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Technologies Internationales 137  >>  1/09/2007

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Recherche et développement

L'innovation qui venait du froid

http://www.bulletins-electroniques.com/ti/137_05.htm

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Le déclin des sciences et de la R&D qui a suivi l'effondrement de l'Union Soviétique semble aujourd'hui enrayé. L'innovation est devenue une priorité importante pour la Russie.

Cet article a été préparé par Gaëlle Degrez à partir du rapport "Etat des lieux de la R&D en Russie - Principaux axes de la coopération scientifique et technologique franco-russe" réalisé par Lise Breuil, du service pour la Science et la Technologie de l'ambassade de France en Russie, que nous remercions pour sa collaboration.
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Focus :

Sécurité et compétitivité au programme

Le Gouvernement russe a défini deux problématiques : le maintien de la sécurité nationale - notamment la diminution des risques liés aux catastrophes naturelles - et la contribution au développement économique et à la compétitivité du pays. Ces deux problématiques ont ensuite été déclinées en huit orientations prioritaires définies pour la période 2006-2010 :
- technologie de l'information et télécommunications ;
- industrie des nanosystèmes et matériaux ;
- sciences de la vie ;
- utilisation rationnelle des ressources naturelles ;
- énergie et économie d'énergie ;
- sécurité et antiterrorisme ;
- technologies militaires, armement ;
- développement des infrastructures.

Parallèlement à ces thématiques prioritaires, la Russie affiche toujours une très forte spécialisation dans la recherche fondamentale : elle reste un des leaders mondiaux en physique (6,4% des publications mondiales en 2003), en chimie (4,9% des publications en 2003), en sciences de l'univers (4,1%) et en mathématiques (4%).

Dispositifs incitatifs

Dans les années 1990, trois mécanismes ont été créés pour favoriser l'innovation :
- les centres technologiques d'innovation (au nombre de 61) : à vocation régionale, autofinancés, ils jouent un rôle de coordination et d' "incubation" pour des projets à haute valeur technologique ;
- les technoparcs (44) : sur financement du ministère, ils sont formés autour d'un établissement de recherche ;
- les centres de transferts technologiques (48), sur financement du ministère, ils ont une vocation régionale.

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La Russie possède une forte tradition scientifique et dispose du plus grand nombre de personnel dans le secteur de la R&D au monde. Toutefois, malgré ce fort potentiel scientifique, la recherche russe est caractérisée par la faiblesse de l'exploitation et de la mise en application : la part des inventions qui débouchent sur un produit commercial est faible. La Russie ne compte plus aujourd'hui parmi les pays en pointe dans les hautes technologies et elle tarde à se doter d'une organisation scientifique et d'une structure d'innovation efficaces, malgré de notables efforts depuis 2002.

L'effondrement de l'Union soviétique a été suivi d'une perte considérable de la base de R&D, ce jusqu'à la fin des années 1990, en raison d'une baisse importante des crédits alloués à la recherche. Si l'Union soviétique accordait une place importante aux sciences, avec une Académie des sciences très puissante et de nombreux privilèges accordés aux scientifiques, le passage à l'économie de marché a relégué les sciences et les carrières scientifiques au second rang. Pendant les quinze années qui ont suivi la chute de l'URSS, beaucoup d'industries technologiques, de directions scientifiques et d'instituts de recherche sont devenus obsolètes. Des milliers de scientifiques ont quitté le pays.


Malgré ces pertes, le potentiel scientifique et technologique russe reste aujourd'hui important, le mouvement de fuite des cerveaux semble enrayé et le Gouvernement russe veut mettre à profit cette "réserve stratégique" pour développer une économie du savoir. L'innovation est donc devenue une priorité importante en Russie et une politique dédiée se met en place, revalorisant le rôle de la recherche scientifique mais lui imposant de se réformer. Parallèlement au développement de nouvelles infrastructures pour l'innovation, une grande réforme du secteur scientifique existant est donc en cours.

L'élaboration de la politique scientifique est le résultat d'un consensus entre différents organes politiques. Le ministère de l'Education et des Sciences (MES) y joue le premier rôle : il coordonne et intègre les propositions et les plans des autres ministères, agences et académies scientifiques pour la politique scientifique et technologique. Il dresse une liste des priorités nationales.

