Le Royaume-Uni énonce sa stratégie internationale en matière de R&D, qui s'articule autour de quatre axes : recherche, innovation, influence et développement.
Cet article a été préparé par Eric Werner à partir du rapport "Le Royaume-Uni énonce sa stratégie internationale pour la R&D" réalisé par Anne Prost, du service pour la Science et la Technologie de l'ambassade de France au Royaume-Uni, que nous remercions pour sa collaboration.
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Focus :
Le Global Science and Innovation Forum
Créé en 2005 suite à la publication du rapport Science and Innovation Framework 2004-2014, le Global Science and Innovation Forum (GSIF) est chargé du développement et de la mise en oeuvre d'une stratégie nationale pour la participation du Royaume-Uni à la R&D à l'échelle internationale.
Le mandat confi é au GSIF se décline en quatre points. Il consiste à assurer :
- l'excellence en recherche ;
- l'excellence en innovation ;
- l'utilisation de la recherche et de l'innovation pour accroître l'influence internationale du Royaume-Uni ;
- l'utilisation de la recherche et de l'innovation pour atteindre les objectifs internationaux de développement.
Le GISF rassemble les principaux acteurs britanniques de la promotion de la R&D internationale :
- l'Office of Science and Innovation (OSI) ;
- la UK Trade and Investment (UKTI), l'organisation gouvernementale qui appuie les sociétés britanniques exerçant leurs activités au niveau international et les entreprises étrangères qui cherchent à s'installer ou à s'étendre au Royaume-Uni ;
- le ministère des Affaires étrangères (FCO) ;
- le ministère de l'Environnement, de l'Alimentation et des Affaires rurales (Defra) ;
- le ministère de la Coopération (DFID) ;
- le ministère de l'Education (DfES) ;
- le British Council, l'agence britannique internationale chargée des échanges éducatifs et des relations culturelles ;
- la Royal Society, l'Académie des sciences britannique ;
- le Research Council UK, qui coordonne les activités conduites par les différents conseils de recherche.
Le GISF est présidé par Sir David King, conseiller scientifique du Premier ministre britannique.
Glossaire :
[1] Eurêka : programme intergouverne- mental associant 36 pays européens ou associés et la Communauté européenne, et ayant pour objectif de promouvoir la coopération entre les entreprises euro- péennes et les instituts de recherche, dans le cadre de projets de R&D.
[2] G8 : le groupe des Huit, ou G8, est une coalition de huit pays les plus industrialisés : Etats-Unis, Japon, Allemagne, Royaume-Uni, France, Italie, Canada, et Russie.
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Le Royaume-Uni a défini en fin 2006 sa stratégie pour un engagement international en R&D. Parmi ses objectifs : établir des liens bilatéraux étroits avec les nations à fort développement scientifique, inciter les entreprises britanniques à s'internationaliser, attirer des investissements internationaux en R&D industrielle, mais aussi s'appuyer sur la science pour soutenir la politique étrangère, influencer l'opinion internationale et apporter une aide au développement.
La prospérité future du Royaume-Uni dépendra de la façon dont il saura s'accommoder d'une économie globale fondée sur la connaissance, toujours en évolution et hautement compétitive. Telle est la conviction du Gouvernement britannique, qui considère également que la science et l'innovation forment les pierres angulaires de la stratégie à mettre en oeuvre en réponse à ces défis. En juillet 2004, le Gouvernement publiait ainsi un plan à dix ans intitulé UK Science and Innovation Framework, fixant notamment un objectif de dépenses de R&D équivalant à 2,5% du PIB à l'horizon 2014. Si ce texte admet que cet objectif est conditionné par une augmentation des financements publics de R&D complétés par des investissements issus du secteur privé, il estime également qu'il dépendra de la compétitivité du pays sur la scène internationale, en matière d'investissements de recherche.
Dans ce cadre, le Gouvernement souhaite que "le Royaume-Uni soit un partenaire de choix pour les entreprises globales cherchant à implanter leur R&D et pour les entreprises étrangères recherchant des collaborations avec le monde scientifique et les entreprises". A cette fin, il a chargé le Global Science and Innovation Forum (GSIF, voir "Le Global Science and Innovation Forum" ci-contre) de définir une stratégie britannique "pour un engagement international en R&D".
