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Technologies Internationales 137  >>  1/09/2007

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Politique scientifique

L'Ecosse, territoire d'excellence

http://www.bulletins-electroniques.com/ti/137_04.htm

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L'Ecosse a su développer sa propre approche politique de la recherche et de la science. Priorités claires, vision stratégique, financement et commercialisation de la recherche : des recettes éprouvées pour une recherche intelligente à la maille d'un territoire.

Cet article a été préparé par Willy Marante à partir du rapport "La science en Ecosse : radiographie d'un succès" réalisé par Anne Prost, du service pour la Science et la Technologie de l'ambassade de France au Royaume-Uni, que nous remercions pour sa collaboration.
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L'ingénieur James Watt et la brebis Dolly ne sont pas les deux seuls fleurons produits par la science écossaise. Cette région a déjà apporté au Royaume-Uni quelques un de ses plus grands succès scientifiques, du physicien James Dewar au biologiste Alexander Flemming, en passant par les mathématiques de Mary Somerville. Surtout, l'Ecosse continue d'avoir une approche novatrice dans la diffusion de la science. Coup de projecteur sur l'organisation et les particularismes de la science au sein d'un territoire qui souhaite rester dans le peloton de tête mondial.

Le téléphone, l'anesthésie, le clonage ou les bêta-bloquants : historiquement, l'Ecosse a été une terre de grandes innovations scientifiques et techniques. Aujourd'hui, le pouvoir écossais se concentre sur des domaines d'intervention qui semblent prometteurs. La "e-santé", qui recouvre l'utilisation des technologies de l'information et de la communication, pour améliorer la rapidité des traitements médicaux, en est un exemple. L'Ecosse dispose aussi d'une expertise remarquable en informatique, en protéomique, en bioinformatique et en biologie des systèmes.

Avec environ 9% de la population britannique, l'Ecosse reçoit environ 13% des financements pour la recherche distribués par les ministères (chiffres 2004). La région abrite 16% des départements de recherche britanniques appartenant aux trois catégories supérieures du Research Assessment Exercise, c'est-à-dire de niveau international.


Troisième au monde pour le nombre de publications scientifiques par habitant

Biologie, électrotechnique, recherche clinique à l'hôpital et informatique : dans les domaines clés de l'économie écossaise, la recherche est d'une qualité supérieure à celle du reste du Royaume-Uni. L'effort de recherche écossais par habitant est supérieur de 40% à la moyenne britannique. Les universitaires de cette partie du Royaume-Uni produisent environ 1% des publications scientifiques mondiales, ce qui place l'Ecosse au troisième rang mondial pour le nombre de publications par habitant. En 2004, près d'un doctorat britannique en biotechnologies sur cinq était délivré en Ecosse, région présentant une des plus grandes concentrations d'activités en biotechnologies en Europe.

Autre domaine : les ondes gravitationnelles ; l'université de Glasgow mène des recherches de premier plan dans le domaine de la détection de ces ondes, en collaborant notamment avec des universités allemandes et américaines. La recherche et le développement sur les cellules souches a également le vent en poupe et Edimbourg héberge "la crème" des chercheurs mondiaux dans ce domaine. L'Ecosse met déjà l'accent sur les possibilités commerciales qui pourraient émerger de ce domaine et attire un investissement extérieur significatif. La région souhaite donc développer d'une part une masse critique de recherche fondamentale sur les cellules souches et, d'autre part, de forts liens entre cette recherche et les applications cliniques.

Concernant la microélectronique et l'optoélectronique, plusieurs entreprises écossaises sont très innovantes. Wolfson Microelectronics Ltd, par exemple, développe des semi-conducteurs de haute performance à signal mixte pour le multimédia et les communications. Wolfson a conçu plus de quatre-vingts produits pour des entreprises comme Apple, Hewlett Packard, Sony, Samsung et Palm. Le secteur énergétique est également très développé : l'Ecosse dispose de ressources énergétiques naturelles abondantes et d'une tradition de pionnière dans le domaine de l'énergie. Plusieurs universités dirigent des programmes des conseils de recherche britanniques, tel SUPERGEN, programme de recherche sur l'énergie marine. Ocean Power Delivery et d'autres entreprises développent de nouvelles technologies d'énergies renouvelables comme le convertisseur d'énergie des vagues Pelamis. Enfin, plusieurs universités écossaises sont très actives dans la découverte de nouveaux médicaments, du fait notamment de leurs compétences en génomique et en protéomique.

