Au Royaume-Uni, le cancer tue près de 150.000 personnes par an. Engagée contre ce fléau majeur de santé publique, la recherche anglaise continue à progresser comme en témoignent les avancées les plus récentes.
Cet article a été préparé par Gaëlle Degrez à partir du rapport "Un aperçu des avancées britanniques dans la recherche sur le cancer" réalisé par Claire Mouchot, du service pour la Science et la Technologie de l'ambassade de France au Royaume-Uni, que nous remercions pour sa collaboration.
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Focus :
La nouvelle panoplie britannique contre le cancer
Outre-Manche, les chercheurs explorent quatre voies :
- les virus oncolytiques ;
- les vaccins de nouvelle génération ;
- l'inhibition de l'angiogénèse tumorale ;
- la production de protéines thérapeutiques recombinantes par des animaux transgéniques.
Le prix louis-Jantet 2007 décerné à un britannique
Le professeur Stephen West, de l'Institut Cancer Research UK (CRUK), s'est vu remettre le prix Louis-Jantet 2007 le 16 janvier 2007, en reconnaissance de ses travaux pionniers sur l'éclaircissement des processus de réparation de l'ADN ayant permis des avancées importantes dans le domaine de la lutte contre les cancers.
Le prix Louis-Jeantet de médecine est décerné chaque année, par la fondation du même nom, à des scientifiques qui se sont distingués dans la recherche biomédicale en Europe. Ce prix vient récompenser 15 ans de recherche et renforce l'espoir que ces découvertes importantes mèneront au développement de nouvelles thérapies luttant contre les processus de réparation d'ADN dans les cellules cancéreuses.
Stephen West a notamment découvert un système d'interrupteur moléculaire (switch) qui contrôle un processus de réparation vital de l'ADN. Une découverte qui lui a permis par la suite de comprendre les mécanismes par lesquels un processus défectueux peut conduire, chez certaines femmes, à des cancers du sein ou des ovaires.
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Au Royaume-Uni, environ 250.000 personnes développent un cancer et près de 150.000 en meurent chaque année. La recherche contre le cancer y est toutefois bien développée et continue d'avancer à grands pas. La mortalité par cancer a ainsi diminué de 10,3% depuis la mise en place du Cancer Plan en 2002 par l'autorité de santé NHS (National Health Service). Outre les très nombreuses fondations (charities) présentes sur le territoire, dont les missions s'étendent de la recherche fondamentale à l'aide aux patients et familles, le ministère de la Santé DoH (Department of Health) a mis en place, en avril 2001, le National Cancer Research Network (NCRN). La mission du NCRN est d'améliorer la vitesse, la qualité et l'intégration de la recherche dans l'optique d'améliorer les soins de santé aux patients. Les universités participent activement à la recherche contre le cancer, comme en témoignent les quelques avancées majeures présentées dans cet article.
Le cancer est une maladie caractérisée par une prolifération cellulaire anormale et anarchique au sein d'un tissu normal de l'organisme. Les cellules anormales se multipliant plus rapidement que les cellules saines, elles peuvent former un amas appelé tumeur ou lésion. La tumeur peut contrôler son ampleur et ne pas migrer vers d'autres organes, dans ce cas, elle sera dite non cancéreuse et bénigne. Si elle envahit les organes alentour, la lésion est qualifiée de maligne ou cancéreuse.
Quand les virus deviennent nos alliés
Bien que chaque cancer nécessite un traitement spécifique, on peut distinguer trois grands types d'outils thérapeutiques. En premier lieu, la chirurgie consiste à enlever la tumeur et, selon la localisation de celle-ci, également les tissus ou les organes proches. Le chirurgien retire autant de cellules cancéreuses que possible mais, parfois, des traitements supplémentaires sont nécessaires. Il peut s'agir de radiothérapie - une méthode qui consiste à exposer les cellules cancéreuses à une ionisation - ou de chimiothérapie. Dans ce dernier cas, des traitements médicamenteux sont administrés aux patients pour tuer spécifiquement les cellules cancéreuses ou pour améliorer les défenses naturelles contre le développement de ces cellules anormales. Pour pallier les insuffisances de ces traitements désormais classiques, les chercheurs britanniques tentent actuellement d'explorer des voies thérapeutiques nouvelles ; à cet égard, on distingue quatre avancées majeures récentes dans le paysage de la recherche anticancer au Royaume-Uni.
