Quatre-vingt projets en portefeuille, dont 50 labellisés, parmi lesquels 18 projets financés - 6 industriels et 12 en recherche : un bilan très satisfaisant après deux ans d'existence pour ce pôle Vitagora que l'on n'attendait pas.
Article rédigé par Jean-François Desessard.
Focus :
Les rencontres européennes "Goût-Nutrition-Santé" en quelques chiffres
- Près de 250 participants, dont 11% d'étrangers de huit nationalités
- 141 entreprises ou organismes présents
- Plus de 300 rendez-vous planifiés sur deux jours
- 3 tables rondes
- 25 stands d'exposition
Vitagora : portrait chiffré
- 80 projets en portefeuille, dont 50 labellisés
- 18 projets financés, dont 6 industriels et 12 en recherche
- 1 projet retenu par le fonds unique interministériel (FUI) : FARINE+
- 6 projets retenus par l'Agence nationale de la recherche (ANR) : OPALINE, EDUSENS, WDQA, SENSINMOUTH, SENSO FAT, PIANO
- 26 millions d'euros d'investissement (projets déjà financés) pour une création de valeur de 56 millions d'euros en France.
- 190 millions d'euros de chiffre d'affaires attendus fin 2009 concernant les 50 projets labellisés
- Création d'emplois attendue : 300 emplois dont 120 déjà créés
- Budget annuel du pôle : 330.000 euros
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Beaucoup d'experts de la santé tirent la sonnette d'alarme depuis déjà quelques années face à la dérive observée en matière de comportement alimentaire, en particulier dans les pays occidentaux. Cette dérive conduit en effet au développement de ce que l'on n'hésite plus aujourd'hui à appeler "l'épidémie de l'obésité". Dans ce contexte où la question alimentaire occupe donc désormais une place centrale dans la société, Vitagora, le pôle de compétitivité interrégional Bourgogne Franche-Comté "Goût-Nutrition-Santé" s'est résolument positionné sur un créneau de l'innovation qui associe deux composantes essentielles du domaine alimentaire, les qualités de nutrition-santé et les éléments de goût et de sensorialité. Sur un portefeuille de 80 projets, 50 ont d'ores et déjà été labellisés, dont 18 sont totalement financés.
Les 7 et 8 juin derniers, le palais des congrès de Dijon accueillait la première édition des rencontres européennes "Goût-Nutrition-Santé". Organisé par le pôle de compétitivité Vitagora, Oséo Bourgogne et l'Arist Bourgogne, cet événement aura été l'occasion pour les nombreux participants (acteurs des industries agroalimentaires et de santé, organismes de recherche publics et privés, offreurs et demandeurs de technologies visant à faire évoluer qualitativement l'alimentation de la petite enfance aux seniors...) de prendre contact, d'échanger et de promouvoir leurs diverses compétences, lors de trois tables rondes, de rendez-vous d'affaires, d'une exposition et d'une étonnante soirée "sensorielle et gastronomique" aux célèbres Hospices de Beaune.
Un point fort : des projets transversaux
Que de chemin parcouru depuis la labellisation en juillet 2005 de ce pôle interrégional "que l'on n'attendait pas" ! Aujourd'hui, alors que Vitagora vient de boucler sa deuxième année d'existence, les régions Bourgogne et Franche-Comté ne peuvent que se féliciter de s'être associées dans cette aventure. En effet, en dix-huit mois de véritable travail - les six premiers mois ayant été consacrés à la mise en place de la gouvernance -, ce pôle a réussi à se constituer un portefeuille de 80 projets, 40 dans le domaine de la recherche et 40 à caractère industriel. Ce résultat est d'autant plus étonnant quand on sait que Vitagora se résume, pour l'essentiel, à un président, Pierre Guez, un animateur du pôle, Christophe Breuillet, et deux chargés de développement. "Nous sommes l'un des plus petits pôles de compétitivité en termes de budget. En revanche, nous disposons d'un potentiel de projets auquel nous ne nous attendions pas et assistons à une formidable mobilisation des acteurs économiques ou scientifiques réunis au sein des différentes filières ou plates-formes de compétences", souligne l'animateur de Vitagora qui s'étonne encore de la dynamique régionale ainsi créée. Celui-ci tient également à rappeler que sans l'énorme soutien et l'implication de l'agence de développement économique locale, Dijon Développement, les choses auraient été beaucoup plus compliquées et longues à mettre en place. "Les collectivités locales jouent un rôle considérable dans le soutien technique et financier aux projets et Vitagora peut se féliciter de l'accompagnement réalisé par ces structures", souligne-t-il. Certes, il a fallu convaincre des acteurs régionaux, que ce soit dans le domaine de la recherche ou du côté des industriels, dont beaucoup observaient cette expérience avec perplexité. Aujourd'hui encore, certains chercheurs ou industriels restent critiques.
