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Technologies Internationales 135  >>  1/06/2007

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Recherche médicale

Singapour aspire à l'excellence internationale

http://www.bulletins-electroniques.com/ti/135_04.htm

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Pour assurer son développement économique, Singapour mise sur le renforcement de son secteur médical et biopharmaceutique. Sa stratégie implique la conquête d'investisseurs et de chercheurs d'excellence étrangers.

Cet article a été préparé par Arnaud Queyrel à partir du rapport "Singapour : organisation, fonctionnement et perspectives de la recherche biomédicale" réalisé par Antoine Mynard et Adeline Lassaux, du service de Coopération et d'Action culturelle de l'ambassade de France à Singapour, que nous remercions pour leur collaboration.
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Déjà dotée de formidables atouts pour se positionner durablement dans le domaine médical, Singapour doit toutefois améliorer continuellement ses performances. Une amélioration, nécessaire face à la Chine notamment, qui implique en particulier l'attraction de compétences étrangères de premier plan.

Placé juste derrière les Etats-Unis dans le classement international des pays les plus compétitifs - la France n'arrive qu'en 28e position, derrière l'Inde -, Singapour mise en particulier sur les sciences de la vie pour soutenir et accroître toujours plus son développement économique. Sa dynamique, fondée notamment sur l'attraction d'investissements et de compétences étrangers, vise à la positionner comme le centre régional - pour l'Asie du Sud-Est - en biotechnologies.


Cette stratégie, orientée vers un nouveau secteur à la croissance qui s'annonce soutenue, permet surtout de maintenir Singapour - encore - hors d'atteinte concurrentielle de sa voisine chinoise. Quelques chiffres étayent le potentiel de croissance de la cité-Etat et permettent tout à la fois d'appréhender la mesure de ses ambitions : tandis que l'industrie biomédicale singapourienne dans son ensemble générait au total 6 milliards d'euros de revenus (dont 80% issus de l'industrie pharmaceutique) en 2004, le Gouvernement table désormais sur 12 milliards d'euros de revenus à l'horizon 2015. Une prévision calquée sur le doublement similaire de revenus entre les années 2000 à 2005.

Plein emploi pour les chercheurs étrangers

En matière d'emploi, le secteur économique des sciences biomédicales occupe aujourd'hui quelque 7 600 personnes tandis que la recherche biomédicale occupait, en 2005, 20.000 chercheurs. Sur le seul volet biotechnologies - y compris la production de médicaments -, environ cent entreprises généraient un chiffre d'affaires supérieur à 2 milliards d'euros en 2004. Et le secteur connaît une croissance de 10% par an. Les chercheurs se répartissent entre les douze centres de recherche de l'université nationale de Singapour (NUS), l'université technologique de Nanyang (Nanyang Technology University) et le centre Biopolis.

Ce centre regroupe les laboratoires de l'agence pour la science, la technologie et la recherche, l'A*STAR, et ceux du Biomedical Research Council (BMRC) - une entité dédiée de l'A*STAR pour assurer la recherche publique du secteur biomédical. Biopolis héberge également une vingtaine d'entreprises privées. Finalement, le site compte 2.000 chercheurs étrangers - a minima, le Gouvernement préférant, semble-t-il, minimiser ces chiffres - sur un total de 7 600 chercheurs. Parmi eux, Jean-Paul Thierry et Françoise Thierry, deux spécialistes français en biologie du cancer qui ont respectivement quitté l'Institut Curie et l'Institut Pasteur l'un pour créer et l'autre pour diriger un laboratoire à Biopolis.

Ainsi, par une puissante volonté stratégique, Singapour pousse à un fort taux de cosmopolitisme qui se justifie par le souci d'irriguer sa croissance par l'apport de compétences et de savoir- faire extérieurs, à la fois moteurs et carburants de son positionnement international unique. Ainsi, sur Biopolis au moins, le Gouvernement prévoit-il le doublement de ces chiffres dans les dix ans qui viennent, spécialement par l'arrivée de compétences étrangères. Des compétences non seulement issues de la communauté scientifique et de la recherche mais aussi du monde de l'entreprise. Le tout permettra de concourir à accélérer la dynamique de type écosystème de croissance - alliant recherche et entreprises - sur Biopolis.