Dans la lutte contre le cancer, les thérapies virales constituent une des voies prometteuses. Cette technique qui consiste à utiliser des virus oncolytiques (voir "La nouvelle panoplie britannique contre le cancer" ci-contre) pour éliminer les cellules cancéreuses a déjà prouvé son efficacité sur un modèle animal de souris. L'espoir apporté par cette nouvelle approche thérapeutique provient du fait qu'elle pourrait présenter l'avantage de détruire des tumeurs résistantes aux composés traditionnels de chimio- ou radiothérapie.
Pour mettre au point une nouvelle thérapie virale, une équipe de chercheurs de l'université d'Oxford, dirigée par le Pr Leonard Seymour, a exploité une caractéristique bien connue des cellules cancéreuses : leur capacité à supprimer les défenses immunitaires locales de l'organisme. Sans cette spécificité, les cellules cancéreuses ne pourraient se diviser et former des tumeurs car elles seraient immédiatement reconnues et éliminées par les cellules immunitaires. Ce mécanisme suppresseur du système immunitaire présente cependant une contrepartie : les tumeurs sont impuissantes face à une attaque menée par un agent étranger car elles ne possèdent pas les mécanismes de reconnaissance adaptés.
Les objectifs de recherche de Leonard Seymour ont donc porté sur la mise au point d'une technique permettant d'introduire un virus dans une tumeur sans qu'il soit inquiété par les cellules immunitaires, ce qui lui permettrait de se répliquer à volonté. La technique a nécessité la modification chimique du virus de façon à créer une enveloppe autour de celui-ci qui le rende indétectable par le système immunitaire lorsqu'il est injecté dans la circulation sanguine du patient à traiter. N'étant alors pas reconnu comme antigène étranger, il se disperse dans l'ensemble de l'organisme d'où il peut atteindre les tumeurs à détruire.
Théoriquement, seuls quelques virus sont nécessaires au sein de la tumeur pour dégrader celle-ci en raison de l'ingéniosité des chercheurs. En effet, la réplication des virus encapsulés donnera des copies qui ne seront pas porteuses de la modification chimique, ne possèderont pas cette enveloppe "invisible" et, par conséquent, viendront détruire les cellules malades. Par ailleurs, dans l'éventualité où des virus non encapsulés s'échapperaient de cet environnement cancéreux, ils seraient immédiatement reconnus par le système immunitaire de l'organisme et détruits sans délai.
Si la thérapie virale n'est pas une nouveauté scientifique en soi, la technique du professeur Seymour répond au problème d'accessibilité des tumeurs qui sont dispersées dans l'organisme. En particulier, cette technique pourrait se révéler extrêmement efficace contre les cancers secondaires ou métastases.
Les deux virus utilisés dans un premier temps seront un adénovirus, responsable des symptômes du rhume, et le virus de la vaccine, une maladie des bovins proche de la variole humaine. Tous deux non encapsulés et légèrement atténués dans les premiers essais cliniques, les virus seront injectés localement dans des tumeurs du foie résistantes aux autres formes de thérapies conventionnelles. Cette étape est indispensable pour obtenir l'assurance que le traitement est sans danger pour l'individu et déterminer les doses adéquates de virus à administrer pour observer un effet thérapeutique.
Un vaccin d'un type nouveau
Des travaux de recherche, dirigés par le professeur Joyce Taylor-Papadimitriou à l'hôpital Guy's de Londres et financés par la charity Cancer Research UK (CRUK), ont permis de mettre au point un vaccin d'un type nouveau. Ce vaccin a été développé par Biomira, une société de biotechnologie canadienne spécialisée dans le développement de produits thérapeutiques innovants pour le traitement des cancers. Le vaccin, connu sous le nom de Stimuvax, a été développé à pour induire une réponse immunitaire contre les cellules porteuses de la protéine de surface MUC-1, un marqueur largement exprimé à la surface de certaines cellules cancéreuses.
