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Technologies Internationales 134  >>  1/05/2007

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Nucléaire

L'Italie en sommeil

http://www.bulletins-electroniques.com/ti/134_05.htm

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Malgré une forte dépendance vis-à-vis des énergies fossiles pour la production d'électricité, l'Italie ne semble pas favorable à la relance du nucléaire. Pourtant, les compétences, en sommeil, restent vivaces.

Cet article a été préparé par Willy Marante à partir du rapport "Le nucléaire en Italie : état des lieux" réalisé par Fabio Shifano et Tiffany Ziller, du service pour la Science et la Technologie de l'ambassade de France en Italie, que nous remercions pour leur collaboration.
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Envolée des prix des énergies fossiles, crise des ressources énergétiques, réchauffement climatique, et pour arranger le tout, une demande énergétique mondiale qui doit augmenter de 40% au cours des vingt prochaines années, selon le Conseil mondial de l'énergie... les états développés repensent leur bouquet énergétique. Objectif : faire face aux difficultés d'approvisionnement, tout en préservant l'environnement. Dans ce nouveau contexte mondial, l'énergie nucléaire se trouve une nouvelle respectabilité et certains pays qui s'étaient prononcés pour son abandon reviennent sur leur position. L'Italie, où le kWh est le plus cher d'Europe, dépend à 80% des énergies fossiles pour sa production d'électricité. Cette situation est préoccupante dans une Europe qui réduit sa part d'hydrocarbures dans la production d'électricité (2% pour la France et 3% pour la Suède). Coup de projecteur sur la situation historique de ce pays où la question d'une relance du nucléaire reste en suspens.

1986. Tchernobyl. Au lendemain de la catastrophe, l'Italie entame un tournant en matière de politique énergétique. Suite à un référendum, en 1987, elle devient le seul pays industriel à fermer définitivement ses installations nucléaires, et ce, malgré un bon niveau de sûreté. La communauté scientifique italienne et les industriels lors de la Conférence nationale de l'énergie de 1987 plaident pour une solution moins drastique. Les voies alternatives pour réduire la dépendance vis-à-vis des hydrocarbures sont loin d'être évidentes, mais le Gouvernement épouse la thèse environnementaliste selon laquelle la fission nucléaire peut être remplacée par le charbon et l'utilisation d'énergies renouvelables.

Industries, universités, centres de recherche : les activités périclitent, le dernier réacteur ferme en 1990. Aujourd'hui, les importations d'énergie (pétrole, gaz naturel et énergie électrique) correspondent à une perte financière annuelle d'environ 30 millions d'euros.


Troisième mondial dans les années 1960

L'Italie importe l'énergie électrique sous forme nucléaire à hauteur de 15 à 18% de la demande totale du pays. Le coût moyen du kWh italien s'élève à 1,6 fois celui de l'Europe, 2 fois celui de la France. Ce contexte actuel est en grande partie le fruit de l'arrêt du programme nucléaire italien. Par ailleurs, la gestion du cycle des déchets nucléaires en Italie fait l'objet d'un grand débat et l'éventuel site unique national de stockage n'a toujours pas été identifié.

Retour sur l'histoire : à la fin des années 1950, les sociétés d'électricité se lancent dans un programme de production d'énergie électrique nucléaire, une initiative privée, non liée au Gouvernement italien. Ce programme prévoit la construction de plusieurs centrales nucléaires grâce au soutien de sociétés anglaises et américaines leaders, en collaboration avec le Comité national pour l'énergie nucléaire (CNEN). L'Italie est alors le deuxième pays à construire des centrales nucléaires en Europe occidentale, après la Grande-Bretagne.

En fondant Agip Nucleare en 1957, Enrico Mattei pensait déjà à une stratégie de diversification des sources énergétiques. Il lance alors la construction de la centrale de Latina (Latium) en octobre 1958, connectée au réseau électrique national en mai 1963. En novembre 1959, les travaux d'une deuxième centrale près de Caserta (Campanie), nommée Garigliano, commencent. Elle sera opérationnelle en janvier 1954. A Trino Vercellese (Piémont), la société société électronucléaire italienne (SENI), filiale d'Edison, commande une centrale nucléaire de type "réacteur à eau pressurisée" (PWR) à la société américaine Westinghouse. Démarrage en octobre 1964. C'est ainsi qu'au début des années soixante, l'Italie est alors le troisième pays au monde derrière les Etats-Unis et la Grande-Bretagne (URSS exclue) à disposer non seulement de centrales opérationnelles, mais surtout de compétences et de technologies capables d'assurer la construction de l'intégralité d'une centrale nucléaire de façon autonome, et par conséquent de s'ouvrir rapidement au marché mondial.