Recherche, innovation, influence et développement
En réponse à cette mission, le GSIF propose, dans son rapport remis en octobre 2006, des orientations stratégiques qui s'articulent autour de quatre axes : recherche, innovation, influence et développement. Pour chacun d'eux, il fixe des objectifs, identifie des pays sur lesquels le Royaume-Uni devra se concentrer pour les atteindre, et formule des recommandations concrètes. La stratégie internationale formulée pour la recherche repose sur deux objectifs. Il s'agit de maintenir l'excellence de la recherche britannique, et de s'assurer également que les chercheurs auront accès aux meilleures avancées scientifiques mondiales, en tissant des liens stratégiques avec les nations à fort développement scientifique.
Aussi le GSIF a-t-il choisi de se focaliser d'une part sur les pays pour lesquels une analyse bibliométrique des articles et citations publiés dans les revues scientifiques les plus prestigieuses fait apparaître une recherche productive et de qualité, et d'autre part sur les économies émergentes dont les activités scientifiques se développent rapidement en soutien à leur croissance. Ces dernières sont identifiées entre autres sur la base du nombre d'étudiants séjournant à l'étranger et sur leurs dépenses de R&D. Pour atteindre les objectifs fixés, le GSIF décide ainsi de porter l'attention sur l'Australie, le Canada, la Chine, l'Union européenne (UE) considérée dans sa globalité, l'Inde, le Japon, l'Afrique du Sud, la Suisse et les Etats-Unis. Il recommande par ailleurs de simplifier et de rationaliser l'interface entre les programmes d'aide aux collaborations scientifiques et leurs bénéficiaires, en proposant notamment à la communauté scientifique un point d'entrée unique à ces programmes, mais également en favorisant une plus large présence internationale du Research Council UK (RCUK), qui chapeaute les huit conseils de recherche britanniques (ouverture de bureaux à l'étranger ou utilisation de la "marque" RCUK). Il convient de souligner que l'ouverture d'un bureau du RCUK à Pékin a déjà été annoncée pour l'année 2007.
Attirer et suivre les meilleurs chercheurs étrangers
Enfin, bien que le Royaume-Uni soit d'ores et déjà une destination populaire pour les étudiants et chercheurs étrangers, le GSIF invite également la Royal Society - l'Académie britannique des sciences - à établir un nouveau programme de bourses en vue d'attirer les meilleurs chercheurs étrangers. Pour maintenir des liens scientifiques durables avec ces derniers, il appartiendra aussi à la Royal Society de gérer le réseau des anciens boursiers étrangers ayant séjourné au Royaume-Uni, dans lequel seraient également inclus les meilleurs chercheurs financés dans le cadre d'autres programmes britanniques. Sur ce point, le Royaume-Uni souhaite s'inspirer du programme allemand Alexander von Humboldt, qui constitue une initiative exemplaire en termes de gestion des anciens boursiers et d'image de marque.
Sur le plan de l'innovation, la stratégie britannique à l'international est également guidée par deux objectifs : d'une part développer les capacités d'innovation des entreprises britanniques en les aidant à s'internationaliser et à accéder aux résultats scientifiques les plus avancés ; et d'autre part intensifier les efforts de recherche au Royaume-Uni en encourageant les multinationales innovantes à investir dans la R&D sur le sol britannique.
La liste des pays cibles est proche de celle retenue pour la recherche et a été définie sur la base des mêmes critères, auxquels ont été ajoutés des critères de dépenses de capital-risque et de nombre de brevets déposés : Canada, Chine, Union européenne, Inde, Japon, Corée du Sud et Etats-Unis.
Dans la mesure où le GSIF constate que les mécanismes européens ou intergouvernementaux dominent aujourd'hui en termes de promotion de la R&D et de soutien à l'innovation, il recommande au Royaume-Uni de mettre en place des services chargés d'encourager et d'optimiser les participations britanniques, et en particulier des entreprises, au 7e programme cadre européen de recherche et développement (PCRD). Il s'agit par ailleurs de s'assurer que les priorités et besoins britanniques soient bien reflétés dans la mise en oeuvre de ce programme cadre.
