Le développement des coopérations franco-brésiliennes permet la mise en place de doubles diplômes pour les meilleurs étudiants. Ceux-ci en retirent de nombreux avantages tant sur le plan professionnel que personnel.
Cet article a été préparé par Marie-Liesse Delamaire à partir du rapport "La mise en place de doubles diplômes franco-brésiliens" réalisé par Maxence Motte, Halumi T. Takahashi et Elise Guerrero, du service pour la Science et la Technologie de l'ambassade de France au Brésil, que nous remercions pour leur collaboration.
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Mis en place au début des années 2000, les doubles diplômes ou diplômes conjoints franco-brésiliens reposent sur une réelle volonté de faciliter et de renforcer la coopération internationale. Aujourd'hui, soixante-dix doubles diplômes illustrent la volonté de treize institutions brésiliennes et de trente-huit institutions françaises de développer des échanges intellectuels et culturels dans le domaine de l'enseignement supérieur. Pour attirer des étudiants de plus en plus nombreux, ces diplômes allient formation à haute valeur ajoutée et opportunité de découvrir la culture d'un pays étranger.
Les programmes d'échange internationaux et les diplômes qui en découlent permettent aux meilleurs étudiants d'une formation de réaliser une partie de leur cursus dans un établissement partenaire. A l'issue de leur formation initiale, les étudiants sont diplômés des deux institutions scolaires. Outre, la volonté de proposer une formation et un diplôme reconnu, les nombreux retours d'expérience montrent que tant les étudiants que les professeurs ayant eut la chance de participer à un tel programme sont enchantés.
Principes et objectifs du double diplôme
Du point de vue des étudiants, tous s'accordent à reconnaître que ces périodes de formation à l'étranger offrent de nombreux avantages : intérêt professionnel, intérêt linguistique, intérêt culturel, expérience humaine, etc. ainsi que de nombreux débouchés. Pour les universités ou les institutions, il s'agit de proposer une formation de haut niveau aux étudiants. Les premiers retours d'expériences mettent en lumière des résultats et des retombées très favorables pour les établissements et les professeurs engagés dans cette démarche. L'université d'Etat de Campinas (Unicamp) a ainsi mis en place un double diplôme avec les écoles centrales françaises qui semble très porteur, selon le professeur José Roberto de França Arruda : "Les motifs qui ont conduit à la signature du double diplôme sont multiples mais on peut mettre en avant deux points : donner une formation professionnelle de haut niveau aux étudiants et leur permettre d'intégrer une nouvelle culture.
Cette expérience est une aide importante pour se démarquer dans un marché du travail globalisé. Les étudiants sélectionnés, les plus brillants de l'Unicamp, participent en même temps à la diffusion d'une bonne image de leur université à l'international."
Le contexte européen
Initié en 1999, le processus de Bologne est l'élément premier de cette collaboration internationale. A l'origine, il s'agit d'un ensemble de réformes visant à créer un espace européen de l'enseignement supérieur d'ici 2010. L'objectif de cette démarche n'est pas d'uniformiser les systèmes d'enseignement supérieur mais plutôt de faciliter les mutations et la circulation des étudiants et des professeurs d'un système éducatif à un autre. Le processus de Bologne prévoit que l'enseignement supérieur des pays européens devra être organisé de telle sorte qu'il soit facile d'aller d'un pays à un autre pour y poursuivre ses études et que l'attractivité de l'enseignement européen augmente afin qu'un grand nombre de personnes originaires de pays non européens viennent étudier en Europe. Depuis la conférence ministérielle de Berlin en 2003, 45 pays ont rejoint le processus avec le concours de plusieurs organisations internationales.
Aujourd'hui, le dispositif mis en place n'est plus seulement à vocation européenne mais plus globalement à visée mondiale. La reconnaissance d'études faites à l'étranger et l'attribution de diplômes communs font partie de cette démarche. Le 9 juin 2004, le comité de la Convention de Lisbonne a adopté une recommandation sur la reconnaissance des diplômes communs applicable à l'ensemble des Etats signataires. Elle définit le diplôme commun comme une formation d'enseignement supérieur attribuée par deux ou plusieurs établissements, ayant comme base un cursus élaboré et/ou appliqué conjointement, avec éventuellement la participation d'autres organismes. Ce diplôme peut-être délivré comme : un diplôme commun en complément à un ou plusieurs diplômes nationaux ; un diplôme commun délivré par des établissements qui dispensent le programme d'étude, un ou plusieurs diplômes nationaux délivrés officiellement comme la preuve de l'enseignement commun.
La Convention recommande aux autorités de chaque pays de reconnaître les diplômes communs étrangers à moins qu'il n'y ait une différence significative entre celui-ci et la formation correspondante dans le système national. L'application du système européen de transfert de crédit (ECTS) pour faciliter la reconnaissance des diplômes est recommandée. Le principe de ce dispositif est relativement simple. Une convention établit que la charge de travail d'un étudiant à temps plein durant une année d'étude correspond à 60 crédits. Dès lors, les crédits sont attribués à chaque enseignement en fonction de son poids dans la charge de travail annuelle.