Parfois, ils ne connaissent toujours pas Vitagora ou en ont une image déformée. Christophe Breuillet reconnaît que le pôle n'a pas toujours su faire parler de lui, notamment auprès des médias. Mais le travail de terrain mené patiemment au quotidien auprès des responsables de laboratoires de la région et des industriels implantés en Bourgogne et en Franche-Comté a fini par payer. Ainsi le comité scientifique consultatif du pôle, créé au tout début, et dont la mission était limitée, a souhaité récemment s'impliquer davantage. Preuve que les directeurs de centres de recherche ou d'IFR (instituts fédératifs de recherche) qui y siègent ont compris toute l'importance du pôle. Réactions identiques du côté des industriels. "Soixante-dix entreprises sont véritablement impliquées dans les différents projets du pôle autour desquels sont réunis près de 120 acteurs régionaux", indique-t-il. Soulignons qu'un des points forts de Vitagora est qu'il séduit désormais de grandes entreprises dont les sièges se situent dans la région parisienne ou à l'étranger.
Création d'emplois et démarche à l'international
Autre preuve que ce projet de pôle est en train de prendre sa véritable dimension de pôle de compétitivité : Vitagora commence à être reconnu pour des champs de compétences bien précis - par exemple le rôle que peut jouer le goût dans la nutrition - mais plus encore sur des projets transversaux. "C'est une de nos forces de réussir à générer ce type de projets, que ce soit par exemple sur l'alimentation des seniors ou celle des enfants. Je pense en particulier à des projets qui font appel à plusieurs filières, par exemple la filière compléments nutritionnels et la filière laitière, pour développer des produits très innovants", résume Christophe Breuillet. Un "plus" comparé aux autres pôles agroalimentaires dont les activités reposent pour la majorité d'entre eux sur une seule filière.
Le travail accompli jusqu'à présent a permis d'ores et déjà la création de plus de 120 empois sur les 300 qui sont attendus fin 2009. Ainsi SPPH Nutrition, filiale de SPPH du Groupe Fareva, s'est implantée à Quetigny, près de Dijon, début 2007, générant la création de cinquante emplois. Cette usine fabrique notamment du Diabion, un complément alimentaire, pour le compte de Merck Médication Familiale. Entreprise spécialisée dans la fabrication industrielle de pains et de pâtisseries fraîches, Pati-Prestige a également créé une cinquantaine d'emplois lors du lancement du pôle.
Néanmoins, pour asseoir l'image du pôle Vitagora, la petite équipe dijonnaise mène également une démarche très offensive à l'international. Il est en effet capital de faire savoir que les compétences en matière de R&D dans le domaine du goût dont dispose le pôle constitue un exemple quasi unique au monde, seuls les Etats-Unis pouvant se targuer de posséder un centre de recherche du même niveau. Dans ce contexte, il n'est pas étonnant que de grandes entreprises japonaises commencent à s'intéresser de près aux savoir-faire que regroupe Vitagora, en particulier sur des thématiques comme les qualités organoleptiques et nutritionnelles. Elles sont également séduites par la filière "Compléments nutritionnels" du pôle.
D'autres entreprises internationales souhaitent confier leurs projets à Vitagora. "Une récente mission effectuée en Afrique du Sud nous a permis d'identifier quelques pistes de collaborations qui vont probablement se concrétiser en fin d'année. Il s'agit de projets concernant les filières de la vigne et du vin, des fruits et légumes, et peut être d'une troisième filière, celle des fromages", s'enthousiasme Christophe Breuillet qui n'a qu'un regret, celui de ne pas disposer de moyens plus conséquents, histoire d'aller encore plus vite dans le développement des projets que labellise Vitagora.
Le point sur :
Opaline, un observatoire des préférences alimentaires du nourrisson et de l'enfant
"Nous cherchons à suivre environ 300 enfants de la région de Dijon, depuis la naissance jusqu'à l'âge de deux ans. Il s'agit d'enregistrer un certain nombre de données concernant leur consommation alimentaire, mais également d'essayer d'évaluer leur réactivité sensorielle aux odeurs et aux saveurs, tout en nous intéressant aussi au milieu psychosocial dans lequel ils vivent", explique Sophie Nicklaus, chargée de recherche à l'Inra et coordinatrice d'Opaline. Une vingtaine de chercheurs de diverses disciplines (évaluation sensorielle, biologie, médecine, psychologie, sociologie, éthologie et statistiques), issus de sept équipes de recherche, participent à ce programme, financé par l'Agence nationale de la recherche (ANR), dont l'objectif est d'améliorer la connaissance des facteurs expliquant la variabilité des préférences alimentaires à l'âge de deux ans. "Opaline introduit une rupture originale en se focalisant sur les aspects hédoniques et sensoriels de l'alimentation de l'enfant", précise-t-elle.
Chercheuse au sein de l'unité mixte de recherche FLAVIC (FLAveur VIsion Comportement du consommateur) qui regroupe l'Inra, l'Enesad de Dijon et l'université de Bourgogne, Sophie Nicklaus rappelle que des résultats ont été acquis précédemment dans le cadre d'une étude menée par son équipe, en collaboration avec la faculté de médecine de Dijon. Ceux-ci ont montré que "dès l'âge de 2 ou 3 ans, les préférences alimentaires sont en partie fixées et variables d'un enfant à l'autre". Par ailleurs, ces travaux antérieurs ont montré également que les expériences chimiosensorielles précoces, c'est-à-dire réalisées à la fin de la vie foetale, au cours de l'allaitement et lors de la diversification alimentaire, contribueraient en partie à la variabilité des préférences observées chez les jeunes enfants.