Lorsque le système immunitaire est activé, il détruit les cellules porteuses. Les résultats d'essais cliniques de phase II ont été extrêmement encourageants : sur une cohorte de 171 patients présentant un cancer du poumon de type NSCLC (Non-Small Cell Lung Cancer, "cancer du poumon non à petites cellules") à des stades avancés, ceux ayant été traités avec Stimuvax avaient une durée de survie prolongée par rapport au groupe contrôle ayant reçu un placebo (30,6 mois contre 13,3 respectivement). Les effets secondaires étaient peu sévères, allant de légers symptômes ressemblant à la grippe à quelques troubles gastro-intestinaux.
Biomira s'est associée en début d'année avec la société pharmaceutique Merck pour le recrutement de patients en vue de réaliser des essais cliniques de phase III avec Stimuvax. L'objectif est de recruter plus de 1.300 patients à travers le monde. L'essai clinique est "randomisé" (ou hasardisé), réalisé en double insu et contrôlé par placebo. L'étude a été planifiée en tenant compte des conseils scientifiques suggérés par l'European Agency for the Evaluation of Medicinal Product (EMEA).
Asphyxier une tumeur proliférante
Le cancer de l'intestin est le second cancer en termes de mortalité au Royaume-Uni. Il touche environ 35.000 personnes par an et le taux de mortalité est d'environ 50%. A l'université de Bristol, une équipe a publié, dans le journal scientifique Nature Cell Biology, les résultats de ses travaux sur le cancer de l'intestin, en particulier le système de détection qui fait passer une tumeur d'un mode "prolifération" à un mode "survie" lorsque l'apport en oxygène se raréfie (état d'hypoxie).
D'une manière générale, toutes les tumeurs - comme tout tissu sain - requièrent un apport sanguin apportant en particulier nutriments et oxygène aux cellules cancéreuses. La particularité du tissu cancéreux, cependant, vient du fait que les cellules se divisent extrêmement rapidement et en dehors de tout système de contrôle. Par conséquent, il arrive un moment où l'apport sanguin devient insuffisant, mettant en péril la survie de ces cellules. La tumeur possède ainsi un mécanisme lui permettant de stopper sa prolifération et d'engager la croissance de vaisseaux sanguins - angiogénèse tumorale, marquée par la prolifération des vaisseaux sanguins intratumoraux. C'est ce système que les scientifiques de Bristol ont élucidé et qui pourrait à l'avenir permettre de mettre au point de nouvelles thérapies - hypoxie consécutive à l'inhibition de l'angiogénèse tumorale.
Des poules transgéniques pour pondre un traitement
Une équipe de scientifiques britanniques basée au Roslin Institute a réussi à produire une lignée de poules génétiquement modifiées dont les oeufs, et plus particulièrement le blanc, renferment un composé thérapeutique. En collaboration avec les sociétés de biotechnologie Viragen et de biopharmaceutique Oxford Biomedica, deux lignées transgéniques de poules pondeuses ont été créées. Chacune présente la caractéristique de pondre des oeufs riches en une protéine recombinante humaine : l'interféron de type alpha, connu pour jouer un rôle important dans les processus d'inflammation, et surtout le miR24, un anticorps ayant le potentiel de traiter les mélanomes malins. Il s'agit d'un type de cancer de la peau dont la fréquence double tous les dix ans dans le monde ; le mélanome se développe à partir de cellules de l'épiderme spécialisées dans la fabrication du pigment de la peau - les mélanocytes - et à l'origine du bronzage.
Grâce à une technologie de pointe, connue sous le nom de OVATM System, les chercheurs ont ainsi réussi à produire cinq générations de poules pondeuses génétiquement modifiées et pouvant être utilisées comme plates- formes de synthèse de protéines pharmaceutiques. La protéine de choix est non seulement produite en grande quantité, mais en outre la modification génétique se transmet d'une génération à la suivante. La combinaison de ces caractéristiques est essentielle pour la viabilité et la compétitivité commerciale et économique de ce système (voir "Le prix louis-Jantet 2007 décerné à un britannique" ci-contre).