Les instituts aux avant-postes de la biologie

Cette politique implique des investissements massifs permettant notamment d'alimenter l'attractivité du pôle. D'autre part, sur le volet recherche encore, le bras formation de l'A*STAR, l'A*STAR Graduate Academy, entend former 1.000 doctorants singapouriens d'ici à 2015. Car l'Etat manque singulièrement de docteurs. Formés dans des universités étrangères réputées, sous financement singapourien, ces chercheurs doivent toutefois poursuivre pendant quatre à six ans au moins, par contrat les liant à l'A*STAR, leur carrière à Singapour.

Le BRMC, outre les consortiums qu'il dirige, possède de nombreux instituts dont cinq sur Biopolis. Parmi eux, trois travaillent notamment sur les cellules souches : le Bioprocessing Technology Institute - avec une orientation vers les thérapies cellulaires -, l'Institut du génôme de Singapour et l'Institut de bioinformatique. Ces deux derniers instituts travaillent aussi, tout comme l'Institut de biologie cellulaire et moléculaire - aussi dédié aux maladies infectieuses -, sur la biologie du cancer.

Sur le volet purement technologique, tandis que l'Institut du génome exploite les techniques de séquençage à haut débit et les biopuces, l'Institut de bioingénierie et de nanotechnologie a vocation même de développer ces derniers outils. Il oriente aussi ses travaux vers l'imagerie médicale et les organes artificiels.

A noter que le professeur Philippe Kourilsky, ancien directeur de l'Institut Pasteur, est membre du conseil scientifique international du BRMC. Et Philippe Kourislky, qui préside par ailleurs le réseau d'immunologie de Singapour, organisait début mai un atelier permettant à une vingtaine d'immunologistes français de rencontrer leurs homologues singapouriens.

L'A*Star possède aussi une série d'autres instituts appelés à renforcer son positionnement en sciences du vivant. Ainsi, le Centre de médecine moléculaire, créé en 2004, a vocation de passerelle entre la recherche médicale et ses applications cliniques. Ses principaux axes actuels de recherche - amenée toutefois à se réorienter vers les mécanismes sous-jacents aux maladies - sont notamment la médecine régénératrice et la génétique. Trois nouveaux instituts existent aussi désormais, dont le centre de thérapeutiques expérimentales. En outre, il faut mentionner un institut privé indépendant de l'A*Star : le Temasek Life Sciences Laboratory, à but non lucratif, balayant de vastes champs de la biologie humaine.

Les bras stratégiques de Singapour

A côté de la source de financements de l'A*STAR existe également celle de la Fondation nationale pour la recherche NRF (National Research Foundation). Cette fondation, créée en janvier 2006, dispose en effet d'une enveloppe de 2,5 milliards d'euros à répartir jusqu'en 2010. La stratégie essentielle de cette fondation consiste à entraîner des acteurs économiques, tant nationaux que mondiaux, à investir dans des activités innovantes décisives pour le positionnement concurrentiel durable de Singapour. A ce titre, les sciences médicales constituent l'une des priorités d'investissements et bénéficient ainsi d'une dotation de 500 millions d'euros. Ces financements visent plus précisément au développement des travaux en recherche clinique et l'oncologie.

Dans le détail programmatique, la NRF déploie actuellement sa stratégie sur trois axes : l'attraction de jeunes chercheurs étrangers aptes à fonder une équipe de recherche aux projets novateurs (laissés à la liberté du candidat), le recrutement de cliniciens (chercheurs) et l'exploration, par de nouvelles approches, de cinq familles de pathologies dont le cancer et les neurosciences.

Le premier angle d'attaque, doté de 80 millions d'euros, consiste à attirer soixante-dix jeunes chercheurs internationaux à fort potentiel. Ces derniers - probablement, au regard du contexte singapourien, pour l'essentiel issus des sciences de la vie - bénéficieront d'un soutien de cinq à six ans pour accomplir les objectifs fixés par la Fondation. Le BMS a amorcé le second volet, le recrutement, dès février dernier. Chaque chercheur sélectionné disposera d'un budget individuel annuel - salaire compris -, sur cinq ans, légèrement supérieur au million d'euros - pour la fourchette haute.

