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Technologies Internationales 137  >>  1/09/2007

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Gestion de l'eau

Une rareté créatrice de savoir-faire en Inde

http://www.bulletins-electroniques.com/ti/137_07.htm

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A cause de la corruption, l'Inde souffre d'une crise de l'eau, surexploitée et polluée ; des solutions émergent pour restaurer des "paradis perdus" et garantir le minimum vital aux populations rurales.

Cet article a été préparé par Arnaud Queyrel à partir du rapport "La gestion de l'eau en Inde" réalisé par Guillaume Talbot, du service pour la Science et la Technologie de l'ambassade de France en Inde, que nous remercions pour sa collaboration.
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Focus :

La rosée bientôt en bouteille

Enseignant à l'Indian Institute of Management, le professeur Girja Sharan est membre de l'Organisation pour l'utilisation de la rosée (Opur, France). Des expérimentations menées en partenariat avec l'Opur ont débouché, dans l'état du Gujarat, sur deux usines de rosée (l'une en cours de construction) et des équipements de collecte installés sur les toits d'écoles.

Les usines correspondent à de grands condenseurs formés par du foil (fabriqué en Inde, à coûts réduits) couvrant des structures inclinées au sol. "Les 850 m2 de leur surface ont fourni jusqu'à 350 litres d'eau par jour dont une partie est destinée à la mise en bouteille" précise Daniel Beysens, président de l'Opur.

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L'Inde dispose de réglementations dédiées à la préservation de la qualité des eaux. Mais celles-ci ne pèsent rien face aux réalités de terrain, mâtinées de corruption. La qualité des eaux en pâtit d'autant plus que le pays doit gérer la grande disparité de répartition de cette ressource. Une ressource par ailleurs tantôt surexploitée (avec de dangereux effets induits) tantôt suscitant des savoir-faire modèles pour assurer sa pérennisation.

Sur le plan législatif, l'Inde a établi en 1974 ses premiers organes dédiés à la pollution des eaux : les bureaux de contrôle de la pollution des eaux, institués par le texte Water Act et qui existent au niveau du Gouvernement central comme à l'échelon des états. Ce texte fondateur fut suivi, en 1977, du Water Cess Act, un texte destiné à assurer le financement des bureaux de contrôle par l'imposition des industriels et des autorités locales sur la quantité d'eau utilisée. Finalement, l'Environment Protection Act 1986 couronne et renforce les dispositions des lois précédentes en interdisant la pollution des cours d'eau et en imposant à chaque activité polluante l'obtention préalable d'un agrément du bureau de contrôle de la pollution de l'état correspondant.

Le bureau de contrôle central, qui fixe les normes nationales d'émissions et de concentrations de polluants, surveille les bureaux décentralisés. A charge pour eux d'appliquer les normes ; chacun disposant à cet égard de pouvoirs comminatoires allant jusqu'à leur permettre la fermeture d'usines irrespectueuses des normes. Apparemment, l'Inde dispose donc d'un attirail réglementaire qui devrait lui assurer une relative qualité de ses eaux.

Les malversations gangrènent la lutte antipollution

La loi va jusqu'à autoriser les bureaux de contrôle de la pollution à couper l'alimentation en eau et électricité des industries contrevenantes si la situation l'exige. Il s'agit cependant de dispositions qui, bien que légales, n'en restent pas moins très théoriques. D'abord, en matière d'imposition sur le volume d'eau consommé par l'industrie et les collectivités, que prévoient les dispositions légales ? L'autofinancement des bureaux de contrôle par l'impôt prélevé. Or, dans la pratique, bien que ce dernier soit effectivement levé, les bureaux de contrôle locaux doivent d'abord le restituer intégralement à l'organe central. Et le taux de retour constaté particulièrement faible de ces fonds (pourtant censé atteindre 80% des sommes collectées localement) a réduit l'action des organes locaux.

D'autre part, la pollution domestique - la principale source officielle de pollution des cours d'eau -, essentiellement organique, constituerait 80% de la pollution des eaux indiennes. Et la part, importante (autour de 30%), d'eaux usées rejetées des bidonvilles, non collectées, finit pour l'essentiel dans la rue ou sa percolation conduit à contaminer les eaux souterraines (elles-mêmes sources d'eau potable). Pourtant, les eaux indiennes pâtissent également d'une pollution industrielle majeure dont le classement officiel masque sa dangerosité souvent bien supérieure à la pollution domestique. En effet, les industries rejettent de très grandes quantités de plomb et de chrome dans les rivières.