Organisation et politique scientifique : la gestion de l'héritage

Toutefois, depuis la création du Conseil pour la science et la technologie auprès du président en 2002, la présidence a une influence directe sur la politique scientifique. La mise en oeuvre des orientations et le financement de la politique passent par trois canaux principaux : la mise en oeuvre directe par les académies des sciences et par les 58 centres de recherche d'Etat ; les agences de moyens et services fédéraux dépendants du MES et disposant d'un budget qu'ils attribuent par projets ; et, enfin, trois fondations publiques (la Fondation russe pour la recherche fondamentale, le Fonds de soutien aux petites entreprises innovantes et la Fondation russe pour les sciences humaines) qui reçoivent un financement de l'Etat, fixé par la loi à 7% de la ligne budgétaire "Recherche fondamentale et R&D".

L'Académie des sciences de Russie joue donc encore un rôle prédominant. Fondée en 1724 par Pierre Le Grand, elle participe à la fois à l'élaboration de la politique scientifique, en coordination avec le MES, et à la mise en oeuvre de cette politique, à travers la tutelle qu'elle exerce sur un réseau d'établissements de près 450 instituts et plus de 100.000 personnes. Les dépenses de l'Académie s'élevaient à 25,8 milliards de roubles en 2005 (soit environ 750 millions d'euros). Aujourd'hui, l'Académie est sommée de se réformer pour mieux répondre aux nouvelles conditions du monde de la recherche et à la nécessaire intégration avec le monde de l'éducation et celui de l'industrie. Plus avancé dans sa réforme, le complexe militaro-industriel représentait jusqu'en 1991, les trois quarts de la R&D soviétique en termes de financement et de personnel. La restructuration de ce "mastodonte", s'est en partie faite grâce à une forme compliquée et spécifique d'aide de l'Etat mise en place en 1993. Les principales organisations de recherche qui en ont bénéficié ont pris le titre de centres de recherches d'Etat (CRE).

Un mot sur les universités. Destinées presque exclusivement à l'enseignement durant l'époque soviétique, elles se consacrent peu à peu à la recherche, mais ne représentent encore que 10% de l'effort total de R&D. Quelques établissements prestigieux se sont néanmoins dotés de laboratoires de grand renom. Aujourd'hui, les réformes tendent à intégrer éducation et recherche. La réforme des sciences présentée en 2004 vise ainsi à concentrer les financements publics vers les meilleurs centres de recherche d'importance stratégique et à leur assurer des moyens conséquents. Le Gouvernement propose d'organiser cinq à sept laboratoires sur la base des 58 centres nationaux de recherche existants et de ne garder que 25 à 35 des centres nationaux transformés en sociétés anonymes ou établissements publics. Seuls 250 des 2 500 instituts de recherche existants conserveraient en 2008 un soutien fédéral de l'Etat, les autres étant amenés à participer aux appels d'offres des agences fédérales.

La mise en place progressive d'une politique de l'innovation

La politique d'innovation est encore récente en Russie et souffre de plusieurs handicaps tels que l'absence d'une réelle tradition d'économie de marché, l'absence de liens forts entre la science et l'industrie, la faiblesse du financement privé ou encore l'absence d'un cadre cohérent de propriété intellectuelle. La politique mise en oeuvre depuis le milieu des années 1990 vise cependant à combler progressivement ces lacunes. Elle commence d'ailleurs à porter ses fruits. Selon les statistiques officielles, les dépenses totales pour la R&D ont augmenté de plus de 50% depuis 2000, s'élevant à 230 milliards de roubles (environ 6,6 milliards d'euros) en 2005, soit 1,07% du PIB.

Jusqu'en 1990, le principal outil pour favoriser la science et l'innovation était le statut de "ville scientifique" apparu dans les années 1950 dans les domaines décrétés prioritaires, comme l'industrie de défense. Parfois interdites d'accès aux non-résidents, ces "villes" offraient des infrastructures et des conditions de vie avantageuses. Si ce modèle a favorisé l'essor de la science russe, il a aussi légué une culture du secret qui a handicapé le décloisonnement entre la recherche fondamentale et les applications industrielles.