Dans la même optique stratégique, le Bureau de développement économique EDB (Economic Development Board) a pour mission d'irriguer Singapour de capitaux et d'investissements étrangers, notamment par une politique commerciale très proactive de démarchage auprès d'industriels et d'investisseurs potentiels en recherche et développement. Cette agence dispose elle aussi d'un bras spécifique aux sciences de la vie : le Biomedical Sciences Group. Elle travaille également à attirer à Singapour des établissements d'enseignements supérieurs soit orientés - secteur biomédical - ou jouissant d'une forte notoriété mondiale en formation commerciale particulièrement comme l'Ecole supérieure des sciences économiques et sociales (Essec, Paris).

Singapour, vitrine des essais cliniques

Institut nouvellement créé, l'Institut des sciences cliniques de Singapour vise, comme son nom l'indique, à mettre en place des essais cliniques en s'appuyant sur de nouvelles technologies et méthodologies. L'Institut démarrera dans un premier temps avec trois programmes : le premier dédié aux maladies métaboliques, le second aux maladies hépatiques infectieuses et le dernier à la médecine génétique. La création de ce nouvel Institut ne doit évidemment rien au hasard. En effet, Singapour dispose d'infrastructures médicales nombreuses, de premier plan, animées par des équipes de spécialistes internationaux qui drainent des patients du monde entier (Indonésie - plus de la moitié -, Malaisie, Etats-Unis, Grande-Bretagne, Japon).

En chiffres : les vingt-six hôpitaux, publics et privés, et les six centres de soins spécialisés ont accueilli, en 2005, 374.000 patients étrangers. Soit une augmentation de 17% par rapport à 2004. Les prévisions pour 2012 tablent sur 1 million de patients. Et cette importance de patients étrangers amène les plus grands groupes pharmaceutiques mondiaux à y organiser des essais cliniques. En effet, ils trouvent dans les hôpitaux singapouriens une population multiethnique qui permet de répondre idéalement aux critères de ces essais. Cependant, un second facteur contribue à positionner Singapour comme plate-forme mondiale d'essais cliniques et conditionne la venue des grands groupes : la fiabilité des partenaires médicaux locaux. C'est ainsi que, depuis deux ans, l'autorité administrative en charge des agréments à Singapour a émis deux cent certificats de tests cliniques.

Le Cancer Therapeutics Research Group, installé à Singapour, constitue un appui de poids aux essais cliniques. Ce groupe de coopération et d'études sur les essais cliniques rassemble des partenaires comme l'université Chinoise de Hong-Kong, l'université de Sydney et le centre médical international Johns Hopkins de Singapour. Aussi, dans ce contexte, les plus grandes entreprises internationales biopharmaceutiques ont-elles installé à Singapour des centres de coordination d'essais cliniques : parmi elles, AstraZeneka, GSK et Sanofi-Aventis. GSK dispose pour sa part de sa propre unité qui a piloté, en 2005, un test impliquant 9.000 personnes. Cet essai, premier du genre à Singapour par sa taille en particulier, a renforcé encore l'image d'excellence de Singapour en biomédecine. Une image qu'elle doit désormais améliorer dans le domaine du transfert de la recherche fondamentale à la recherche appliquée comme les essais cliniques.

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Pour en savoir plus :

- A*Star (Agence pour la science, la technologie et la recherche), http://www.a-star.edu.sg
- EDB (Economic Development Board), http://www.edb.gouv.sg
- HSA (Health Science Authority), http://www.has.gov.sg
- ICBC (International Cancer Biomarker Consortium), http://www.fhcrc.org/science/international_biomarker
- IPOS (Intellectual Property Office Singapore), http://www.ipos.gov.sg
- JTC (Jurong Town Corporation), http://www.jtc.gov.sg
- MerLion, http://www.merlionpharma.com
- Les ministères de l'Education (http://www.moe.gov.sg), de la Santé (http://www.moh.gov.sg) et du Commerce et de l'Industrie (http://www.mti.gov.sg)
- NRF (Fondation nationale de la recherche), http://www.nrf.gov.sg
- SBIC (Singapore Bioimaging Consortium), http://www.sbic.a-star.edu.sg/index.php
- SCS (Singapore Cancer Syndicate), http://www.scs.a-star.edu.sg
- SSCC (Singapore Stem Cell Consortium), http://www.stemcell.edu.sg
- Singvax, http://www.singvax.com
- S*Bi, http://www.sbio.com la recherche fondamentale à la recherche appliquée comme les essais cliniques.

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Origine : Technologies Internationales 135 (1/06/2007 ) - ADIT - http://www.bulletins-electroniques.com/ti/135_04.htm
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