Et l'influence de ces substances est particulièrement marquée en périodes précédant les moussons puisqu'alors, le débit naturel des rivières étant au plus bas, la proportion des effluents monterait jusqu'à 90% du débit des rivières. Les conséquences sanitaires sur les populations riveraines de ces pollutions saisonnières spécialement ne peuvent qu'être dramatiques. Le tout étant entendu que les industriels disposent de stations d'épuration dévolues au traitement de leurs effluents. Quelle explication, dès lors, à de telles pollutions ? La corruption des fonctionnaires chargés des contrôles. Les industriels semblent en effet privilégier cette option par souci d'économies. Un choix qui contribue évidemment, par la manipulation des chiffres, à brouiller l'ampleur de la pollution industrielle en Inde.

Le défi de l'eau potable

En Inde, près de 20% de la population ne dispose pas d'un accès régulier à une source sûre d'eau potable. Et, bien que 250 millions d'indiens soient encore concernés par cette restriction, les progrès accomplis depuis l'indépendance permettent toutefois aujourd'hui l'approvisionnement en eau potable de 80% de la population rurale (contre 6% à l'époque). Les programmes menés par l'administration pour l'implantation de pompes à travers les pays expliquent pour l'essentiel cette réussite. Cependant, concernant la qualité des eaux - et ne considérant que les eaux de distribution urbaines -, les chiffres remettent largement en cause leur "potabilité" : en effet, selon l'organisation non gouvernementale Development Alternatives, l'eau distribuée nécessiterait un fort traitement à 60% des cas en moyenne avant consommation. Toujours d'après cette ONG, seule 20% de l'eau urbaine distribuée est effectivement potable. Quels sont les contaminants les plus fréquents ? Les bactéries coliformes, l'ammonium, les nitrates ou les fluorures.

Les campagnes, pour leur part, manquent le plus souvent de systèmes de distribution d'eau et doivent se contenter d'eaux "potables" de qualité globalement équivalente à celle des eaux pompées dans les réserves du sous-sol. Or, ces pompages conduisent, par excès d'utilisation de l'eau, au lessivage des sols de certaines régions. De surcroît, ce dernier entraîne parfois de fortes concentrations en arsenic dans l'eau. Des concentrations, a priori d'origine naturelle, qui s'expliqueraient par l'augmentation de la quantité d'air (donc d'oxygène) dans les nappes surexploitées. Cet élément réagirait alors avec des composés ferreux riches en arsenic entraînant alors sa libération dans l'eau. Pour l'un des districts les plus touchés en arsenic du Bengale occidental (avec 20% de la population concernée), les installations techniques ne parviennent même pas, pour plus de 90% d'entre elles, à ramener (même descendre) les concentrations au niveau des normes internationales. Mais, d'une part, ces installations semblent techniquement inadaptées au traitement de cette pollution et, d'autre part, les populations comme les autorités locales se les approprient peu, avec, pour conséquences, des sous performances matérielles notamment.

L'Inde compte trois principaux bassins hydrographiques dans lesquels s'écoulent tous ses grands fleuves. Les trois fleuves du Gange, Brahmapoutre et Meghana forment, avec 1 100.000 km2, le plus grand de ces bassins. Le bassin himalayen (qui compte deux réseaux fluviaux dont celui du Gange-Brahmapoutre), alimenté par la fonte des neiges, assure un débit continu l'année durant. En revanche, seules les moussons alimentent les deux autres bassins, du Centre et de l'Ouest de l'Inde, parmi lesquels se trouve le fleuve Gôdavarî.