Des compétences en sommeil

Pendant ce temps, le scénario politique italien commence à changer. La production d'énergie électrique est nationalisée grâce à la création de la société nationale ENEL (Ente Nazionale per l'Energia Elettrica), qui absorbe les installations nucléaires des sociétés privées et annonce un vaste programme nucléaire pour une puissance installée de 13.000 MWe à l'horizon 1980. En 1974, après la guerre du Kippour et la crise pétrolière, l'intérêt national pour le nucléaire ressurgit. Le ministère de l'Industrie approuve alors le premier plan national énergétique. Basé en grande partie sur le nucléaire : il prévoit pour 1990 vingt nouvelles centrales qui permettent de couvrir 64% de la demande d'électricité.

En 1976, l'agglomération de Montalto di Castro est sélectionnée pour accueillir deux nouveaux réacteurs. La construction de la cinquième centrale commence en février 1979, mais de nouveaux éléments défavorables vont freiner l'initiative : l'incident de la centrale américaine de Three Mile Island, d'abord, et la contestation de nombreux mouvements environnementalistes. Dans les années 1980, l'option nucléaire devient un des thèmes politiques les plus controversés. Certains hommes politiques estiment qu'il serait préférable de mettre un terme à toute activité nucléaire, malgré les engagements du plan énergétique. L'année 1986 arrive, avec l'accident à Tchernobyl. Le référendum de 1987 et l'arrêt des centrales italiennes n'empêchent pas les activités de recherche sur le nucléaire. Les fonds alloués à la recherche viennent essentiellement de l'Union européenne par l'intermédiaire de son programme EURATOM et du ministère de l'Université et de la Recherche.

Le projet MARS (Multipurpose Advanced Reactor "inherently" Safe) de l'université La Sapienza de Rome, par exemple, prévoit un réacteur modéré et refroidi par de l'eau légère sous pression (PWR) de 170 MW. L'intérêt principal du réacteur MARS réside dans son extrême sécurité. Il peut s'intégrer dans une zone à haute densité de population ou en voie de développement. Par ailleurs, les innovations de ce réacteur permettent sa rapidité de construction limitant les coûts de réalisation et la production de déchets radioactifs.

D'autres projets européens mobilisent également les forces vives du nucléaire italien. Le projet ADS (Accelerator Driven System), basé sur une idée du prix Nobel de physique Carlo Rubbia, a pour but de vérifier la faisabilité industrielle d'un réacteur rapide destiné à l'incinération des produits de fission à longue durée de vie, en particulier les actinides. L'installation est un système hybride constitué d'un réacteur couplé à un accélérateur de protons.

Soutien appuyé de l'Union européenne

Le groupe de travail européen TWG (Technical Working Group) constitué d'experts autrichiens, belges, finlandais, français, allemands, portugais, espagnol et suédois, a présenté plusieurs projets au programme EURATOM pour un financement total de 2,2 millions d'euros. L'initiative lancée initialement par le ministère de l'Université et de la Recherche italien est devenue une initiative européenne et constitue, avec l'étude relative au stockage géologique des déchets radioactifs, une des solutions au problème des déchets à haute radioactivité de longue durée.

Enfin, EURISOL est un projet européen concernant la nouvelle génération d'équipements produisant des faisceaux d'ions radioactifs basés sur la méthode ISOL (Isotope Separation On-Line). EURISOL permettra de fournir des faisceaux d'ions radioactifs pour la physique nucléaire, l'astrophysique nucléaire et la science des matériaux, et ceci avec des intensités de plusieurs ordres de grandeur supérieures aux capacités des machines existantes. L'Italie y participe par l'intermédiaire de l'Institut national de physique nucléaire de Rome.