"Par exemple, dès l'âge de six mois, on observe une très forte variabilité de l'appréciation des saveurs sucrées chez les bébés. Or c'est cette variabilité que nous cherchons à comprendre dans le cadre du programme Opaline. Est-elle déjà en place dès la naissance ou à trois mois ? Cette variabilité des comportements chez les bébés est-elle due à une exposition dès leur naissance à un certain nombre de goûts sucrés ? Ce sont quelques-unes des questions auxquelles nous tentons d'apporter des réponses", résume Sophie Nicklaus.
Contact : Sophie Nicklaus, sophie.nicklaus@dijon.inra.fr
Farine+, un projet emblématique du pôle
Dans le cadre de son 4e appel à projet, le fonds unique interministériel (FUI) vient de labelliser "Farine+". Porté par Bourgogne Terre de Culture, une association créée par Dijon Céréales (meunerie), Eurogerm (ingrédients alimentaires) et le Groupe Elancia (produits de panification), ce projet emblématique de Vitagora vise à mettre en place une méthode de caractérisation des variétés de blés en fonction de leur potentiel nutritionnel et sensoriel.
"L'intérêt de ce projet est qu'il couvre l'ensemble de la filière, depuis la production de semences jusqu'au consommateur final, tout en cherchant à optimiser chaque étape, avec un transfert permanent vers les industriels et surtout un retour continuel vers les sélectionneurs de blés", explique Jean-Philippe Fasquel, responsable scientifique chez Eurogerm. La sélection est en effet prépondérante, d'autant plus qu'elle est coûteuse en temps puisqu'une dizaine d'années est nécessaire pour amener une nouvelle variété de blé sur le marché.
Trois outils spécifiques ont été mis en place dans le cadre de ce projet : "FERME D'EXCELLENCE", "CEREALISABLE" ET "CONSOLAB". Le premier est une plate-forme d'essai pour la recherche variétale et la qualité des blés. 275 variétés de blés ont été déjà semées sous forme de petites parcelles d'essai. Celles-ci seront étudiées durant trois ans, notamment en termes de rendements et de résistance. Ce sont autant de données qui seront traitées ensuite à l'aide du second outil. Il s'agit en fait d'un centre de R&D, en cours d'aménagement dans la région de Dijon, qui offrira un large éventail d'expertises appliquées aux céréales, expertise agronomique, expertise technologique de transformation, expertise sanitaire, expertise nutritionnelle et expertise sensorielle. Quant au dernier de ces outils, il permettra de mesurer les préférences des consommateurs, avec l'observation dans des conditions de vente réelles de l'acte d'achat et de sa récurrence.
Questions à : Pierre Guez, Président du pôle Vitagora
Technologies Internationales - Quels sont les liens de Vitagora avec les autres pôles de compétitivité dont les activités sont centrées sur l'agroalimentaire et, plus particulièrement, la nutrition ?
Pierre Guez - Nous entretenons des échanges concrets avec Valorial, Qualimed, Végépolys et Céréales Vallée. Des axes de collaborations possibles avec ce dernier ont d'ailleurs fait l'objet de discussions. Nous avons travaillé avec Végépolys sur un projet qui, toutefois, n'a pas été retenu par l'ANR du fait de la défaillance d'un industriel. Par ailleurs, nous allons retravailler avec Valorial, en particulier sur la thématique probiotique. L'alimentation des seniors, et plus encore l'alimentation des enfants, constituent deux axes de développement important de Vitagora qui dispose en particulier, à travers les programmes Opaline et EduSens, des remarquables compétences de l'unité de recherche Flavic de l'Inra. Or l'alimentation des enfants est une thématique qui intéresse de nombreux pôles de compétitivité. Ainsi en octobre prochain allons-nous recevoir une délégation d'industriels du pôle Enfant, l'objectif étant de pouvoir bâtir des projets communs sur l'alimentation des enfants.
Technologies Internationales - Collaborations, voir rapprochements. Des regroupements entre pôles sont-ils envisageables à terme ?
Pierre Guez - Il existe aujourd'hui une quinzaine de pôles agroalimentaires en France, dont six s'intéressent tout particulièrement à la nutrition. Or il me semble difficile d'imaginer que ce même périmètre subsiste dans dix ou quinze ans. Par conséquent, des rapprochements, voire des regroupements semblent inévitables à terme. Ainsi, en parallèle des échanges que nous avons avec d'autres pôles concernant certains projets, nous avons la responsabilité d'un groupe de travail, créé à l'initiative de Céréales Vallée, auquel participent les six pôles de compétitivité dont les activités tournent autour du monde végétal. Dès septembre prochain, nous allons nous réunir pour discuter de différentes possibilités de collaborations, que ce soit au niveau de projets ou de l'organisation des pôles, voire de regroupements éventuels.