La législation française
Anticipant les futures exigences européennes, la France a décidé très tôt d'adapter sa législation afin de permettre la mise en place de doubles diplômes. Ainsi le décret n° 2005-450 du 11 mai 2005 régit la délivrance de diplômes en partenariat avec des instances internationales. Au niveau doctoral, la cotutelle de thèse est régie par l'arrêté du 6 janvier 2005. Le décret du 11 mai 2005 établit qu'à partir du moment où un établissement français a été reconnu comme capable de délivrer un diplôme garanti par l'Etat, il peut dès lors conclure un accord avec un établissement étranger. Si ce dernier délivre un diplôme dans son pays du même niveau et dans le même domaine, les établissements peuvent alors décider d'organiser une formation conjointe et d'ainsi délivrer un diplôme commun.
Le partenariat a pour objectif d'organiser le cursus et la validation du diplôme. Cela se traduit par une convention qui spécifie les modalités de formation, de constitution des équipes pédagogiques, de contrôle des connaissances et de validation afin que celles-ci respectent les exigences de qualité liées aux diplômes français. Concernant la cotutelle de thèse internationale, une grande liberté est laissée aux établissements français pour s'adapter au mieux aux contraintes des institutions partenaires. Le doctorat est entièrement reconnu par la France dès lors que la convention entre les deux établissements garantit la reconnaissance dans le pays partenaire.
Le contexte brésilien
D'un point de vue brésilien, les choses sont un peu plus floues dans la mesure où il n'existe pas de législation spécifique sur le sujet. Les universités reconnues par le ministère de l'Education peuvent librement valider les diplômes et les titres étrangers. Plusieurs conditions doivent cependant être remplies. L'élève doit valider un minimum de 75% des disciplines prévues par le cursus officiel de l'école brésilienne. Les disciplines prises en compte sont celles suivies au Brésil et celles suivies à l'extérieur reconnues par le système d'équivalence des crédits (ECTS).
La liste des différentes matières doit être entièrement validée. L'étudiant doit aussi rendre un travail de fin d'étude et réaliser un stage d'une durée minimale de 160 heures. Enfin, le nombre total d'heures de cours et de laboratoire doit être supérieur ou égal à celles mentionnées dans le programme de l'institution brésilienne. Par contre, aucune exigence n'est stipulée quand au temps passé dans une université brésilienne. Chaque établissement brésilien peut cependant poser ses propres exigences à l'obtention de son diplôme sans qu'il soit possible de s'y opposer.
Les étapes de la création d'un double diplôme
La création d'un double diplôme suit cependant un schéma plus ou moins standard selon les universités. Celui-ci se déroule en 5 étapes principales : Identification du partenaire et rencontres entre les équipes pédagogiques / Comparaison des cursus et des enseignements dispensés / Validation administrative pour entériner les points importants de la collaboration / Sélection et envoi des premiers étudiants / Retour d'expérience des étudiants et délivrance des premiers diplômes.
Identification du partenaire et rencontres entre les équipes pédagogiques : l'objectif de cette première partie est de rencontrer les établissements avec lesquels un partenariat est envisagé. L'élément fondamental dans la mise en place d'un tel dispositif est la confiance réciproque dans la qualité de la formation délivrée par l'autre école.
Les projets de double diplôme sont souvent initiés par un réseau de professeurs, une collaboration historique ou encore un évènement international. Il convient cependant d'évaluer la pertinence de la mise en place d'un double diplôme ainsi que la capacité à mener à bien un projet commun. Dans le cas du Brésil, les équipes françaises et brésiliennes peuvent s'appuyer sur les services de l'ambassade de France au Brésil ou le CenDoTec.
Comparaison des cursus et des enseignements dispensés : Il n'est pas nécessaire que les cursus soient semblables à 100%, un diplôme peut donner droit à 70% de l'autre, l'étudiant aura alors l'obligation de valider les 30% restants pour valider l'ensemble de son diplôme. Les équipes pédagogiques peuvent aussi négocier sur les disciplines enseignées ou encore concernant le parcours des étudiants.
Validation administrative pour entériner les points importants de la collaboration : cette phase est incontournable et primordiale car elle pose les bases d'une coopération claire et précise.
Sélection et envoi des premiers étudiants : Quelle que soient les institutions, toutes ont des critères de sélection très poussés pour n'envoyer que les meilleurs étudiants dans les écoles étrangères partenaires. Le candidat doit aussi s'organiser pour financer au mieux son séjour. Pour cela, plusieurs sources de financement sont possibles : Egide, Capes, bourses Eiffel, programme Brafitec, programme Brafagri, financement privé, etc.
Le retour et la délivrance du diplôme : il est possible de se trouver confronter à quelques difficultés les premières années mais celles-ci sont rapidement aplanies.
Le cas de la cotutelle de thèse est spécifique car il exige la signature d'une convention pour chaque étudiant. Celle-ci doit mentionner précisément les données administratives mais aussi les points de déroulement de la thèse et de la soutenance. L'étudiant doit disposer des diplômes nécessaires lui permettant de s'inscrire dans les deux pays concernés. Il doit faire approuver son sujet de recherche par les deux directeurs de thèse retenus et faire valider son dossier par les deux universités.
Aujourd'hui, le nombre de partenariats montés pour la mise en place de doubles diplômes est en constante augmentation tant sur le plan français que sur le plan brésilien. Au total, environ 400 étudiants sont double diplômés ou en cours de formation dans des établissements.