Au delà des frontières de l'Europe, le projet IRIS (International Reactor Innovative and Secure) (2005-2015), initié par les américains, est caractérisé par un réacteur à eau pressurisée (PWR) modulaire : tous les composants principaux (pompe, générateur de vapeur, compresseur et unité de contrôle) sont contenus dans une enceinte sous pression. Cette configuration du système permet d'éliminer les grandes tuyauteries et par conséquent de réduire le volume de l'installation, ce qui entraîne une amélioration de la sûreté et une réduction des coûts de construction. Il est prévu, à court terme, la réalisation d'un réacteur prototype de 335 MW. Le consortium IRIS, coordonné par la Westinghouse, est composé d'industries (Westinghouse, Ansaldo, Ansaldo Camozzi, BNFL, Bechtel, ENSA, Nuclep, OKBM), de centres de recherche, d'universités (MIT, TIT, Politecnico de Milan et de Turin, universités de Pise, de Rome et de Zagreb) et de producteurs d'électricité de dix pays.

Les industries italiennes tiennent un rôle important dans le projet. En effet, Ansaldo et Ansaldo-Camozzi réalisent des activités sur l'étude de planification, d'expérimentation et de réalisation du générateur de vapeur modulaire. Les autres partenaires italiens, notamment les universités, sont quant à eux impliqués dans les thèmes suivants : les systèmes de contrôle, le traitement des déchets radioactifs et l'utilisation du réacteur pour d'autres applications, telles que le dessalement de l'eau de mer ou la cogénération.

Malgré l'arrêt de la production italienne d'énergie électronucléaire, certaines universités disposent donc aujourd'hui encore de cours d'ingénierie nucléaire, Politecnico de Milan, Politecnico de Turin, ou encore les universités de Palerme, de Pise et de Rome. Ces universités s'intéressent plus particulièrement aux disciplines suivantes : physique du réacteur, thermohydraulique des installations nucléaires, radioprotection, construction nucléaire, sécurité des centrales nucléaires, technologies et matériaux nucléaires, cycle du combustible, désactivation des centrales, etc.

En 1994, le CIRTEN (Consorzio Interuniversitario per la Ricerca Tecnologica Nucleare) a été constitué par les écoles Politecnico de Milan et de Turin et les cités ci-dessus. Il a pour but de favoriser la collaboration des activités de recherche scientifique au niveau national, et d'organiser l'intégration des universités dans les initiatives européennes et internationales dans le domaine de l'enseignement de l'ingénierie nucléaire.

Des politiques peu enthousiastes

Parmi ces initiatives internationales, trois sont d'importance première : le réseau européen pour l'enseignement de l'ingénierie nucléaire ENEN (European Nuclear Education Network), qui a pour but de maintenir et de mettre à jour les compétences dans le domaine de l'ingénierie nucléaire au niveau européen, le projet NEPTUNO (plateforme européenne des organisations de formation dans le secteur nucléaire), qui vise l'interaction et la coordination entre le monde industriel et la communauté scientifique dans le domaine du nucléaire et, enfin, la World Nuclear University, fondée à Londres en 2003, a pour but de constituer un réseau mondial des organisations de formation et de recherche scientifique dans le secteur de l'énergie nucléaire.

Dans la situation difficile qui caractérise actuellement le nucléaire en Italie, les universités, centres de recherche et l'industrie italienne - par le biais d'activités certes réduites par rapport au passé - cherchent à éviter la dispersion des compétences en maintenant niveau significatif de connaissances dans le domaine nucléaire.

En juillet 2006, le ministre de l'Economie a précisé que le Gouvernement n'avait pas l'intention de relancer le nucléaire en Italie. L'option nucléaire, selon lui, ne présente pas un rapport coût sur bénéfice satisfaisant. Le Gouvernement a toutefois l'intention de favoriser la participation du pays à des projets de recherche nationaux et étrangers, afin de développer des compétences dans ce secteur. Le centre-droit se veut favorable au nucléaire, mais le Gouvernement Berlusconi n'a jamais pris une décision concrète. En novembre 2005, pourtant, la ministre de l'Industrie, Claudia Scajola, avait annoncé que la relance du nucléaire serait dans le programme du centre-droit pour la prochaine élection afin de récupérer le retard sur les autres pays industrialisés.

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Origine : Technologies Internationales 134 (1/05/2007 ) - ADIT - http://www.bulletins-electroniques.com/ti/134_05.htm
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