Réseaux fluviaux et eaux pluviales


A côté de l'alimentation en eaux par ces réseaux et celles pompées dans les réserves souterraines, la récupération des eaux pluviales (très liées aux moussons) représente un enjeu majeur en terme d'alimentation en eau potable. En particulier parce que cette eau ne nécessite que des traitements limités qui la rendent facilement consommable. Et quand elle n'est pas stockée, cette eau alimente les nappes phréatiques. Toutefois, de nombreux états de l'Union ont promulgué des lois pour favoriser sa récupération. Ainsi, à New Delhi, les systèmes de récupération sont obligatoires pour les bâtiments actuellement en construction d'une surface supérieure à 100 m2. Le plus contraignant reste l'état du Tamil Nadu : il impose l'installation de systèmes de récupération d'eaux sur tous les bâtiments, publics comme privés. Les contrevenants s'exposent à la coupure de leur alimentation en eau.

En matière de récupération d'eaux pluviales, le district d'Alwar, dans l'état du Rajasthan au Nord-Ouest de l'Inde, fait figure de modèle mondial. Cet état autrefois désertique présente désormais un faciès d'oasis verdoyante. Ce résultat, obtenu sur une dizaine d'années seulement grâce à l'intervention de l'ONG Tarun Bharat Sangh, s'explique par la réappropriation par la population de techniques ancestrales de collecte des eaux de pluie : le creusement, à même le sol, de petits réservoirs de terre empêchant la perte des eaux en surface. La remontée spectaculaire des nappes phréatiques entraînée par ces menus travaux communautaires a même permis la réapparition de rivières autrefois taries. Démontrant la faisabilité, à peu de frais et à moyen terme, du reverdissement de zones désertiques, ce succès freine du même coup l'exode rural aux très lourdes conséquences sur l'approvisionnement et la qualité des eaux urbaines en Inde.

Les voies du dessalement et des usines de rosée

Par l'intermédiaire du Centre de recherche atomique BARC (Bhabha Atomic Research Centre), l'Inde mène des recherches et installe des solutions de dessalement d'eau de mer. A côté de neuf installations de ce type déjà en service (au débit journalier minimal de 100 m3), d'autres se construisent. Parmi les options techniques retenues, celle de l'osmose inverse semble aujourd'hui la plus exploitée cependant que la recherche se concentre sur des systèmes d'évaporation à basse température et d'osmose centrifuge. Pour l'heure, l'osmose inverse permet à une usine proche de Mumbai de fournir 7 500 m3 d'eau quotidiennement. Cependant, même si ces solutions offrent de bonnes perspectives pour lutter contre les pénuries d'eau de certaines régions, elles posent aussi deux problèmes majeurs : l'élimination de la saumure produite et le coût de production (supérieur à celui du traitement d'une eau douce usée).

D'autre part, un projet d'alimentation en eaux de rosée dans la région côtière aride du Kutch (dans l'état du Gujarat, frontalier avec le Pakistan) a valu, en 2004, le prix de la Banque mondiale au professeur Girja Sharan. Il existe aussi une coopération scientifique bien établie avec la France à travers trois centres et unités. Parmi eux, le centre franco-indien de recherche sur l'eau souterraine, créé en 1999 à Hyderabab, implique, pour la France, le Bureau de recherche géologique et minière (BRGM). Placé parmi les têtes de pont de la recherche indienne sur les eaux souterraines, ce centre développe des outils de modélisation mathématique.

Par ailleurs, les deux plus grandes sociétés françaises du secteur, Véolia et Suez sont présentes en Inde. Toutefois, pour le bureau d'études français BRL Ingénierie, qui a déjà mené des missions sur des questions d'eau potable et l'assainissement en Inde, "il s'agit d'un marché très difficile à pénétrer, disposant de bureaux d'études de bonnes factures (fonctionnant à coûts réduits) qui sont même parfois concurrents dans d'autres pays". En revanche, la concurrence indienne s'efface sur des sujets très pointus comme "la régulation hydraulique des canaux et la limitation des pertes en eau". L'expertise française a donc, par le truchement d'éventuels montages partenariaux, des cartes à jouer dans ce pays.

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Pour en savoir plus :

- La géographie de l'Inde, Wikipédia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Gˇographie_de_l'Inde
- Organisation pour l'utilisation de la rosée (Opur), http://www.opur.u-bordeaux.fr
- Tarun Bharat Sangh (TBS ; organisation non gouvernementale), http://www.tarunbharatsangh.org

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Origine : Technologies Internationales 137 (1/09/2007 ) - ADIT - http://www.bulletins-electroniques.com/ti/137_07.htm
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