La loi sur les zones économiques spéciales (ZES) du 22 juin 2005 conjugue les aspects territoriaux et thématiques. A l'image des pôles de compétitivité français, ces ZES doivent favoriser l'incubation entre recherche et application technologique sur un certain nombre de thèmes et bénéficient d'importantes exonérations. Deux types de zones sont prévues : des zones de 2 km2 d'implantation des nouvelles technologies et des zones industrielles de 20 km2 pour la production en grande ou moyenne série de produits technologiques. La nouvelle agence pour la mise en place de ces ZES a sélectionné six projets présentés par les régions fin 2005, dont quatre zones "innovation". Un budget de 2 milliards d'euros y était assigné pour 2006. Outre cette approche territoriale, une approche thématique a été lancée en 2002-2003 à travers la mise en place de "mégaprojets" qui visent à intégrer autour d'un thème, les différentes étapes de l'innovation sous la forme d'un partenariat public-privé.

Aujourd'hui, la coopération technologique franco-russe passe par les grandes entreprises industrielles. Des projets de codéveloppement sont souvent cités en exemple, comme les projets du groupe Safran dans l'aéronautique et l'aérospatial. Selon un récent rapport de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), la Russie pourrait devenir d'ici 2009, la sixième destination mondiale la plus attractive pour les investisseurs étrangers en R&D. Les ministres français et russes de la Science et de la Technologie ont exprimé au début des années 2000, leur volonté conjointe de mettre en place des mécanismes de coopération technologique et d'innovation, qui mobiliseraient en particulier les petites et les moyennes entreprises porteuses d'innovations.

Coopérations technologiques franco-russe à l'horizon

Depuis cette époque, les initiatives recommandées par les comités mixtes scientifiques et technologiques annuels ont débouchés sur une série de structures complémentaires. Ainsi le Réseau franco-russe des centres d'innovation (RFR) a été créé en 2004. Il propose aux PME françaises un accès privilégié aux acteurs de l'innovation russes et peut aider à l'obtention de cofinancement pour des projets franco-russes innovants. Autre exemple, celui des centres de transfert de technologie de Moscou et de Saint- Pétersbourg. Ces deux centres sont dédiés à la valorisation de résultats de recherche, à travers l'expertise de projets technologiques innovants russes et français, la recherche de partenaires industriels et le transferts de technologie entre la Russie et la France. Enfin, un projet de Maison franco-russe de l'entrepreneuriat et de l'innovation a été initié en 2005. Cette Maison permettrait de fournir un ensemble de services aux PME, afin de les accompagner pendant les différentes phases de leurs discussions et négociations avec des partenaires technologiques russes.

Des réformes ont été lancées en Russie pour renforcer le potentiel scientifique existant, en recréant les conditions favorables au développement d'une recherche fondamentale de qualité (augmentation des budgets, stabilisation des ressources humaines) et en concentrant les moyens alloués sur quelques centres d'excellence. L'adoption, le 5 août 2005, par le Gouvernement russe, des grandes orientations dans le domaine de l'innovation jusqu'en 2010, témoigne de l'importance accordée aujourd'hui à l'innovation. Les résultats sont en progression et les perspectives encourageantes.

Contrairement à l'évolution de la production scientifique mesurée par les publications, la production technologique mesurée par les brevets a connu une période de nette progression depuis le milieu des années 1990. Le nombre de demandes de brevets auprès de l'office fédéral russe de la propriété intellectuelle est ainsi passé de près de 20.000 à près de 30.000 entre 1997 et 2002. Selon un rapport de la CNUCED de 2005 qui s'appuie sur une enquête menée auprès des compagnies transnationales de R&D, environ 7% de leurs activités de R&D à l'étranger sont implantées en Russie. Ce chiffre est amené à augmenter car près de 10% des entreprises interrogées citent la Russie parmi les lieux d'implantation envisagés entre 2005 et 2009.

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Origine : Technologies Internationales 137 (1/09/2007 ) - ADIT - http://www.bulletins-electroniques.com/ti/137_05.htm
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