Historiquement, la science et la technologie ont été organisées en Ecosse de manière légèrement différente de l'Angleterre. La politique britannique récente accordant à l'Ecosse une autonomie politique accrue, a plus récemment influencé cette organisation. En effet, en 1997, lors d'un référendum, 74,3% des votants se sont déclarés favorables à la création d'un Parlement écossais. Le processus dit de "dévolution" a été mis en place. Le Scotland Act du 19 novembre 1998 a institué un Parlement et un exécutif, le Scottish Executive, fondés sur le modèle traditionnel du Parlement britannique de Westminster. Le Parlement est constitué de 129 membres élus, les Members of the Scottish Parliament (MSP). Il peut légiférer dans les domaines qui ne sont pas réservés au Parlement de Westminster (la défense et la sécurité nationale, les affaires constitutionnelles, l'éthique médicale ou encore les affaires étrangères). Les questions "dévoluées" incluent notamment : la santé, l'éducation et la formation, le développement économique et les aides financières à l'industrie, l'agriculture, la sylviculture et la pêche... Les membres du Parlement choisissent parmi eux le First Minister. Celui-ci dirige le Scottish Executive qui est composé d'un total de 18 ministres et ministres adjoints, tous députés.

Afficher des priorites claires

Aujourd'hui, le Scottish Executive considère la science comme un de ses domaines d'action clés, et les fonds qui lui sont alloués ne font que croître depuis 1999. L'exécutif écossais a souhaité présenter, dans le document "A science strategy for Scotland" publié en août 2001, le plan conçu pour renforcer la science et la technologie dans la région. Un bilan d'étape intitulé "A science strategy for Scotland 2001 : progress report" a été publié en février 2006. La Science Strategy précise que les domaines prioritaires incluraient les biosciences et la génomique, la recherche médicale et l'e-Science. Cette vision commune a pour objectif de guider et de coordonner les financements issus des diverses sources, en augmentant ainsi le montant des fonds publics dédiés à certains sujets. Le Scottish Executive a établi le Scottish Science Advisory Committee (SSAC) en 2002, conseil indépendant, sous les auspices de la Royal Society of Edinburgh. Le premier rapport du SSAC, intitulé "Science matters" en 2004, présentait les forces écossaises en termes de recherche, les possibilités futures et listait les domaines d'importance stratégique : les sciences biologiques et les biotechnologies, la médecine et les sciences vétérinaires, les sciences physiques, l'énergie, les nanotechnologies, les technologies de l'information et de la communication et les sciences de l'environnement. En nommant en août 2006 son premier Chief Scientific Adviser for Scotland (CSA, le conseiller scientifique pour l'Ecosse), le professeur Anne Glover, le Scottish Executive a démontré sa volonté de reconnaître l'importance de la science à travers toutes ses responsabilités "dévoluées".

Le CSA préside le SSAC et représente, au sein de l'exécutif, tous les domaines scientifiques qui ne sont pas couverts par les deux Chief Scientists en poste au sein du ministère de l'Environnement et des Affaires rurales et du ministère de la Santé et qui jouent un rôle important dans le paysage scientifique écossais.

Le Scottish Executive ne se contente pas de financer des travaux de recherche, à travers ses différents ministères et agences : dans son rapport Science Matters, le Scottish Science Advisory Committee a identifié le besoin de "réorganiser et d'optimiser la science écossaise, en promouvant des collaborations intrasecteurs et en encourageant des activités à haut risque et à haut potentiel". Les initiatives de regroupement d'activités de recherche ont permis de créer des réseaux d'excellence visibles. Ainsi, le Scottish Funding Council a développé le concept de mise en commun de la recherche (research pooling) pour encourager les collaborations entre des chercheurs appartenant à différentes institutions. Objectif : atteindre une taille critique et assurer que l'Ecosse conserve la position compétitive qu'elle a sur la scène internationale. En novembre 2004, le SFC a apporté son soutien à deux alliances de recherche stratégiques dans les domaines de la chimie (ScotCHEM) et de la physique (Scottish Universities Physics Alliance ou SUPA).

Promouvoir les collaborations

Des initiatives de pooling de la recherche en sciences de l'ingénieur et en mathématiques ont également été soutenues. ScotCHEM, par exemple, regroupe 180 chimistes au sein de WestCHEM (universités de Glasgow et de Strathclyde), de EastCHEM (universités d'Edimbourg et de St Andrews) et de l'université d'Heriot-Watt. Tous les participants bénéficieront de réseaux de recherche plus efficaces ainsi que de l'accès à des installations spécialisées et aux activités d'une école doctorale commune.

