartpark Development Corporation vise au développement d'une "communauté d'innovateurs" au Manitoba. Elle tient un rôle de facilitateur de collaborations dans le domaine de la recherche, entre industrie et université, et de création de cluster de hautes technologies. Le dynamique vertueuse soutenue par cette société, notamment dans les domaines des biotechnologies et de la nutrition, devrait également permettre d'attirer et fixer les étudiants et chercheurs originaires de Winnipeg et du Manitoba. Dans le domaine de la nutrition, Smartpark a lancé, en mai 2006, le Richardson Centre for functionnal Foods and Nutraceuticals. Et le Richardson Centre a notamment développé, l'an dernier, des collaborations avec Danone en vue du développement d'un yaourt qui permettrait de contrôler le cholestérol. Aussi, une société locale collabore avec le Centre pour développer un produit au soja préservant la prostate. Smartpark impulse donc autour du Richardson Centre une dynamique d'entreprise et d'innovations axée sur l'attraction tant de grands groupes internationaux que de (jeunes) sociétés régionales.
Dans cette même optique d'innovation et entreprise, l'Institut de biologie des plantes de Saskatoon gère une installation de partenariat industriel (IPI). Cette IPI donne accès à ses laboratoires et équipements (dont un séquenceur d'ADN) aux entreprises de la grappe technologique de Saskatoon, leur évitant ainsi d'importants investissements en matériel. Par ailleurs, l'IPI, aux installations aujourd'hui occupées à 97%, héberge actuellement cinq entreprises en incubation. Parmi elles, Agrisoma Biosciences Inc. et Bioriginal Food and Science Corporation qui travaillent au développement respectivement de chromosomes artificiels de plantes et de nutraceutiques et aliments fonctionnels (voir "La jeunesse en camp d'entreprise" ci-contre).
La recherche pétrolière bénéficie au climat
A Saskatoon se développent des activités d'envergure mondiale en biotechnologies et sciences du vivant. Pour sa part, Regina dispose, sur son campus universitaire, d'un organisme à la pointe des travaux de R&D mondiaux en récupération améliorée de pétrole (RAP) : le Centre de recherche sur la technologie pétrolière (CRTP). Société privée sans but lucratif, portée conjointement notamment par l'université de Régina et Ressources naturelles Canada (RNCan), elle vise spécialement l'exploitation améliorée des ressources fossiles tout en tenant compte de leurs effets environnementaux. Ainsi, le gisement pétrolifère de Weyburn, dans la région Sud-Est de la Saskatchewan, abrite, depuis 2002, un projet pilote au niveau mondial. Ce projet de l'Agence internationale de l'énergie, aux recherches coordonnées par le CRTP, tendra à démontrer, d'ici à 2010, la viabilité économique de la RAP par l'injection de CO2 couplée à son stockage géologique. Ce stockage, précédé par un captage, constitue l'une des solutions les plus prometteuses en matière de réduction mondiale de ce gaz à effet de serre. Il s'agit également de démontrer l'acceptation sociale et le caractère respectueux de l'environnement de ce projet, vitrine mondiale des solutions visant à réduire l'impact des activités humaines sur le réchauffement climatique. Sur le plan économique, le projet vise à la récupération de 130 millions de barils de pétrole supplémentaires sur 30 ans.
A noter que le projet européen Weyburn se consacra à ce projet et que Total participe à l'injection de CO2 dans ce champs pétrolifère. Par ailleurs, pour accroître l'expertise acquise par son CRTP, le parc de recherche de Régina s'appuie sur son Centre international d'essai pour la capture du gaz carbonique (CIECGC) et son Centre de technologie sur les gaz à effet de serre (CTGES). Le premier compte spécialement une usine de démonstration de taille pré commerciale (hors campus) et une usine pilote. De telles infrastructures de recherche visent à offrir une masse critique d'expertises et savoir-faire pour relever les défis que constituent les objectifs du protocole de Kyoto au moins.
Le point sur :
Rayonnement synchrotron : mode d'emploi
Propulsés d'un accélérateur linéaire ou LINAC, des paquets d'électrons passent dans le booster, préinjecteur circulaire. Ce dernier les injecte à son tour dans l'anneau de stockage (260 mètres de circonférence pour SOLEIL contre 170 m pour le CCRS) où ils tournent à une vitesse relativiste sous l'effet de champs magnétiques intenses.
L'énergie nominale du CCRS, de 2,9 GeV, est légèrement supérieure à celle de SOLEIL. Les synchrotrons de nouvelle génération (comme le CCRS et SOLEIL), plus performants, se caractérisent par de très petites tailles de faisceaux (quelques dizaines de microns) et un grand nombre de dispositifs d'accélération composés d'aimants onduleurs.
En perturbant la course des électrons, ces aimants provoquent l'émission de photons de très grande brillance, très supérieure à celle du soleil, aussitôt canalisés vers les "lignes de lumière". D'une vingtaine de mètres de longueur, équipés de dispositifs optiques de sélection des longueurs d'ondes (donc des énergies), ces "canaux à photons" comprennent les stations de travail, équipées en particulier de microscopes et détecteurs de photons, où se réalisent les expérimentations. Des stations accessibles aux industriels.
Pour en savoir plus :
- Centre canadien de rayonnement synchrotron, http://www.lightsource.ca - Ag-West Bio, http://www.agwest.sk.ca - Conseil de la coopération de la Saskatchewan (CCS), http://www.ccs-sk.ca d'expertises et savoir-faire pour relever les défis que constituent les objectifs du protocole de Kyoto au moins.