En outre, le GSIF propose de renforcer la participation des entreprises britanniques au programme Eurêka [1], en se fondant sur un éventuel soutien nouveau de la Communauté européenne à la participation des petites et moyennes entreprises.
Des partenariats interuniversitaires avec la Chine et l'Inde
Toujours en termes de stratégie internationale pour l'innovation, le GSIF recommande aussi que le Royaume-Uni étende à la Chine et à l'Inde le modèle de partenariat interuniversitaire Science Bridges mis en place en 2005 pour établir des liens entre les universités britanniques et américaines. Une telle initiative consiste à amener les départements britanniques de recherche de classe internationale à soumettre leur candidature pour des financements destinés à soutenir des projets de R&D collaboratifs sur des axes d'innovation communs au Royaume-Uni et à un pays partenaire.
Enfin, reconnaissant que les entreprises multinationales pilotent la R&D mondiale, les partenaires du GSIF affirment également qu'ils s'efforceront d'améliorer, auprès de ces dernières, la visibilité du Royaume-Uni et des propositions britanniques. Pour cela, ils soutiendront l'organisation gouvernementale UK Trade and Investment (UKTI) dans son rôle de coordination intragouvernementale et de promotion de l'excellence britannique en matière de science et d'innovation.
Mais au-delà des objectifs d'excellence en recherche et en innovation, la volonté d'engagement international en R&D du Royaume-Uni a également pour finalité d'accroître son influence sur la scène internationale et d'apporter une aide au développement. Sur ce dernier point, le GSIF proposera toutes ressources scientifiques et technologiques utiles à la conduite de la politique gouvernementale d'aide au développement. Si les pays cibles sont les régions du monde sur lesquelles portent les actions du ministère de la coopération, l'effort déployé par le GSIF sera surtout focalisé sur l'Afrique.
Enfin, sur la question de l'influence, le GSIF constate que nombre de défis politiques auxquels les gouvernements sont confrontés comportent une dimension scientifique forte (changement climatique, sécurité énergétique, épidémie, sécurité alimentaire...). Il défend ainsi une approche stratégique coordonnée pour l'utilisation des connaissances et avancées scientifiques pour soutenir les décisions de politique étrangère ainsi que pour influencer l'opinion internationale.
Dans ce cadre, le GSIF a pris la décision de concentrer son attention sur les pays constitutifs du G8 [2] et de l'Union européenne, auxquels s'ajoutent le Brésil, la Chine et l'Inde. Ce choix a été établi en considérant le poids de ces nations sur la scène internationale ou leur importance pour certaines questions politiques bilatérales.
La science, également moyen d'influence
Le GSIF encouragera le partage des informations au sein du gouvernement afin de soutenir en particulier l'action du réseau science et innovation du Foreign Office (ministère des Affaires étrangères) et de l'ensemble des représentants britanniques dans les pays étrangers. Il préparera par ailleurs des dossiers d'informations à l'attention de ministres ou d'officiels britanniques en visite à l'étranger.
Pour atteindre les différents objectifs visés dans le cadre de sa stratégie internationale pour la R&D, le GSIF souligne également la nécessité de se doter d'un dispositif de coordination entre les membres qui le constituent. En effet, les organismes membres ayant par ailleurs leurs propres objectifs et missions, en dehors de leur implication - d'importance variable - au sein du GSIF, il est important de disposer de moyens permettant de dégager la direction stratégique commune guidant les activités des membres en matière de science et d'innovation à l'international. En particulier, le GSIF recommande de mettre en oeuvre un outil de communication fournissant une vision précise des forces et approches britanniques en matière de collaboration internationale pour la science et l'innovation.
A noter qu'à chaque recommandation du GSIF correspond un membre donné chargé de sa mise en oeuvre, qui sera épaulé en cela par les autres membres. Pour chaque recommandation également, l'état d'avancement en regard des objectifs fixés sera présenté dans les rapports annuels publiés dans le cadre du plan à dix ans pour la science et l'innovation.