Par ailleurs, l'Edinburgh Bioscience Research Centre (EBRC) constitue un exemple de la façon dont des centres d'excellence pourraient être mis en place. L'EBRC ambitionne d'être un leader pour la recherche en biosciences animales, en créant un groupe multidisciplinaire de spécialistes des animaux issus du Scottish Agricultural College, de la Royal School of Veterinary Studies et du Roslin Institute. L'unité de neuropathogénèse de l'Institute of Animal Health et le Moredun Research Institute participent également à l'initiative. Le Scottish Executive s'efforce également de promouvoir la science écossaise à l'étranger, de renforcer les collaborations internationales et d'attirer les meilleurs chercheurs. Dans ce cadre, l'exécutif a accordé des financements à la Royal Society of Edinburgh pour développer ses liens avec des académies des sciences notamment en Chine, à Taiwan, en Pologne, en République tchèque, en Norvège, en Slovénie, à Cuba...

Le Scottish Executive continue aussi de développer les liens de recherche avec des pays hors Union européenne considérés comme stratégiquement importants, tout spécialement les Etats-Unis et la Chine. Par exemple, les liens entre les universités Stanford et d'Edimbourg sont entretenus grâce à un financement d'environ 9 millions d'euros alloué par le Scottish Executive. Enfin, l'initiative Fresh Talent de l'exécutif permet aux diplômés étrangers de rester en Ecosse pour y travailler après y avoir achevé leurs études.

Des armes pour commercialiser les fruits de la recherche

L'Ecosse est très efficace pour commercialiser sa recherche : une spin-out britannique sur sept est créée par une université écossaise. L'Ecosse accorde 15% des licences et dépose 11% des brevets du Royaume-Uni. Même si les activités de commercialisation des grandes universités américaines excèdent largement celles des universités britanniques, l'Ecosse s'avère significativement plus efficace : pour 100 millions de livres dépensés en recherche, les universités écossaises produisent cinq fois plus de spin-out et 50% plus de licences. Pour chaque million de livres accordé à la recherche, les universités écossaises génèrent 32 250 livres (environ 48.000 euros) de royalties contre 29 380 aux Etats-Unis.

Deux agences de développement régional, Scottish Enterprise et Highlands and Islands Enterprise, agissent en complément du Scottish Executive pour favoriser l'innovation et le transfert de technologie. Avec l'exécutif, le Scottish Funding Council et d'autres organismes, ces agences de développement ont déployé une large gamme d'outils de financement pour favoriser l'exploitation de la science et l'innovation. Ces programmes ont souvent précédé et inspiré le développement de mécanismes similaires dans le reste du pays.

L'Ecosse profite également des programmes nationaux comme les Knowledge Transfer Networks britanniques. Avec le soutien du Scottish Executive, Scottish Enterprise a par ailleurs créé en 2003 trois Intermediary Technology Institutes (ITI). Ces instituts ont été conçus pour servir de passerelle entre les premiers stades de la recherche financée par les deniers publics et le développement commercial de produits financé par le secteur privé. Ils fonctionnent comme des hubs pour identifier et soutenir la diffusion de technologies se trouvant à un stade précompétitif.

Depuis 2001, les budgets des diverses initiatives écossaises ont augmenté de façon substantielle. De nouveaux dispositifs ont été introduits en Ecosse et l'on estime que la région a consacré environ 147 millions d'euros en 2006 à la promotion de l'exploitation de la recherche, contre environ 60 en 2001. Ces efforts institutionnels sont d'ailleurs renforcés par un réseau écossais de Business Angels en croissance. Enfin, l'Ecosse a enregistré des succès dans l'attribution de financements distribués au niveau national pour la commercialisation de la recherche (University Challenge Fund ou Public Sector Research Exploitation Fund par exemple).

L'Ecosse jouit donc d'une position et d'une évolution extrêmement favorables en termes de recherche scientifique et technologique, entretenue de façon très dynamique par le Scottish Executive, ses agences, ses ministères, par les agences de développement régionales, sans oublier ses universités. Preuve qu'un territoire à l'intérieur d'un Etat peut développer sa propre vision stratégique de la science et par delà l'économie de "l'après pétrole".

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Origine : Technologies Internationales 137 (1/09/2007 ) - ADIT - http://www.bulletins-electroniques.com/ti/137_04.htm
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